À l’issue d’un débat agité au Bourget, le 11 février, devant 20000 militants, 68 % des mandataires se prononcent en faveur de la motion Chirac-Juppé, les autres soutenant la motion Pasqua-Séguin.
Réélu président du RPR à l’unanimité du Conseil national, et assuré par là même de garder, pour l’avenir, la maîtrise de l’appareil, je n’en suis que plus libre pour continuer, dans le même temps, à affirmer un engagement personnel au-dessus des contingences partisanes et conforme à ce que je crois être l’intérêt de la France. Quitte à me situer, parfois, à contre-courant de ma famille politique…
Des bouleversements majeurs sont intervenus dans le monde depuis mon départ de Matignon, en mai 1988. Le démantèlement en URSS du système communiste sous l’impulsion de Boris Eltsine, et en dépit des réticences prévisibles de Mikhaïl Gorbatchev. La chute du mur de Berlin en novembre 1989, qui ouvrira la voie, dix mois plus tard, à la réunification de l’Allemagne. Le retrait, en janvier 1990, des troupes soviétiques de Hongrie et de Tchécoslovaquie et le début, simultanément, de la crise yougoslave. Le déclenchement, au début de l’année suivante, de la guerre du Golfe, après l’invasion du Koweït par les troupes irakiennes. Et les prémices de la tragédie rwandaise qui débouchera sur un génocide ethnique d’une ampleur effroyable, ajoutant à cette sorte de malédiction qui semble peser sur le destin de l’Afrique…
C’est dans ce contexte d’une fin de siècle où le monde craque de toutes parts, si foisonnant de promesses et si lourd de drames et d’incertitudes, que vient s’ajouter un sujet de préoccupation grandissant, mais auquel l’opinion publique et la plupart des responsables politiques, sans parler des dirigeants des grands pays, ne prêtent encore qu’une attention distraite. Il concerne ni plus ni moins que l’avenir de notre planète et celui des hommes qui la peuplent.
L’article que je publie dans Le Monde, le 16 juin 1992, au lendemain de la conférence des Nations unies sur l’environnement et le développement, témoigne de l’importance que j’ai attachée, dès cette époque, à cette question vitale, qui engage le sort de l’humanité tout entière. Cet article s’intitule précisément : « Le devoir de l’humanité ». J’y dresse le constat d’une situation alarmante qui, dix-sept ans plus tard, à l’heure où j’écris ce livre, n’a rien perdu, hélas, de son actualité, tant nous aurons tardé à réagir. En voici l’essentiel :
« Les enjeux de la conférence qui vient de s’achever étaient, au sens étymologique du terme, essentiels. Au cœur du débat, figurait la question de la compatibilité des exigences du développement avec les grands équilibres écologiques.
« Pourtant, comme on pouvait le craindre, ce sommet s’est souvent résumé en une polémique entre le Sud et le Nord, occultant les véritables priorités de cette fin de siècle : l’explosion démographique des pays en voie de développement, avec son corollaire, l’extension de la pauvreté et de la malnutrition ; les atteintes industrielles à l’environnement dans les pays riches, qui sont autant d’hypothèques sur l’avenir.
« Rien d’étonnant dès lors à ce que les engagements souscrits à Rio par la communauté internationale soient, il faut bien l’admettre, nettement insuffisants au regard des ambitions initiales. La convention sur les changements climatiques, destinée à limiter les effets des gaz à effet de serre, n’est qu’un accord-cadre, sans objectif précis ni échéancier contraignant.
« La convention sur la biodiversité, conçue pour protéger la variété des espèces animales et végétales, ne comporte aucune disposition concrète et n’a pas été signée par les États-Unis. La déclaration en faveur des forêts n’est qu’une somme de promesses, sans la moindre portée juridique. Fait symbolique, le compromis final sur le financement laisse libres les pays riches d’atteindre ou non l’objectif de 0,7 % de leur PNB affecté à l’aide au développement. Toute ambition a disparu en la matière.
« L’échec relatif du sommet de la Terre ne saurait, pour autant, conduire à la résignation. Il doit être l’occasion d’un sursaut, tant il est urgent de dépasser le stade des pétitions de principe et des déclarations générales pour mettre en avant des objectifs clairs et réalistes.
« Première priorité à mes yeux : la création d’un système d’observation des risques écologiques à l’échelle planétaire. L’enjeu est capital : il s’agit d’évaluer avec précision les risques d’atteinte à l’environnement, les facteurs qui les influencent et les enchaînements qui les entretiennent. C’est dans cet esprit que j’avais engagé en 1987 une coopération entre le SNES et la NASA en faveur du satellite Topex-Poséidon d’observation des océans. Ce type d’initiative doit être encouragé, en liaison étroite avec la communauté scientifique internationale, insuffisamment associée aujourd’hui au combat pour l’environnement. Ses connaissances sur l’atmosphère, les climats, les forêts, les pluies acides, l’effet de serre, la valorisation et le retraitement des déchets, les énergies renouvelables sont si précieuses pour notre avenir commun, qu’il y aurait une incroyable irresponsabilité collective à ne pas les exploiter.
« Deuxième exigence : la maîtrise de la croissance démographique dans les pays du Sud. Six milliards d’hommes aujourd’hui, plus de dix en 2050, avec une proportion de pauvres et de déshérités en forte progression. Ce ne sont pas là des extrapolations aléatoires, mais des perspectives certaines.
« L’exode rural qui a hypertrophié nos villes et nos banlieues depuis 1950 est désormais un phénomène planétaire. Les campagnes se désertifient, aussi bien en Amérique du Sud, en Afrique équatoriale ou dans le sous-continent indien ; partout, la population des villes du Tiers-Monde croît exponentiellement et vient, pour une part, chercher en Europe, aux États-Unis et au Canada, subsistance et travail. Ces gigantesques mouvements de population n’en sont qu’à leur début, tant sont grandes les inégalités de richesse sur la planète. C’est le grand défi des vingt ou trente années à venir. Nous devons en être conscients, en analyser les causes et chercher à infléchir la tendance.
« Comment ? En agissant dans le respect des libertés individuelles, des croyances et des cultures. Par l’information, l’éducation, les aides médicales et techniques que l’on doit apporter aux gouvernements intéressés. En aidant plus particulièrement les pays en voie de développement qui font un effort pour maîtriser leur démographie. En matière de démographie comme d’environnement, il ne saurait y avoir de fatalité.
« Troisième impératif : placer l’économie de marché au service d’un meilleur équilibre entre développement et environnement. L’économie et les valeurs de liberté et de propriété qui la fondent ne sont nullement incompatibles avec le respect de l’environnement. Bien au contraire : chacun sait aujourd’hui à quel point le communisme a généré de pollution, d’industries dangereuses et de risques, notamment nucléaires, pour la sécurité mondiale. L’économie libérale, parce qu’elle repose sur la responsabilité individuelle, est mieux à même de faire respecter les disciplines.