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— Hitler est peut-être à court d’essence, et il leur verse du pétrole lampant dans les réservoirs, se moqua Reed. Sur le chemin du retour, il y en avait un autre qui cafouillait et toussait.

Un nouveau grondement assourdissant retentit vers l’est.

— Si ça continue comme ça, Hitler n’aura plus d’aviation d’ici demain, lâcha Talbot.

Ce ne sont pas des avions, ce sont des fusées sans équipage.

De toute évidence, Mary s’était inquiétée en vain : elle n’était pas arrivée trop tard pour observer leur comportement avant l’effet V1, elles n’en avaient pas encore changé.

Elles se remirent presque sur-le-champ à discuter du bal où Talbot se rendait samedi en huit.

— Il faut que l’une de vous m’accompagne. Tu viendrais, Reed ? Il y aura des tas d’Américains.

— Ah non ! pas question. Je hais les Amerloques. Ils sont tous si suffisants. Et ils te marchent sur les pieds.

Elle se lança dans le récit de sa rencontre au 400 Club avec un capitaine américain épouvantable. Même lorsque Camberley cria du haut de l’escalier de la cave qu’il s’était produit un autre incident, et que Maitland et Reed se dépêchèrent de lever le camp, elles continuèrent comme si de rien n’était.

— Pourquoi veux-tu aller à un bal plein d’Amerloques, Talbot ? demanda Parrish.

— Elle en cherche un qui tombe raide dingue amoureux d’elle et qui lui achète une paire de bas nylon, dit Fairchild.

— Je trouve ça scandaleux, lâcha Grenville, dont le fiancé était en Italie. Et l’amour, dans tout ça ?

— J’aime l’idée d’obtenir une nouvelle paire de bas, répondit Talbot.

— Je viendrai avec toi, déclara Parrish, mais seulement si tu me laisses porter ton corsage à pois suisse la prochaine fois que je verrai Dickie.

Mary n’aurait jamais imaginé que les FANY ne prendraient pas conscience de la situation dès l’arrivée des premiers missiles. D’autant que, d’après les récits historiques, des rumeurs couraient depuis 1942 sur la fabrication par Hitler d’une arme secrète. Cela dit, les récits historiques avaient également indiqué que l’alarme avait sonné à 23 h 31.

Les filles comprendraient bien assez tôt. D’ici la fin de la semaine, deux cent cinquante V1 s’écraseraient par jour, et il y aurait près de huit cents morts. Qu’elles profitent tant qu’elles le pouvaient encore de leurs babillages sur les hommes et les robes de soirée. Cela ne durerait plus longtemps. Et cela laissait Mary libre de prêter l’oreille aux sirènes et aux explosions, et de s’assurer qu’elles étaient dans les temps.

À l’exception d’un V1 qui s’abstint de frapper à 2 h 09, et de la fin d’alerte qui sonna à 5 h 40 au lieu de 5 h 15, ce fut le cas.

— Ça ne vaut vraiment pas la peine de se recoucher, dit Fairchild à Mary alors qu’elles se traînaient pour remonter l’escalier. On est de service à 6 heures.

Mais les sirènes ne se remettront pas à bramer avant neuf heures et demie. Et il n’y aura pas de V1 dans notre secteur avant 11 h 39. Enfin, j’espère !

Celui qui ne s’était pas manifesté à 2 h 09 la tracassait. Il devait s’abattre sur Waring Lane, qui était encore plus près du poste que les terrains de cricket. Elles auraient dû l’entendre.

Il avait donc dû s’écraser ailleurs. Ce qui collait avec le plan de mystification des services de renseignements britanniques. D’un autre côté, le 2 h 09 était le seul à ne pas être tombé à l’heure exacte et – autant qu’elle puisse en juger – au bon endroit. Peut-être était-ce juste une erreur. Quoique, une seule erreur suffisait pour que sa mission s’arrête, de façon aussi abrupte que définitive.

