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Pour assurer la mise en œuvre d’une politique municipale plus ambitieuse, conforme aux besoins de la population et digne d’une grande métropole internationale, le nouveau maire de Paris dispose de moyens d’action considérables : un budget de 5,5 milliards de francs, une administration dont les effectifs s’élèvent à 38500 agents. Ses pouvoirs ne sont limités que dans un seul secteur : celui de la sécurité, dont la responsabilité revient au seul préfet de police. L’impulsion que j’entends donner à la gestion de la ville peut s’appuyer, d’emblée, sur des élus compétents, efficaces et dynamiques. Instruit de longue date des dossiers de la capitale, mon premier adjoint, Christian de La Malène, ancien rapporteur du budget de la ville, est une des pièces maîtresses, avec entre autres Jacques Dominati, Jean Chérioux et Jean Tiberi, du dispositif qui se met en place. Je confie les commandes administratives à deux fonctionnaires de premier ordre : Camille Cabana, qui devient le premier secrétaire général de la ville de Paris, et l’ancien préfet Maurice Doublet, auquel je fais appel pour diriger mon cabinet.

Le 12 décembre 1977, lors de la première discussion budgétaire, j’annonce les grandes priorités de mon début de mandature : « la solidarité entre les habitants, l’équilibre sociologique et professionnel de la population, enfin le rayonnement national et international de la capitale ».

La politique en faveur des personnes âgées et des plus déshérités est une de celles, naturellement, qui me tient le plus à cœur. Elle s’exerce dans trois directions essentielles : l’amélioration des ressources garanties, la lutte contre l’isolement et le développement d’équipements collectifs, résidences et foyers construits à l’intention des plus démunis.

La deuxième de ces priorités est la lutte contre la dépopulation croissante de la capitale. Les difficultés qu’éprouvent, en particulier, les jeunes et les familles à résider dans Paris rendent plus que jamais nécessaire une politique active de logements sociaux, axée sur un programme à long terme de réhabilitation d’immeubles et d’achat de terrains désaffectés. Peu après mon élection, j’adresse un signal fort en ce sens avec la mise aux enchères de luxueuses habitations possédées par la Ville, boulevard Suchet, dans le XVIe arrondissement, pour financer la construction de logements sociaux. En 1980, 35 % du budget d’investissement de la Ville seront consacrés aux acquisitions foncières, destinées aux mêmes objectifs.

Confiée à un directeur de grand renom, Marcel Landowski, ami personnel de Georges et Claude Pompidou, l’action culturelle reste le meilleur garant du rayonnement de Paris en France et à l’étranger. Pour lui apporter un nouvel essor, le budget des affaires culturelles de la capitale sera doublé au cours des deux premières années de mon mandat. Il s’agit de poursuivre et d’amplifier le soutien apporté par la Ville à une douzaine de manifestations prestigieuses, telles que le Festival du Marais, le Festival d’automne ou le Festival international de la danse. La rénovation de la salle du Châtelet, ainsi que du musée d’Art moderne, l’impulsion donnée à de grandes institutions comme le Théâtre de la Ville, l’Orchestre de Paris ou l’Ensemble orchestral, avant la création de la Vidéothèque de Paris et de la Maison européenne de la photographie, témoignent d’une même ambition : refaire de Paris une capitale culturelle internationale de premier plan. Ambition qui va de pair avec une politique de décentralisation de la vie culturelle, visant à assurer, dans tous les arrondissements, une meilleure diffusion de l’enseignement artistique.

L’œuvre la plus visible d’un maire, c’est la marque qu’il imprime au visage de sa ville. À peine installé à la tête de la municipalité parisienne, je décide d’en finir avec la politique d’urbanisme qui a prévalu depuis les années cinquante : celle des grands ensembles de tours et de barres, témoins d’une « rénovation bulldozer » en rupture totale avec la véritable physionomie de la capitale, modelée par l’Histoire. Concilier le respect du patrimoine et de l’environnement traditionnel avec la libre expression d’une architecture contemporaine plus humaine, tel est l’esprit de la nouvelle politique d’aménagement que je souhaite réaliser.

Pour la mener à bien, je fais appel au meilleur urbaniste du moment, Pierre-Yves Ligen. La construction, à l’est de Paris, du Palais omnisports de Bercy et la mise en chantier, à l’ouest, de la ZAC Citroën participent d’un même objectif : la renaissance d’une cité plus équilibrée dans ses activités, sa population et son architecture.

L’opération la plus spectaculaire à cet égard est celle, au cœur même de la capitale, de l’aménagement du quartier des Halles. Parmi les dossiers dont j’hérite en devenant maire de Paris, celui-ci est, de loin, le plus difficile à démêler. Depuis le transfert du marché des Halles à Rungis, sept ans auparavant, et la démolition des pavillons de Baltard qui l’abritaient, le secteur n’est plus qu’un immense terrain vague, une énorme excavation de près de trente mètres gorgée d’eau et entourée de palissades. Devenu tristement célèbre, le fameux « trou des Halles » est aussi devenu pour les Parisiens symbole de gabegie et d’impuissance, à force de projets sans lendemain et de chantiers interrompus. Je dois agir vite afin de limiter les déficits déjà occasionnés et redonner vie à tout un quartier laissé à l’abandon.

L’équipe d’architectes et de techniciens que je mobilise aussitôt travaillera d’arrache-pied pour concevoir un projet définitif, conformément aux orientations générales que je leur ai données. À l’opposé de tout gigantisme, ce projet devra rester à taille humaine, assurer la rénovation des lieux et leur apporter les équipements nécessaires, tout en respectant l’identité du quartier et en mettant en valeur son patrimoine historique. Ce qui me conduit à interrompre sine die, dans sa partie nord, la construction, naguère décidée par l’État, d’un ensemble monumental conçu par Ricardo Bofill, qui présente, entre autres inconvénients, celui de couper, au débouché de la rue Rambuteau, la très belle perspective sur l’église Saint-Eustache.

Au début des années quatre-vingt, le dossier des Halles sera en passe d’être réglé, avec l’installation, en sous-sol, de la gare RER Châtelet-Les Halles et d’un forum de commerces et de loisirs, ainsi que la mise au point, en surface, d’un nouveau plan d’aménagement. Ce dernier prévoit la réalisation d’une grande zone piétonnière allant jusqu’au Centre Georges-Pompidou, ainsi que la création d’un jardin destiné à devenir tout à la fois un lieu de promenade et d’animation.

En dépit des vicissitudes que le site subira au fil du temps, l’opération des Halles, fruit d’une concertation exemplaire entre les élus et la population, résulte alors d’une politique d’urbanisme soucieuse, pour la première fois, d’environnement et de qualité de vie des habitants. Tout comme le « Plan vert » lancé à la même époque, le projet « Seine propre » initié dès 1977 et la modernisation, engagée simultanément, de la collecte des ordures ménagères, cette réalisation reflète mon souci de faire de Paris, dans tous les domaines, un laboratoire d’idées et de projets susceptibles d’intéresser le pays tout entier.