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Il y eut un éclair, et une forte secousse, et le corps fut projeté contre Mike, le privant de ses ultimes réserves d’air.

Ferme ton bec, pensa Mike, luttant contre son réflexe. Pas de respiration avant la surface !

Mais il ne pouvait pas remonter. Les pans dénoués de la ceinture s’étaient enroulés autour de son poignet et l’attachaient comme ils avaient immobilisé l’hélice, l’amarrant dans les profondeurs. Il tira désespérément sur la ceinture pour la délier.

Elle se déroula. Il exerça une violente poussée sur le mort, qui partit à la dérive, la ceinture à la traîne telle une algue, puis émergea, hoquetant. La Lady Jane avait disparu. Plus rien n’était visible, excepté le bois qui brûlait, les bidons d’essence oscillant sur l’eau noire. Le ciel s’embrasa de nouveau, d’un vert cauchemardesque, mais Mike ne pouvait toujours pas distinguer la vedette. Il ne voyait que la silhouette noire du croiseur et, au-delà, celle du destroyer.

Je regarde dans la mauvaise direction. Il nagea en rond pour se repérer et découvrit la Lady Jane, découpée sur la ville en feu. Une autre fusée éclairante tomba en crépitant. Elle illumina Jonathan, à la poupe, dont la lampe torche décrivait de grands cercles erratiques, à sa recherche.

— Je suis là ! cria Mike.

Jonathan réorienta le faisceau, loin derrière lui.

— Ici ! appela Mike.

Et il se mit à nager vers le bateau.

Il y eut un sifflement, un éclair aveuglant, et un rideau de flammes monta de l’eau autour de lui.

Dulwich, le 15 juin 1944

Au sens propre, et dans son essence, la bombe volante est une arme de hasard, et cela vaut aussi bien pour sa nature, ses objectifs ou ses effets.

Winston Churchill, 1944

À 23 h 35, avec quatre minutes de retard sur l’horaire prévu… mais l’attente avait semblé beaucoup plus longue à Mary, l’alerte finit par sonner.

— Qu’y a-t-il ? demanda Fairchild en se dressant dans son lit.

— Rien du tout, répondit Talbot. Ces satanés gamins jouent de nouveau avec la sirène. Rendors-toi. Elle s’arrêtera bientôt.

— Souhaitons-le, dit Grenville, qui enfouissait sa tête dans son oreiller. Et prions pour que le major comprenne de quoi il s’agit. Je ne supporterai pas de passer la nuit dans cette cave minable.

Mais la plainte stridente de la sirène continuait d’aller son train, crescendo et decrescendo, sans relâche.

— Et si ce n’était pas une farce, fit Maitland, qui s’était assise dans son lit et allumait sa lampe. Et si Hitler s’était rendu et que la guerre était terminée ?

— J’espère bien que non, murmura Talbot, les yeux clos. J’ai un pari à gagner.

— Ça ne peut pas être la reddition, déclara Fairchild. Ils sonneraient une fin d’alerte s’ils annonçaient la fin de la guerre.

Chh, pensait Mary, qui cherchait à percevoir le son du V1. Il était censé frapper Croxted Road à 23 h 43, près des terrains de cricket, juste à l’ouest de leur poste. On devait pouvoir l’entendre passer avant l’impact.

La sirène se tut.

— C’est pas trop tôt, grogna Talbot. Si je mets la main sur ces sales gosses…

Maitland éteignit sa lampe et se rallongea. Mary replongea sous ses couvertures, ralluma sa torche, et regarda sa montre. 23 h 41. Encore deux minutes. Elle tendit l’oreille et se concentra pour détecter le bruit du moteur, mais elle ne perçut rien. Une minute. Elle aurait dû entendre le V1 approcher, maintenant. Les ratés de leur moteur à réaction permettaient de les déceler plusieurs minutes avant qu’ils atteignent leurs cibles, et celui-là croiserait directement au-dessus du poste.

