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Contrairement à ce que pensent un grand nombre de jeunes, peut-être parce qu’ils n’en ont jamais été privés, la liberté n’est pas un merveilleux privilège que l’on a une fois pour toutes. C’est un bien difficile à conquérir, une plante fragile et menacée qu’il faut perpétuellement protéger et défendre.

La liberté peut être détruite aussi bien par une trop grande emprise de l’État que par la démission de l’autorité.

Elle s’évanouit et meurt là où l’État n’est plus capable d’assurer à tous les citoyens la sécurité dans leur vie quotidienne face aux violences, aux agressions du monde moderne, aux excès des minorités destructrices.

Nos concitoyens aspirent à la sécurité, ils veulent être protégés, ils veulent voir renforcée et plus perpétuellement contestée l’autorité d’un État qui tient sa légitimité du suffrage universel, ils veulent que cesse la complaisance envers la licence et le renoncement.

Mais au-delà de ces principes permanents qui concernent l’organisation de la société, il y a les hommes et les femmes qui la composent. Il y a leurs problèmes, toujours nouveaux, toujours plus complexes, et qu’il faut résoudre.

Le devoir de l’homme politique n’est pas de rêver pour les autres, mais de les écouter, de démêler avec eux le possible du souhaitable et d’en tirer des règles pour son action.

Que veulent donc les hommes et les femmes de ce pays ? Leur attente, telle que je la perçois, est à la fois simple et très ambitieuse :

un monde juste,

une vie quotidienne qu’ils maîtrisent davantage et dont ils assument eux-mêmes plus directement la responsabilité.

La justice, bien sûr, tout le monde la veut. Mais comme la liberté, elle a ses disciplines.

La justice n’est pas l’égalitarisme : la diversité, la différence entre les hommes sont un droit autant qu’un fait.

La France de demain ne saurait être une société d’assistés où chacun recevrait d’une bureaucratie tentaculaire la même portion congrue de la pénurie collective. Certaines inégalités en revanche sont intolérables : toutes celles qui résultent de rentes de situation où le mérite personnel n’a que faire, toutes celles que sécrète le jeu de certains mécanismes économiques quand l’État ne maintient pas la mesure.

Réduire ces inégalités, voilà ce que doit être, concrètement, notre action de justice.

La deuxième discipline de la justice, c’est la solidarité.

L’excès des revendications, la relative facilité avec laquelle celles-ci sont satisfaites, l’acharnement croissant avec lequel chacun s’en remet à l’État pour satisfaire tous ses besoins et toutes ses exigences créent un climat d’inflation psychologique non moins dangereux que l’inflation elle-même et non moins générateur d’angoisse.

Car, je vous le demande, quand nos entreprises et nos syndicats se laissent entraîner dans une course échevelée des salaires et des profits, où sont les bénéficiaires ? Où sont les victimes ? De tous côtés : chômeurs frustrés de leur dignité de citoyen à part entière, entrepreneurs épuisés de dettes, personnes âgées désemparées par le coût de la vie, mal-logés accablés par l’alourdissement des charges locatives, petits agriculteurs que la terre ne nourrit pas, épargnants aux revenus non indexés, tous se retrouvent au bout du compte dans le malheur, le désespoir ou la révolte.

Il est urgent que les partenaires privilégiés de notre système social prennent conscience de la solidarité nouvelle que la crise a fait surgir entre tous.

Certes, la société d’hommes responsables pour laquelle nous nous rassemblons ne saurait être fondée sur l’assistance. Mais la solidarité n’est pas l’assistance. Elle permet au contraire de concilier le goût de l’initiative personnelle et la sécurité à laquelle nous aspirons légitimement.

Pour mettre en œuvre cette solidarité, il faut, bien sûr, des réformes. Et quoi qu’on en ait dit, je le crois profondément. Je rappelle que personne, dans l’histoire de notre République, n’a plus que le Général de Gaulle, transformé notre société. Je continuerai, pour ma part, et à ma place, dans cette voie.

Des réformes donc ! Mais lesquelles et comment ?

Je voudrais tout d’abord dire que mon expérience gouvernementale m’a enseigné que l’évolution nécessaire des choses devait être recherchée de façon différente selon leur nature.

Il y a des domaines où l’on peut et où il faut apporter des améliorations progressives.

C’est le cas de la famille, cellule de base de notre société, lien privilégié où la très grande majorité des hommes et des femmes de notre pays ont choisi de faire leur bonheur. Il faut la préserver et l’aider davantage non seulement sur le plan matériel mais aussi sur le plan moral.

C’est le cas de la commune qui doit bénéficier d’une beaucoup plus grande autonomie de permettre à tous les citoyens qui la composent de participer directement aux responsabilités de sa gestion.

C’est le cas de la libre association des hommes pour l’organisation de ce qui touche au cadre de vie : urbanisme, équipements collectifs, écologie. Le seul moyen en effet d’éviter la répétition de certaines erreurs consiste à substituer aux actions administratives forcément arbitraires et systématiques, les initiatives de ceux qui vivent sur le terrain. La qualité de la vie, ne l’oublions pas, est le domaine privilégié de la différence parce qu’elle est l’expression renaissante de la culture.

Et je pense d’ailleurs que trop souvent la mainmise des partis politiques sur ces associations empêche les citoyens d’y exercer pleinement leurs responsabilités.

C’est le cas de l’emploi des deniers publics. Compte tenu de l’importance de plus en plus grande des interventions publiques dans l’économie et du poids croissant des charges sociales de la Nation, l’État doit avoir pour souci constant de veiller de façon permanente au bon emploi de l’argent public et de donner l’exemple d’une gestion rigoureuse éliminant peu à peu le gaspillage, les abus et les dépenses inutiles.

C’est le cas enfin, pour ne prendre que quelques exemples, de la concertation indispensable avec les organisations syndicales et professionnelles, non pas pour leur transférer un pouvoir de décision qui n’appartient qu’à la puissance publique, mais pour élaborer réellement et honnêtement avec les solutions les mieux adaptées aux problèmes qui se posent à nos concitoyens. Un État sûr de son autorité ne craint pas en effet la concertation véritable. L’autoritarisme est le masque de la faiblesse.

Mais il y a des domaines où les améliorations partielles aussi justifiées soient-elles, ne font qu’ajouter à la confusion. Dans ce cas, la réforme ne consiste pas à amender et à améliorer, il faut procéder à une refonte complète d’un système.

C’est le cas maintenant, j’en ai acquis la conviction, de notre système fiscal, reconnaissons-le, trop complexe, insuffisant et injuste. La fiscalité de demain devra bien sûr, permettre une plus juste appréciation des revenus mais elle devra être assise non seulement sur la dépense et les revenus mais aussi sur le capital.

C’est le cas également des rapports entre l’homme et l’État, entre l’administré et l’Administration. Le progrès, aujourd’hui consiste à donner à chaque citoyen une maîtrise accrue sur sa vie quotidienne. Les peuples en marche vers la démocratie se sont d’abord débarrassés des barons et des princes qui monopolisaient le pouvoir. Par l’élection, expression périodique de la démocratie, ils ont obtenu de choisir les représentants qui exercent ce pouvoir en leur nom. Le moment est désormais venu où cette forme de démocratie apparaît à son tour insuffisante. Les citoyens veulent aujourd’hui passer de l’exercice périodique de la démocratie à des formes originales de démocratie du quotidien. Vous sentez bien autour de vous cette aspiration de plus en plus pressante de chacun à choisir sa vie, sa maison, sa rue et le paysage de sa rue, son travail et l’organisation de son travail.