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— Ah ! excellent ! déclara la tech, soulagée. Aurez-vous besoin de chaussures ?

— Non, celles que j’avais feront l’affaire, mais il me faudra une paire de bas.

La tech lui en trouva une, et Polly revint à Magdalen avec les vêtements, mémorisa la carte, et relut ses notes sur les grands magasins.

Elle n’en avait pas dépassé la moitié quand le téléphone sonna.

Colin, je n’ai plus le temps pour ça, grogna-t-elle.

Mais c’était Linna.

— Nous avons découvert un site, le croira qui voudra, mais le problème c’est qu’il ne sera pas opérationnel avant une quinzaine, à moins que vous ne puissiez arriver ici dans la prochaine demi-heure. Si vous n’êtes pas déjà prête…

— Je suis prête. Je serai là.

Polly sauta dans son costume, et faillit filer ses bas dans sa hâte. Elle attrapa son carnet de rationnement, sa carte d’identité, la lettre de démission, ses lettres de recommandation, et les enfourna dans son sac à bandoulière. Oh ! et l’argent ! Et les vingt livres d’extra de M. Dunworthy !

Et sa montre-bracelet !

Et maintenant, tout ce qui me manque est de buter dans M. Dunworthy, se disait-elle en la passant à son poignet alors qu’elle se ruait hors de Magdalen et se dépêchait le long du High, mais sa chance tint bon et elle parvint au labo avec cinq minutes d’avance.

— Dieu merci ! s’exclama Linna. Je me trompais pour ce créneau dans quinze jours. Le prochain se présente le 6 juin.

— Le jour J.

— Oui, eh bien votre jour J se produit dans cinq minutes exactement ! annonça Badri.

Il l’installa sous les voiles, prit des mesures et déplaça son sac à bandoulière de façon qu’il s’insère mieux sous le filet.

— Vous arrivez à 6 heures du matin, le 10 septembre.

Parfait. Cela me donnera toute une journée pour trouver un appartement et me mettre à chercher du travail.

Badri ajustait les voiles du filet.

— Vérifiez vos coordonnées spatio-temporelles dès que vous aurez traversé, et notez le décalage, quel qu’il soit.

Il retourna à la console et se remit au clavier.

— Et pour mémoriser le point de transfert, prenez plus d’un point de repère. Juste une rue ou un bâtiment, ce n’est pas suffisant. Les bombardements peuvent métamorphoser l’environnement, et il est notoirement difficile d’apprécier les distances et la direction dans une zone bombardée.

— Je sais. Pourquoi faut-il que je note le décalage ? Celui que vous prévoyez est plus important que d’habitude ?

— Non, le décalage estimé est d’une à deux heures. Linna, appelle M. Dunworthy. Il voulait qu’on l’avertisse quand nous aurions trouvé le point de saut.

Oh ! pas maintenant, alors que j’y suis enfin !

— Il est à Londres, lui rappela Linna. Il est de nouveau parti voir le docteur Ishiwaka. Quand j’ai téléphoné à son secrétaire avec les données du décalage, il m’a prévenu qu’il ne serait pas de retour avant la nuit.

Merci, mon Dieu !

— Bon, ce n’est pas grave. Polly, vous devrez revenir nous faire un rapport dès que vous aurez un lieu où habiter et travailler.

Les draperies commencèrent à s’abaisser autour d’elle.

— Et notez exactement quel est le décalage que vous subissez en traversant. Prête ?

— Oui. Non, attendez. J’ai oublié quelque chose. Colin faisait une recherche pour moi.

— C’est quelque chose dont vous avez besoin pour la mission ? Voulez-vous la déplacer ?

— Non.

M. Dunworthy risquait d’annuler son transfert, et elle avait les heures des raids. Colin lui avait appris que les sirènes retentissaient en général vingt minutes avant le début des raids. Et elle pourrait obtenir la liste quand elle reviendrait leur donner son adresse.

— Je suis prête.

Le filet se mit à scintiller.

