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Branle-bas de combat. Deblais quitte la société. Sandro apparaît à l’autre extrémité du couloir. On se retrouve dans mon bureau. Il m’équipe d’un talkie-walkie avec le transmetteur à la ceinture — qu’il m’accroche lui-même, et vas-y que je te tripote la ceinture de mon pantalon. Je m’équipe moi-même de l’oreillette même si je le sentais prêt à me passer les fils sous mes vêtements pour m’aider. Qu’il est serviable, ce Sandro !

— Alex, Kévin, vous me recevez ? fait-il dans le talkie. Marie nous rejoint sur la fréquence.

Les deux confirment. Sandro poursuit son check-in.

— Malika, es-tu dans le hall ?

— J’y arrive dans dix secondes.

— Valérie, tu es positionnée ?

— Sur ma chaise, oui. Je vois Notelho. Il est plongé dans des documents. Il n’a pas l’air décidé à partir.

— Aucun problème Valérie, on fonce.

La voix de Valérie s’élève à nouveau dans l’appareil :

— Dites donc, c’est peut-être mieux si on se donne des noms de code ? Pour moi j’ai pensé à Magic Pépette…

— Ne compliquons pas les choses inutilement, Valérie.

Je crois que c’est Alexandre qui lui a répondu d’un ton sans appel. Avec Sandro, on surveille le départ de Deblais par ma fenêtre. Il se tient derrière moi, son menton au-dessus de mon épaule. Je sens son souffle sur ma joue et sa présence dans mon dos. J’ai du mal à me concentrer sur Deblais.

La voix de Kévin grésille :

— Florence, toujours en stand-by à ton bureau ?

— J’y suis.

— Va rejoindre Sandro dans le bureau de Marie, et qu’elle nous retrouve dans la chaufferie.

— OK.

Pourquoi moi ? Pourquoi devrais-je les rejoindre dans le cagibi de tous les dangers ? Je ne suis même pas la plus agile de la bande.

— Pourquoi ne demandez-vous pas à Émilie ? dis-je dans le talkie-walkie.

La voix d’Émilie répond sur le canal :

— On sait tous pourquoi tu veux pas y aller, planquée ! Elle est amoureuse, elle a pas de culotte !

Tout le monde a entendu. Elle me le paiera.

Émilie, reste concentrée, s’il te plaît. Marie, rejoins-nous rapidement.

La voix d’Alexandre s’est encore une fois imposée. Florence arrive, et moi je file.

Dans les locaux, quelques employés ne faisant pas partie de l’opération sont encore présents. Nous devons rester discrets vis-à-vis d’eux. Le stagiaire ne va pas tarder à partir manger son sandwich. Lionel observe notre étrange ballet d’un œil dubitatif. Je traverse l’espace ouvert et fais mine de me diriger vers la cour extérieure. Au dernier moment, je bifurque et m’engouffre dans la chaufferie qui jouxte le bureau de Deblais.

Je découvre Kévin, perché sur les épaules d’Alexandre, qui démonte des conduits d’air chaud montant dans les plafonds.

— Marie, s’il te plaît, récupère les éléments au fur et à mesure.

Alexandre ne bronche pas malgré le poids de son comparse. Avec des gestes méthodiques, Kévin dévisse et déboîte. Il annonce :

— Plus qu’une section et on accède au conduit qui passe dans le plafond de son bureau.

En faisant le moins de bruit possible, je dépose les pièces au sol les unes après les autres. Il fait une chaleur à crever. On va au minimum s’en sortir avec des auréoles d’un mètre sous les bras. La lumière est blafarde. Il n’y a de la place que pour une seule personne dans ce local. Du coup, je suis obligée de me coller à Alexandre. J’ai le pied de Kévin au ras de la figure et si je relève la tête, je ne vois que ses fesses. Il me passe le dernier élément et demande à Alexandre :

— C’est bien la troisième dalle de son plafond que je dois soulever ?