Mary fut soulagée lorsque la sirène de 9 h 30 et le V1 de 11 h 39 furent à l’heure, et encore davantage quand elle vit que l’engin avait frappé la bonne maison même si, en découvrant sa destruction, elle se sentit coupable de s’être tellement réjouie. Par chance, il n’y avait pas de victimes.

— On venait à peine de sortir pour aller chez ma tante, moi, ma femme et mes trois filles, lui dit le propriétaire.

— C’est son anniversaire, vous comprenez, ajouta sa femme. Si c’est pas un coup de chance !

Leur maison avait été si totalement détruite qu’il était impossible de savoir si elle avait été en bois ou en brique, mais Mary leur accorda que c’était une chance incroyable.

— Si le bombardier était tombé cinq minutes plus tôt, on aurait tous été tués, continua le mari. C’était quoi ? Un Dornier ?

Ils croyaient encore que des avions qui s’écrasaient causaient ces explosions.

Quand elles rentrèrent au poste, Reed accueillit Mary et Fairchild et leur annonça :

— Le général que j’ai conduit à Biggin Hill ce matin m’a dit que les Allemands disposent d’une nouvelle arme. C’est un planeur avec des bombes qui se déclenchent automatiquement quand il atterrit.

— Mais un planeur ne ferait aucun bruit, objecta Parrish, qui était de service au bureau des expéditions. À Croydon, ils disent qu’ils en ont entendu deux arriver cette nuit, et que leurs moteurs avaient tous les deux le hoquet, comme ceux de Maitland et de Reed.

— Quels qu’ils soient, déclara Talbot, j’espère qu’Hitler n’en a pas une cargaison.

Seulement cinquante mille…

— J’ai conduit un capitaine de corvette la semaine dernière, insista Reed. Il assurait que les Allemands travaillaient à…

Comme la sirène lançait son lamento, elle s’arrêta et elles descendirent toutes à la cave.

— Une nouvelle arme, continua Reed. Un avion invisible. Il disait qu’ils avaient inventé une peinture spéciale que notre défense ne peut pas détecter.

— Si notre défense ne les détecte pas, alors pourquoi les sirènes sonnent-elles ? demanda Grenville.

Et Fairchild ajouta :

— S’ils pouvaient les rendre invisibles, on imagine qu’ils auraient pu les rendre silencieux aussi, afin que personne ne les entende arriver.

Ils ont réussi. Ils les ont appelés les V2. Ils commenceront à les balancer en septembre et, à ce moment-là, vous aurez compris que ce sont des fusées et pas des planeurs ou des avions invisibles.

Ou des bombes envoyées par une catapulte géante. Une théorie dont les filles discutèrent jusqu’à la fin d’alerte, une demi-heure plus tard.

— Bon ! s’exclama Fairchild, prêtant l’oreille au hurlement plaintif de la sonnerie. Prions pour que ce soit le dernier de la soirée.

Ce ne sera pas le dernier, pensa Mary en jetant un coup d’œil furtif à sa montre. L’alerte sonnera de nouveau dans onze minutes si elle est dans les temps.

Et il devenait probable qu’elle le serait. Toute la journée, les explosions s’étaient produites à l’heure et, quand elle regarda le journal de bord, Mary vit qu’on avait demandé une ambulance pour Waring Lane à 2 h 20. Il ne manquait plus que Bethnal Green.

Quand les journaux du soir parurent, Mary gagna encore en assurance. La une de l’Evening Standard n’était pas seulement identique à celle qu’elle avait vue à la Bodléienne, mais le Daily Express indiquait que quatre V1 étaient tombés dans la nuit de mardi, sans préciser leurs positions.

Les journaux éclaircissaient aussi la nature des V1. L’Evening Standard titrait : « Des avions sans pilote ravagent la Grande-Bretagne ». Et ils décrivaient tous les V1 en détail. Le Daily Mail proposait même un schéma du mécanisme de propulsion, et la conversation dans l’abri s’orienta sur le meilleur moyen d’éviter de se faire toucher par un V1.