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— Combien de temps croyez-vous encore ?

— Une bonne semaine.

Il ne fit pas attention à la grimace dépitée de son vis-à-vis.

— Maintenant il nous faut réfléchir à ce que Gann avait bien pu découvrir, et comment son assassin l’a deviné.

— J’attends justement le commodore pour lui demander de faire photographier l’entrepôt de la W.T.C. à très basse altitude.

— Autre chose. Herman n’avait tout de même pas de grandes responsabilités. Comment pouvait-il accéder à un wagon entreposé dans l’enceinte de cette société ?

— J’y ai songé. À l’exception des périodes de pointe, il n’y a jamais qu’une équipe de nuit de cinq hommes. Herman pouvait se balader sans risque un peu partout, et la direction lui déléguait pour la nuit les pleins pouvoirs.

On frappait à la porte du bureau et un G’man entra porteur d’une feuille.

— On nous envoie ça du fichier de Washington.

Après y avoir porté son regard, Helliot eut un sourire.

— Eh bien, du nouveau ! Savez-vous qui était Herman ? Un ancien adjudant de l’infanterie. Fait prisonnier en Corée par les Chinois. Libéré tout de suite après l’armistice. Sous surveillance pendant un an, comme tous les prisonniers relâchés un peu trop vite par les Chinois. Non seulement il disparaît ensuite, mais ne fait aucune démarche pour toucher sa pension d’ancien combattant.

Kovask prit le message des mains d’Helliot et le relut.

— Il a été capturé au cours de l’offensive chinoise à Munsan au nord de Séoul. En janvier 1951 certainement. Il est resté deux ans entre les mains des hommes de Pékin.

Il reposa le papier sur la table.

— Savez-vous que c’est une information capitale ? Jusqu’à présent nous accusions les Russes. On peut désormais se demander s’il ne s’agit pas d’une tentative de provocation.

Quand le commodore Shelby arriva flanqué de Michael, il commença de faire des reproches à Kovask.

— Vous n’auriez jamais dû vous séparer de Gann. Notre position est bien délicate maintenant.

Puis il prit connaissance du message et son mécontentement tomba.

— Sensationnel en effet ! Je suppose qu’un type comme Herman se souciait peu de travailler pour Moscou. Il n’a pu marcher que dans une combine dirigée par Pékin. Cette fois nous allons vers du solide.

Michael louchait sur le message, et Helliot le fit glisser vers lui.

— Que croyez-vous que ce malheureux garçon avait découvert ?

Il donna son accord à la demande de Kovask.

— Entendu. Un hélicoptère de la Navy survolera les entrepôts cette après-midi et prendra autant de photos qu’il sera nécessaire. Cependant ne pensez-vous pas que cela va alerter l’assassin ? Il ne peut que faire partie du personnel de la W.T.C.H a dû surveiller étroitement l’instituteur, le surprendre alors que l’autre devait exulter de joie.

Un court silence suivit, dédié à Geoffrey Gann.

— Je pense qu’à partir de quatre heures nous pourrons examiner ces épreuves, dit ensuite le commodore.

— Quant à moi, ajouta Helliot, je fais étroitement surveiller l’entrepôt. Il se peut que l’un des membres du personnel ait une attitude bizarre durant les évolutions de l’hélicoptère. Ce sera le moment d’en profiter.

* * *

L’attente leur fut interminable, et lorsque les épreuves encore humides arrivèrent au bureau d’Helliot, ils se précipitèrent dessus comme des affamés. Déroulées elles tenaient toute la surface de la table de travail. Chaque détail ressortait de façon extraordinaire, et l’on pouvait voir à côté de la fosse à gas-oil la pancarte d’interdiction de ramer couchée sur le sol.

À cette occasion, Kovask pensa que s’il n’avait pas empêché son adjoint du fumer, le contenu de la fosse aurait pu s’enflammer et Gann aurait disparu à jamais.

Il raconta cet épisode au commodore.

— Je me demande même si telle n’était pas l’intention de l’assassin. Il avait versé de l’essence à la surface des résidus huileux. Imaginez que le feu s’y soit mis ? On n’aurait même pas pris le soin de l’éteindre, car cette fosse est isolée et la direction aurait certainement été satisfaite de se débarrasser ainsi de son contenu.

Muni d’une forte loupe, Helliot procédait centimètre par centimètre. Michael, penché sur une autre épreuve, bâillait à se décrocher la mâchoire et défaisait une tablette de chewing-gum.

— Kovask venez voir.

L’enseigne se déplaça en même temps que lui, et l’interpellé dut le repousser pour se pencher sur le point désigné par Helliot.

— Suivez mon crayon.

En fait de point c’était une double ligne, celles de rails dissimulés dans l’herbe.

— Une voie inutilisée.

— Oui, mais regardez. Ici, elle disparaît presque complètement sous les herbes folles. Dans la partie où elle amorce un tournant. Elle reparaît ici près de cette porte qui coulisse également sur un rail.

Kovask fronçait le sourcil.

— Croyez-vous que ce soit la même ?

— Pourquoi pas ? On dirait qu’on a voulu la camoufler, la faire oublier. Cette porte coulissante a l’air vétusté et ne doit pas être utilisée depuis des années, et elle donne sur un entrepôt que l’on voit bien sur cette photo.

Maintenant ils étaient tous les quatre rassemblés. Les trois autres écoutaient le chef du F.B.I. avec attention.

— Je me demande si ce terrain, ce hangar croulant appartiennent à la W.T.C. Nous allons consulter le plan cadastral. Il y a un exemplaire au deuxième étage.

Les employés du bureau en question parurent sidérés par cette invasion. Helliot, avec une rapidité due à l’habitude, localisa immédiatement l’entrepôt inconnu.

— Il appartient à la Matson Co. In.

Se tournant vers l’un des employés :

— Sortez donc la fiche.

Pendant ce temps le doigt d’Helliot suivait une ligne noire sur le plan.

— Cette société est aussi raccordée au réseau normal, de ce côté-là. Curieux !

Il prit la fiche que l’employé lui tendait.

— Société en faillite depuis dix ans. Les locaux et l’emplacement ont échappé à la mise sous séquestre après paiement des dettes en 1956. Recherchez-moi quels sont les héritiers de ce Matson. Pendant ce temps nous allons faire un saut là-bas.

À la W.T.C. on ne leur accorda aucune attention. On commençait à les connaître. Un G’man précisa seulement qu’au cours du survol des entrepôts par l’hélicoptère de la marine, on n’avait rien signalé de particulier.

— Notre gars doit rudement se méfier, dit Kovask.

Malgré tout il ne pouvait s’empêcher de porter des regards soupçonneux à toutes les figures qu’il rencontrait. Ce pouvait être ce docker ou bien cet employé de bureau en blouse blanche. La fièvre du chasseur le gagnait. Chaque heure réduisait le cercle autour du gibier et ce dernier finirait par se trahir.

— Rejoignons cette voie.

Elle se raccordait à celle du quai B.

— Un des plus encombrés, constata Kovask.

Puis elle se dissimulait dans des herbes si fournies qu’elle échappait à tous les regards. Il avait fallu l’hélicoptère pour la déceler. Et surtout l’agrandissement photographique.

Kovask arracha de cette herbe sous le regard intrigué de ses compagnons.

— Même à vingt mètres d’altitude un observateur humain n’aurait pu la voir, dit le Commodore.