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Lorsque Tina arrive à la fin, Holly demande :

« L’argent a commencé à arriver en février 2010 ?

— Février ou mars, répond Tina. Je m’en souviens parce que nos parents se disputaient beaucoup à cette époque. Papa avait perdu son travail, vous voyez… et il avait les jambes toutes cassées… et maman lui criait dessus parce qu’il fumait, et que ses cigarettes coûtaient cher…

— Je déteste qu’on me crie dessus, déclare Holly tout net. Ça me retourne l’estomac. »

Tina la gratifie d’un regard reconnaissant.

« La conversation à propos des doublons, intervient Hodges, c’était avant ou après que la livraison d’argent commence ?

— Avant. Mais pas très longtemps avant. »

La réponse est donnée sans hésitation.

« Et c’était cinq cents dollars tous les mois, poursuit Holly.

— Des fois c’était un peu moins d’un mois, genre trois semaines, et des fois c’était un peu plus. Quand c’était plus, mes parents se disaient que c’était fini. Une fois je crois que ça faisait genre six semaines, je me souviens que papa a dit à maman : “Bon, c’était bien le temps que ça a duré.”

— Et ça c’était quand ? »

Holly s’est penchée en avant, les yeux brillants, ses doigts ne pianotent plus. Hodges adore la voir comme ça.

« Mmmh… » Tina fronce les sourcils. « Autour de mon anniversaire, j’en suis sûre. Quand j’ai eu douze ans. Pete était pas là pour mon goûter. C’était les vacances de printemps et son copain Rory l’avait invité à aller à Disney World avec sa famille. C’était pas un chouette anniversaire parce que j’étais complètement jalouse qu’il soit parti et que moi… »

Elle s’arrête, regardant d’abord Barbara, puis Hodges, enfin Holly, qu’elle semble avoir étiquetée comme Maman Cane.

« C’est pour ça que l’argent est arrivé en retard ! Parce qu’il était parti en Floride ! »

Holly, un infime sourire ourlant ses lèvres, jette un petit coup d’œil à Hodges puis reporte son attention sur Tina.

« Probablement. Toujours en billets de vingt et de cinquante ?

— Oui, je les ai vus plein de fois.

— Et ça s’est arrêté quand ?

— En septembre dernier. Autour de la rentrée des classes. Et y avait un petit mot avec. Qui disait quelque chose comme : “C’est la dernière fois, je regrette mais il n’y en a plus.”

— Et combien de temps après tu as dit à ton frère que tu pensais que c’était lui qui envoyait l’argent ?

— Pas très longtemps. Et il l’a jamais vraiment admis, mais je suis sûre que c’était lui. Et peut-être que tout ça c’est de ma faute, parce que j’arrêtais pas de parler de Chapel Ridge… et il disait qu’il regrettait qu’il y ait plus d’argent pour que je puisse y aller… et peut-être qu’il a fait une grosse bêtise et que maintenant il regrette et que c’est trop t-t-tard ! »

Elle se remet à pleurer. Barbara l’enlace et fait de petits bruits pour la réconforter. Holly se remet à pianoter mais ne montre aucun autre signe de désarroi : elle est perdue dans ses pensées. Hodges voit presque les engrenages tourner. Il aurait ses propres questions à poser mais, pour le moment, il est plus que disposé à laisser Holly prendre les rênes.

Quand les sanglots de Tina sont redevenus des reniflements, Holly reprend :

« Tu as dit que tu étais rentrée dans sa chambre un soir et qu’il avait un carnet qu’il a vite caché d’un air coupable. Sous son oreiller.

— Oui, c’est vrai.

— C’était vers la fin de l’argent ?

— Oui, je crois.

— C’était un de ses carnets de classe ?

— Non. Il était noir et ça avait l’air d’être un carnet cher. Avec un élastique, aussi, pour le refermer.

— Jerome en a des comme ça, dit Barbara. Ils sont en Moleskine. Je peux prendre une autre barre énergétique ?

— Fais-toi plaisir », lui dit Hodges.

Il attrape un bloc-notes sur son bureau et note Moleskine. Puis il se retourne vers Tina :

« Est-ce que ça pourrait être un carnet de comptes ? »

Tina fronce les sourcils tout en déchirant elle aussi l’emballage de sa deuxième barre énergétique.

« Pourquoi un carnet de comptes ?

— Il se peut qu’il ait tenu les comptes de ce qu’il avait envoyé et de ce qui restait.

— Peut-être, mais j’ai eu l’impression que c’était plutôt un journal intime chic. »

Holly regarde Hodges. Il incline la tête pour lui signifier : Continue.

« C’est parfait, Tina. Tu es un témoin hors pair. Tu ne trouves pas, Bill ? »

Il approuve de la tête.

« Bon, OK. Quand a-t-il commencé à se laisser pousser la moustache ?

— Le mois dernier. Ou peut-être que c’était fin avril. Papa et maman lui ont dit tous les deux que c’était ridicule, papa lui a dit qu’il ressemblait à un cow-boy de drugstore, je vois pas bien ce que ça peut être, mais il a pas voulu la raser. Je me suis dit que c’était juste une expérience qu’il faisait. » Elle se tourne vers Barbara. « Tu sais, comme quand on était petites et que t’as essayé de te couper les cheveux toute seule pour ressembler à Hannah Montana. »

Barbara fait la grimace.

« S’te plaît, parle pas de ça. » Et s’adressant à Hodges : « Ma mère a sauté au plafond.

— Et depuis, il est perturbé, poursuit Holly. Depuis la moustache.

— Pas trop au début, mais je voyais bien déjà qu’il était nerveux. Ça fait que deux semaines que je vois qu’il a peur. Et maintenant c’est moi qui ai peur ! Vachement peur ! »

Hodges vérifie si Holly a quelque chose à rajouter. D’un regard, elle lui signifie : À toi.

« Tina, je veux bien m’occuper de ça, mais je dois d’abord parler à ton frère. Tu comprends ça, n’est-ce pas ?

— Oui », souffle-t-elle. Délicatement, elle dépose sa barre énergétique, dont elle n’a pris qu’une seule bouchée, sur l’accoudoir du canapé. « Oh là là, il va me tuer.

— Tu risques d’être surprise, lui dit Holly. Il pourrait bien être soulagé que quelqu’un ait précipité les choses. »

Holly, dans ce domaine, parle d’expérience, Hodges le sait.

« Vous croyez ? demande Tina d’une petite voix.

— Oui, affirme Holly avec un hochement de tête péremptoire.

— D’accord, mais vous pourrez pas ce week-end. Il s’en va au Centre de Vacances de River Bend. Pour une rencontre de délégués de classe. Il a été élu vice-président pour l’année prochaine. S’il va encore en classe l’an prochain… » Tina presse la paume de sa main contre son front dans un geste de désespoir si adulte que la pitié étreint Hodges. « S’il va pas en prison l’an prochain. Pour vol. »

Holly a l’air aussi bouleversé que Hodges mais elle n’a pas pour habitude de toucher les gens, et Barbara est trop horrifiée par le mot prison pour se montrer maternelle. C’est à lui d’agir. Il tend le bras et prend dans ses grosses mains les petites mains de Tina.

« Je ne crois pas que ça arrivera. Ce que je crois, c’est que Pete pourrait avoir besoin d’aide. Quand rentre-t-il ?

— D-Dimanche soir.

— Et si je le rencontrais lundi après l’école. Ça irait ?