— C’est ce qu’on a calculé. Tente, on verra bien s’il faut aller plus loin.

Kévin s’engage dans le conduit. Le torse, puis les jambes. Il quitte les épaules de son chef pour disparaître au-dessus de la chaudière.

Alexandre me regarde et sourit. Il est en sueur. Dans le talkie, il demande :

— Tout se passe bien dehors ?

Nos complices répondent les uns après les autres, sauf Valérie qui parle n’importe quand. Elle s’inquiète :

— Notelho regarde son plafond. Il a peut-être entendu du bruit ?

— Tiens-toi prête à le distraire s’il devient trop curieux.

— De quelle façon ?

— Aucune idée, improvise.

Alexandre n’aurait pas dû lui dire ça.

Kévin est en place, on l’entend soulever la dalle.

— Je vois le dossier, annonce-t-il. Ce pignouf en a posé un autre dessus. Il va falloir la jouer fine. Passe-moi la pince.

Alexandre attrape l’outil qu’ils ont fabriqué, une sorte de canne à pêche équipée d’une mâchoire crantée en guise d’hameçon. Il s’étire au maximum mais n’arrive pas assez loin pour que Kévin la saisisse.

— Marie, me fait-il, je suis désolé mais il va falloir que tu montes sur moi pour lui donner ça.

Devant mon regard interloqué, il s’empresse d’ajouter :

— Kévin est en train de bouillir là-haut, et je suis prêt à le rejoindre, mais ce n’est pas toi qui pourras me porter…

Je prends la perche qu’il me tend. Il place ses mains en marchepied. Me voilà à escalader un collègue. Il détourne le visage pour ne pas me gêner. Quand je pense que ce matin, j’ai failli mettre une jupe ! Avec la petite chanson de l’autre déjantée d’Émilie, ç’aurait été complet.

Je me hisse en prenant garde de ne pas perdre l’équilibre. Je suis au-dessus de la chaudière. J’aperçois les pieds de Kévin et, un peu plus haut, sa main qui attend. Pour me stabiliser, Alexandre cale une de mes cuisses contre son épaule.

Je tends la perche à Kévin, qui me dit :

— Marie, je sais que ce n’est pas évident pour toi mais puisque tu es là, est-ce que tu peux te faufiler jusqu’ici pour m’aider ? Tout seul, je vais avoir du mal. Alexandre est trop lourd mais toi, ça ira largement.

Même si le sous-entendu flatteur sur mon poids me touche, jusqu’où vont-ils me faire ramper comme ça ? Finalement, les plans de Valérie n’étaient pas si stupides que cela. J’aurais préféré qu’elle se ridiculise comme une possédée du démon plutôt que de me retrouver dans cette situation. Alexandre me soulève pour m’approcher de son complice. Ça y est, je suis à l’intérieur. J’avance sur les coudes. Plus ça va, plus il fait chaud. Un vrai sauna.

Le conduit est à peine assez large pour deux, je me retrouve collée contre Kévin, au-dessus du bureau de Deblais. Surtout ne pas trop réfléchir. Me focaliser sur l’action. J’aperçois le dossier. Kévin me murmure :

— Je vais descendre la pince et tu guides le filin, OK ?

— OK.

Quand on voit les agents secrets faire ce genre de carabistouille dans les films, ça semble facile. Eh bien je peux vous assurer que ça ne l’est pas ! À la fête foraine, au lieu de tabasser le type du train fantôme, j’aurais dû m’entraîner à la pêche à la ligne.

Après quelques essais, Kévin arrive à positionner la pince sur l’angle du dossier. Il la referme avec précaution.

— On tire tout doucement pour ne pas faire tomber celui du dessus.

La voix de Florence résonne dans le talkie-walkie :

— Tout va bien ? Où en êtes-vous ?

— On progresse, répond Alexandre. Aussi vite que possible.