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Maintenant que Hodges y pense, c’est pas une mauvaise idée.

« Et pourquoi pas ? Faites donc. Garez-le bien droit, juste derrière ma voiture. Après ça, il se peut que vous ayez autre chose à faire quelque part par là, pendant à peu près quinze minutes ?

— Toujours des trucs à faire dans le hangar A, convient l’homme en combinaison. Hé, vous avez pas de pistolet, hein ?

— Non.

— Et le type dans le KingAir ?

— Il en aura pas non plus. »

C’est presque sûr, mais si par extraordinaire Madden en avait un, il sera probablement rangé dans son bagage à main. Et même s’il l’a sur lui, il n’aura pas l’occasion de mettre la main dessus, encore moins de l’utiliser. Hodges espère ne jamais être trop vieux pour un peu d’action, mais il n’a absolument aucun intérêt pour les fusillades genre OK Corral.

Il entend à présent le battement régulier des hélices dont le son s’amplifie alors que le KingAir s’approche du bâtiment.

« Feriez bien de vous dépêcher avec ce Navigator. Ensuite…

— Hangar A, compris. Bonne chance à vous. »

Hodges hoche la tête en signe de remerciement.

« Bonne journée à vous, monsieur. »

6

Hodges se tient à gauche des portes, la main droite dans la poche de sa veste, jouissant de l’ombre et de l’air doux de l’été. Son cœur bat un peu plus vite qu’à l’ordinaire, mais c’est OK. Tout à fait normal. Oliver Madden est le genre de voleur qui se sert d’un ordinateur plutôt que d’un flingue (Holly a découvert que ce salopard, très actif socialement, a huit comptes Facebook différents, sous huit noms différents), mais c’est pas une raison pour penser que c’est gagné d’avance. C’est la meilleure façon de se prendre un revers. Il écoute Madden couper le moteur du KingAir et l’imagine marcher jusqu’au terminal de cette petite entreprise aéronautique presque absente des radars de contrôle. Non, pas juste marcher, s’élancer. D’un pas élastique. Se rendre à l’accueil, où il prendra les dispositions nécessaires pour que son petit joujou turbopropulsé soit conduit au hangar. Et réapprovisionné en kérosène ? Probablement pas aujourd’hui. Il a des trucs à faire en ville. Cette semaine, il achète des autorisations d’exploitation de casinos. Qu’il croit.

Le Navigator se gare, chromes scintillant au soleil, vitres fumées de gangster reflétant la façade du bâtiment… et Hodges. Oups ! Il se décale un peu plus vers la gauche. L’homme en combinaison descend, fait un signe à Hodges et part en direction du hangar A.

Hodges attend, se demandant ce que Barbara peut bien lui vouloir, et qu’est-ce qui peut être assez important pour qu’une jolie fille comme elle, entourée de plein d’amis, en vienne à contacter un homme assez âgé pour être son grand-père. Peu importe ce dont elle a besoin, il fera tout son possible pour le lui procurer. Bien normal, non ? Il l’aime presque autant qu’il aime Jerome et Holly. Tous les quatre, ils ont fait la guerre ensemble.

On verra ça plus tard, se dit-il. Pour l’instant, priorité à Madden. Garde l’œil sur la proie.

Les portes s’ouvrent et Oliver Madden sort. Il sifflote et, oui, il a le pas élastique du gagnant. Il mesure au moins dix centimètres de plus que le bon mètre quatre-vingt-huit de Hodges. Épaules larges dans un costard d’été, col de chemise ouvert, cravate desserrée. Bel homme, traits burinés quelque part entre George Clooney et Michael Douglas. Il a une mallette dans la main droite et un sac de sport à l’épaule gauche. Sa coupe de cheveux est du genre que l’on se fait faire dans un de ces salons où il faut réserver une semaine à l’avance.

Hodges s’avance et lui souhaite une bonne journée. Madden se retourne en souriant.

« Pareillement, monsieur. Je vous connais ?

