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« Comment vous faites pour vous y retrouver ? »

Madden ne répond pas.

Avec cette même curiosité, Hodges demande :

« Vous n’avez jamais honte ? »

Le regard fixé devant lui, Madden répond :

« La fortune de ce vieil enfoiré d’El Paso s’élève à cent cinquante millions de dollars. Il s’est fait la plus grande partie de son fric en vendant des concessions pétrolières qui valaient rien. OK, je me suis barré avec son avion. Il lui reste plus que son Cessna 172 et son Learjet 35. Pauvre chou. »

Hodges se dit : Si ce type avait une boussole à morale, elle pointerait toujours plein sud. Ça sert à rien de discuter… mais est-ce que ça a jamais servi à quelque chose ?

Il fouille dans le portefeuille et trouve une facture détaillée du KingAir : deux cent mille dollars payés, le reste en séquestre à la First de Reno, à verser après un vol d’essai satisfaisant. Techniquement, le document n’a aucune valeur — l’avion a été acheté sous un faux nom avec de l’argent inexistant. Hodges n’est pas spécialiste de ces choses-là mais il n’est pas encore trop vieux pour compter les coups et arracher des scalps.

« Vous l’avez verrouillé ou vous avez laissé les clés à l’accueil pour qu’ils puissent le mettre au hangar ?

— À l’accueil.

— OK, bien. » Hodges considère Madden gravement. « Vient maintenant la partie la plus importante de notre petite conversation, Oliver, alors écoutez-moi bien. J’ai été engagé pour retrouver l’avion et en prendre possession. C’est tout, fin de l’histoire. Je suis pas du FBI, je suis pas flic, je suis même pas détective privé. Mais mes sources sont bonnes et je sais que vous êtes sur le point de conclure une prise de participation majoritaire dans deux casinos du lac. Un à Grande Belle Cœur Island et un à P’tit Grand Cœur. » Du pied, il tapote la mallette. « Je suis sûr que la paperasse est là-dedans, tout comme je suis sûr que si vous tenez à rester un homme libre, elle sera jamais signée.

— Oh là, une petite minute !

— Fermez-la. Il y a un billet d’avion au nom de James Mallon qui vous attend au terminal Delta. Un aller simple pour Los Angeles. Qui part dans… » Il consulte sa montre. « … à peu près une heure trente. Ce qui vous laisse le temps de passer la sécurité et tout le bordel. Montez dans cet avion ou vous serez en prison ce soir. Vous comprenez ce que je vous dis ?

— Je peux pas…

— Vous comprenez ? »

Madden — qui est aussi Mallon, Morton, Mason, Dillon, Callen et Dieu sait combien d’autres encore — réfléchit aux options possibles, réalise qu’il n’en a pas vraiment et hoche la tête à contrecœur.

« Génial ! Maintenant je vais vous détacher, récupérer mes menottes et sortir de votre véhicule. Si vous tentez quoi que ce soit, j’hésiterai pas à vous faire mal. Est-ce que c’est bien clair ?

— Oui.

— Votre clé de voiture est dans l’herbe. Gros porte-clés Hertz jaune, vous pouvez pas le rater. En attendant, les deux mains sur le volant. À dix heures dix, comme papa vous l’a appris. »

Madden pose les mains sur le volant. Hodges déverrouille les menottes, les glisse dans la poche gauche de sa veste et sort du Navigator. Madden ne moufte pas.

« Allez, passez une bonne journée », dit Hodges, et il claque la porte.

7

Il monte à bord de sa Prius, va se garer à la sortie du rond-point de Zane Aviation et observe Madden ramasser les clés du Navigator dans l’herbe. Lorsqu’il passe en voiture devant lui, Hodges lui fait un coucou de la main. Madden ne lui répond pas, ce qui ne risque pas de fendre le cœur de Hodges. Il suit le Navigator sur la bretelle d’accès à l’aéroport, lui collant presque au cul. Quand Madden bifurque vers les terminaux principaux, Hodges lui fait ses adieux d’un appel de phares.

À peine un kilomètre plus loin, il se gare sur le parking de Midwest Airmotive et appelle Pete Huntley, son ancien coéquipier dans la police. Il a droit à un assez cordial : « Hey, Billy, ça va ? » mais rien de très expansif. Depuis que Hodges se l’est joué solo dans l’affaire du fameux Tueur à la Mercedes (échappant de justesse à de sérieux ennuis d’ordre juridique ensuite), ses relations avec Pete se sont légèrement refroidies. Peut-être que cet appel brisera un peu la glace. En tout cas, il n’a absolument aucun remords d’avoir menti au blaireau en route maintenant vers le terminal Delta : s’il y a bien un gars qui mérite d’avaler une cuillerée bien pleine de son propre sirop, c’est Oliver Madden.

« Ça te dirait de ferrer un bon gros poisson, Pete ?

— Gros comment ? »

Toujours cordial, mais d’une cordialité intéressée, à présent.

« Les Dix Plus Recherchés par le FBI, c’est assez gros ? Il est actuellement en train de s’enregistrer au terminal Delta pour le vol cent dix-neuf à destination de L.A., départ prévu à treize heures quarante-cinq. Réservation au nom de James Mallon mais son vrai nom est Oliver Madden. Il a volé un paquet de fric à la Banque centrale il y a cinq ans, sous le nom de Oliver Mason, et tu sais qu’Oncle Sam aime pas tellement qu’on lui fasse les poches. »

Il énumère encore quelques détails salés du pedigree de Madden.

« Et comment tu sais qu’il est à Delta, toi ?

— Parce que c’est moi qui ai acheté son billet. Je pars de l’aéroport, là. Je viens de saisir son avion. Qui n’était pas son avion, vu qu’il avait versé l’acompte avec un chèque en bois. Holly appellera Zane Aviation pour leur donner tous les détails. Elle adore cette partie du boulot. »

Un long silence. Puis :

« Tu vas donc jamais la prendre, ta retraite, Billy ? »

Ça a quelque chose de blessant.

« Tu pourrais dire merci. Ça te tuerait pas. »

Pete soupire.

« Je vais appeler la sécurité de l’aéroport, puis j’irai là-bas moi-même. » Une pause. Puis : « Merci. Kermit. »

Hodges sourit. C’est pas grand-chose, mais ça pourrait être un début de raccommodage d’une relation sinon brisée, du moins salement fissurée.

« Tu remercieras Holly. C’est elle qu’a réussi à le localiser. Elle est toujours un peu nerveuse avec les gens qu’elle connaît pas, mais devant un ordinateur, c’est une tueuse.

— J’y manquerai pas.

— Et dis bonjour à Izzy pour moi. »

Isabelle Jaynes est la coéquipière de Pete depuis que Hodges a pris sa retraite. Une rousse explosive et super intelligente. Il vient à l’esprit de Hodges, presque dans un choc, que bientôt elle aussi travaillera avec un nouveau coéquipier ; Pete lui-même va pas tarder à prendre sa retraite.

« J’y manquerai pas non plus. Tu me donnes le signalement de ce type pour les gars de la sécurité ?

— Difficile de le rater. Environ un mètre quatre-vingt-dix-huit. Costard havane, probablement l’air un peu sonné à l’heure qu’il est.

— Tu l’as frappé ?

— Je l’ai calmé. »

Pete rigole. C’est bon à entendre. Hodges raccroche et file en ville, bien parti pour s’enrichir de vingt mille dollars par la grâce d’un vieux Texan bourru du nom de Dwight Cramm. Il appellera Cramm pour lui annoncer la bonne nouvelle une fois qu’il saura ce que veut la Barbster de sœur de Jerome.