Trente secondes, et toujours rien.

Oh non ! le V1 ne va pas frapper Croxted Road. Ce qui signifie que mes heures et mes emplacements sont faux… et ma mission s’est juste transformée en dix !

Un fracas terrible retentit à l’ouest, tel un coup de tonnerre, suivi par un tremblement qui secoua la chambre.

— Seigneur, qu’est-ce que c’était ? s’exclama Maitland, qui cherchait la lampe à tâtons.

Dieu merci ! Mary regarda sa montre : 23 h 43. Elle se hâta d’éteindre sa torche et sortit de son abri de couvertures.

— Vous avez entendu ça ? demanda Reed.

Moi, oui, confirma Maitland. Ça ressemblait à un avion. L’un de nos gars a dû faire un atterrissage forcé.

— On ne déclenche pas une alerte pour un avion touché, fit remarquer Reed. Je parie que c’est un UXB.

— Ça ne peut pas être un UXB, se moqua Talbot. Comment auraient-ils prévu qu’il allait exploser ?

— Eh bien, quoi que ce soit, c’était dans notre secteur, conclut Maitland.

Et le téléphone sonna dans le bureau des expéditions. Peu de temps après, Camberley apparut à la porte et annonça :

— Un avion écrabouillé à West Dulwich.

— Je vous disais bien que c’était un avion, assena Maitland, attrapant ses bottes. La Défense passive a dû repérer qu’il était en flammes et donner l’alerte.

— Où, à West Dulwich ? interrogea Mary.

— Près des terrains de cricket. Croxted Road. Il y a des victimes.

Merci, mon Dieu !

Camberley disparut. Maitland et Reed coiffèrent leur casque et sortirent en vitesse. Camberley réapparut.

— Le major demande que toutes celles qui ne sont pas de service descendent dans l’abri.

— Elle prévoit combien d’accidents, cette nuit ? grommela Talbot.

Cent vingt et un… Mary enfila son peignoir et se joignit à la troupe mécontente qui gagnait la cave. Elles en remontèrent cinq minutes plus tard quand la fin d’alerte sonna, se débarrassèrent de leurs peignoirs, et se mirent au lit. Mary se recoucha aussi, alors qu’elle savait que la sirène recommencerait à sonner dans – elle jeta un coup d’œil à sa montre – six minutes.

Elle sonna.

— Oh ! pour l’amour de Dieu ! grogna Fairchild, exaspérée. Qu’est-ce qu’ils nous veulent, maintenant ?

— C’est une ruse nazie pour nous priver de sommeil ! s’exclama Sutcliffe-Hythe.

Alors qu’elle envoyait voler ses couvertures, une violente déflagration retentit au sud-est.

Croydon, se dit Mary, rassurée, et juste à l’heure.

Le V1 suivant frappa avec la même ponctualité, ainsi que celui d’après, mais aucun ne passa assez près pour qu’elle puisse déceler le bruit de son moteur. Elle regretta de nouveau de ne pas avoir écouté d’enregistrement. Il fallait qu’elle puisse en reconnaître le bruit si elle en entendait un approcher quand elle se trouverait dans l’allée des bombes. Au moins, elle connaissait la nature des explosions. Aucune des autres filles du FANY ne paraissait comprendre le moins du monde la situation, même quand Maitland et Reed, revenues de mission, racontèrent les maisons pulvérisées et les destructions considérables.

— Le pilote a dû s’écraser avec tout son chargement de bombes, spéculait Reed.

Quatre nouvelles explosions avaient pourtant détoné depuis.

— C’était l’un des nôtres, ou un des leurs ? interrogea Sutcliffe- Hythe.

— Il n’en restait pas assez pour se prononcer, répondit Maitland, mais c’était sans doute un avion allemand. Si l’un de nos gars avait été de retour, il aurait largué son arsenal. L’agent de service a raconté qu’il avait entendu l’avion venir, et qu’il semblait en difficulté.