— Dites à Colin…

Trop tard, le saut l’avait déjà transportée.

Warwickshire, printemps 1940

En cas d’invasion, tout propriétaire d’un véhicule à moteur devrait être prêt à empêcher sa voiture, sa motocyclette ou son camion de fonctionner, dès que l’ordre en sera donné.

Affiche du ministère des Transports, 1940

Le pasteur revint donner à Eileen et au reste du personnel leurs premières leçons de conduite le jour qui suivit son retour d’Oxford.

— Vous n’êtes pas effrayée ? demanda Una.

— Non, lui assura Eileen, qui enlevait son tablier. Je suis certaine que le révérend est un excellent professeur.

Et, grâce à mon séjour à Oxford, je serai une excellente élève.

Bien qu’elle n’ait disposé que de deux jours et d’aucune aide de Polly, elle n’avait pas seulement appris comment entrer dans la Bentley, mais aussi comment la démarrer, changer les vitesses et se servir du frein à main.

Juste avant son retour, elle avait conduit le long du High, monté à Headington Hill, et elle en était rentrée saine et sauve.

— Je crois plutôt que les leçons seront amusantes, déclara-t-elle à Una.

Et elle rejoignit la voiture. Mais ce n’était pas la Bentley, c’était l’Austin défoncée du pasteur.

— Mme la comtesse avait une réunion du WVS à Daventry, expliqua M. Goode.

Et elle ne veut pas que sa Bentley soit endommagée !

— Mais conduire une voiture ou en conduire une autre, c’est à peu près la même chose, assura-t-il.

Faux. Sur l’Austin, la pédale d’embrayage semblait obéir à des principes entièrement différents. Eileen calait, quelle que soit la vitesse utilisée… quand elle parvenait à démarrer, pour commencer. Ou bien le moteur refusait de tourner, ou encore elle le noyait. Quand elle réussit finalement à maintenir l’allumage et à se mettre en prise, il s’étouffa avant qu’elle ait parcouru dix mètres.

— Ma vieille compagne est d’humeur plutôt capricieuse, j’en ai peur, sourit M. Goode. Vous vous en sortez très bien.

— Je croyais que les hommes d’église n’étaient pas censés raconter de mensonges !

Cependant, après trois nouveaux essais, Eileen manœuvrait l’Austin jusqu’à la fin de l’allée. Comparée à Una, qui n’arrivait même pas à se rappeler quel pied poser sur quelle pédale, et qui éclatait en sanglots chaque fois que le pasteur tentait de le lui montrer, elle était carrément douée.

Samuels se révéla pire encore, convaincu de pouvoir mater « ce maudit engin » par la force brute et le blasphème. Eileen s’étonnait que le pasteur n’abandonne pas le projet tout entier, lady Caroline ou pas. En vérité, il continuait d’un air déterminé, malgré ses élèves et les Hodbin qui avaient décidé que ces leçons étaient le spectacle le plus drôle qu’ils aient jamais vu. Aussi se hâtaient-ils de rentrer de l’école ces jours-là pour s’asseoir sur les marches et chahuter.

— Qu’esse qu’y croient qu’y font ? demandait Alf à Binnie d’une voix claironnante.

— Z’apprennent à conduire, pour quand les Boches y vont nous infester.

Alf observait les manœuvres pendant un moment, puis il ajoutait d’un ton innocent :

— Y sont de quel bord ?

Et les deux de s’étouffer de rire !

Je dois retourner à Oxford pendant ma prochaine demi-journée et pratiquer sur une Austin, se dit Eileen, mais elle n’y parvint pas. Le lundi matin, quatre nouveaux évacués arrivèrent, ce qui mit le point de transfert désespérément hors d’atteinte. Et une semaine plus tard, les évacués qu’ils avaient hébergés auparavant commençaient à revenir – Jill Potter, Ralph et Tony Gubbins –, et tous rejoignaient les Hodbin sur les marches pour regarder les cours de conduite et crier des sarcasmes.