— Pas le moins du monde, monsieur Madden, répond Hodges en lui rendant son sourire. Je suis là pour l’avion. »

Le sourire se flétrit légèrement aux commissures. Madden fronce ses sourcils impeccablement soignés.

« Je vous demande pardon ?

— L’avion, répète Hodges. Le Beech KingAir 350 ? Dix places assises ? Immatriculé N114DL ? Propriété de Dwight Cramm, domicilié à El Paso, Texas ? »

Le sourire reste en place, mais bon Dieu, ce qu’il lutte.

« Vous devez confondre, mon cher ami. Je m’appelle Mallon, pas Madden. James Mallon. Quant à l’avion, le mien est un King, oui, mais immatriculé N426LL, et j’ai bien peur qu’il m’appartienne, à moi et moi seul. Vous cherchez probablement Signature Air, à côté. »

Hodges acquiesce comme si Madden avait raison. Puis il sort son portable, l’attrapant de la main gauche de manière à pouvoir garder la main droite dans sa poche.

« Pourquoi ne pas appeler M. Cramm, dans ce cas-là ? Tirer ça au clair, hein ? Il me semble que vous étiez à son ranch la semaine dernière ? Et que vous lui avez fait un petit chèque de deux cent mille dollars ? De la First Bank de Reno ?

— Je ne vois absolument pas de quoi vous parlez. »

Disparu, le sourire.

« Eh bien, vous savez quoi ? Lui, il voit très bien qui vous êtes. Enfin, il connaît James Mallon, bien sûr, pas Oliver Madden, mais quand je lui ai faxé une série de clichés, il n’a eu aucun mal à vous identifier. »

Le visage de Madden est complètement inexpressif à présent, et Hodges constate qu’en fait il n’est pas beau du tout. Ni même laid, d’ailleurs. Il est quelconque, ultra grand ou pas, et c’est comme ça qu’il a réussi à s’en tirer pendant toutes ces années, arnaque après arnaque, réussissant même à rouler un vieux coyote rusé comme Dwight Cramm. Oui, il est quelconque, et ça lui rappelle Brady Hartsfield, qui a bien failli faire sauter un auditorium rempli de gosses, y a pas si longtemps. Un frisson lui parcourt l’échine.

« Vous êtes de la police ? » demande Madden. Il examine Hodges de haut en bas. « Je pense pas, vous êtes trop vieux. Mais si vous en êtes, j’aimerais bien voir votre plaque. »

Hodges répète ce qu’il a dit à l’homme en combinaison :

« Pas exactement de la police, mais pas loin.

— Alors bonne continuation, monsieur Pas Loin d’Être Dans La Police. J’ai des rendez-vous, et je suis pas en avance. »

Il s’éloigne vers le Navigator, pas en courant, mais presque.

« Non, vous êtes arrivé pile à l’heure », rétorque aimablement Hodges en lui emboîtant le pas.

Quand il était jeune retraité, il aurait été facile pour lui de se laisser distancer. À l’époque, il vivait de Slim Jim et de Doritos et il aurait été essoufflé au bout du dixième pas. Aujourd’hui, il marche cinq kilomètres par jour, soit dehors, soit sur son tapis de course.

« Laissez-moi tranquille, dit Madden, ou j’appelle la police, la vraie.

— Rien qu’une petite minute », enchaîne Hodges en pensant : Bordel, j’ai l’air d’un témoin de Jéhovah.

Madden contourne le Navigator par l’arrière. Son sac de sport balance comme un pendule.

« Je ne veux rien entendre. Vous êtes complètement fêlé.

— Vous savez ce qu’on dit », répond Hodges alors que Madden saisit la poignée de la portière côté conducteur, « heureux les fêlés car ils laissent passer la lumière. »

Madden ouvre la portière. Ça va comme sur des roulettes, se dit Hodges en sortant le Happy Slapper de la poche de sa veste. Le Slapper est une chaussette nouée. En dessous du nœud, le pied est rempli de billes de roulement. Hodges lui imprime un mouvement de balancier qui le fait entrer en contact avec la tempe gauche de Madden. Un coup style Boucles d’Or, pas trop dur, pas trop mou, juste comme il faut.