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La démocratie que nous devons inventer doit permettre l’exercice continu de la responsabilité individuelle, ce qui suppose une transformation profonde de l’Administration, de ses méthodes, de ses structures.

C’est le cas enfin, et pour prendre un dernier exemple, de la participation. Vous savez combien cette idée nous est chère. Pour être effective, la participation suppose non seulement un droit à l’information, l’accès aux responsabilités, mais également une meilleure diffusion de la propriété par l’association de tous au capital. Voilà les bases de la véritable et nécessaire réforme de l’entreprise.

Je reste persuadé qu’il existe dans le pays une majorité pour appuyer une telle politique. Pour la mener à bien, j’aurais souhaité que l’occasion soit donnée à cette majorité de s’affirmer rapidement et sans équivoque. Il n’en a pas été ainsi.

Reste, bien entendu, les problèmes conjoncturels, et Dieu sait qu’ils sont nombreux et importants. Aujourd’hui, mon successeur a reçu certaines assurances, notamment pour engager la lutte contre l’inflation, problème qui, de tous, est celui qui m’a le plus préoccupé. Il dispose pour ce faire du Ministère des Finances. Je ne doute pas de sa volonté et je connais sa compétence. Je souhaite de tout cœur qu’il réussisse.

Mais dans le domaine politique, il est à craindre que la combinaison à têtes multiples et à autorité diffuse, échafaudée sur les partis, n’ait ni la force ni l’élan nécessaires pour mener notre majorité à la victoire. Il ne faudrait pas que renaissent ces coalitions que nous avons connues et qui n’ont pour but que de s’approprier le pouvoir, pour ciment que l’intérêt électoral et qui tendent désespérément de s’élargir dans le vain espoir de tenir debout.

Alors viendrait le temps des déboires et des désillusions !

Déjà le doute s’insinue dans bien des esprits.

Il y a ceux qui disent : tout est perdu, il faut se résigner à l’inévitable expérience collectiviste.

Il y a ceux qui disent : nous n’avons pas les moyens de gagner, il faut pactiser avec nos adversaires.

Il y a ceux qui disent : quel malheur, la France est coupée en deux, il faut trouver un compromis quitte à perdre notre moitié majoritaire et nous contenter de l’autre.

Eh bien ! Non ! Je n’accepterai jamais que les Français qui nous ont fait confiance pour promouvoir une société de justice et de liberté soient contraints, sous de fallacieux prétextes à de continuelles reculades. Je n’accepterai jamais de voir chaque concession de notre part accueillie par un redoublement d’impudence et d’audace de la part de ceux qui nous combattent depuis près de vingt ans.

Il ne s’agit pas bien sûr d’entrer prématurément en campagne électorale. Mais l’action politique, la plus noble des actions puisqu’elle conditionne le destin des hommes, est une action permanente.

Que fait l’opposition, et avec un certain succès, si ce n’est de mener un combat politique permanent. L’ignorer ou le sous-estimer est dangereux. Telle n’est pas mon intention. J’ai déclaré il y a quelque temps, m’adressant aux élus de notre Mouvement : je vous conduirai à la victoire en 1978. Eh bien ! je déclare aujourd’hui que ma volonté et ma conviction n’ont pas changé.

Je suis en effet résolu à contribuer à notre victoire parce que je me refuse à laisser des millions de citoyens qui nous ont fait confiance attendre dans la résignation que se joue leur sort, parce que des élections cela se prépare, certes grâce à l’action efficace et soutenue d’un gouvernement responsable mais aussi par l’explication sans relâche de ce que nous croyons, de ce que nous voulons. Il faut convaincre les Français que nous sommes véritablement porteurs d’espérances.

Porteurs d’espérances ! C’est une grande ambition mais aussi une lourde charge que d’autres ont assumée avant nous. Comme eux, fidèles à leur exemple, nous ne nous déroberons pas !

Mon rôle au milieu de vous, est de montrer le chemin, et je vais le faire.

Après tout, si l’honneur et le risque m’en reviennent, c’est que d’autres, plus anciens, n’ont pas cru devoir, ou n’ont pas pu, prendre la charge.

Il serait plus agréable que la politique n’obéisse pas à des lois dures et impitoyables. Malheureusement, il n’en est pas ainsi. La politique est et a toujours été un combat, tout est engagé, le présent, l’avenir de nos enfants, celui de la France.

C’est pour cela et non par je ne sais quel goût de la lutte que j’appelle chacune et chacun d’entre nous à engager toutes ses forces et toute son âme dans cette bataille, et sans attendre.

Je m’adresse à tous les Français sans exclusive, aucune, pour que se constitue le vaste mouvement populaire que la France a toujours su tirer de ses profondeurs lorsque le destin paraît hésiter.

Par vous, autour de vous, au-delà de vous, nous allons essayer de créer le Rassemblement de toutes celles et tous ceux qui cherchent, avec obstination, à se faire entendre, à travailler, à préserver leur liberté de choix et d’expression et qui aspirent à plus de justice, à plus de bonheur sans pour autant renier les principes auxquels ils sont attachés.

Cela suppose de notre part de la patience, de la ténacité, de la grandeur, mais le Général de Gaulle et Georges Pompidou nous ont habitués à fréquenter les rudes sentiers qui obligent les Français à se surpasser pour être eux-mêmes dans la victoire.

Le Grand Rassemblement auquel je vous convie, qui devra allier la défense des valeurs essentielles du Gaullisme aux aspirations d’un véritable travaillisme français, et qui permettra à la majorité de se renforcer pour continuer son œuvre, vous allez devoir en délibérer lors des Assisses Nationales Extraordinaires que notre Secrétaire Général, Yves Guéna, réunira à ma demande avant la fin de l’année.

Vous donnerez ainsi l’exemple de l’effort que chaque citoyen devra accomplir pour que ce Rassemblement triomphe.

Cela suppose pour nous des modifications profondes, de nos statuts et de nos structures.

Ne vous y trompez pas, il nous faudra aussi perdre certaines de nos habitudes, changer nos mentalités, renoncer à la facilité de nous retrouver confortablement entre nous pour parler du passé. Il sera un peu pénible, un peu déroutant d’accueillir des nouveaux venus, parfois d’anciens adversaires, mais le bien de la France est à ce prix.

Vous croyez être assez nombreux. Je vous dis : pas assez.

Vous croyez être assez généreux. Je vous dis : pas assez.

Vous croyez être assez forts. Je vous dis : pas assez.

Chacun de vous sent, chacun de vous sait que les prochaines législatives seront décisives pour le pays et rien ne doit être épargné pour les gagner.

Je sais que la grande majorité d’entre vous souhaite ce Rassemblement. Ensemble nous le ferons. Mais il faut m’aider, me suivre, m’encourager par votre soutien sans défaillance.

Je vous promets quant à moi que je mettrai toutes mes forces, tous mes moyens, tout mon cœur, au service de la France dans le respect de la République et des Institutions.

Discours au Congrès fondateur du RPR,

5 décembre 1976

Amis anciens et nouveaux, je vous salue.

Nous voici réunis pour témoigner que le peuple de France, comme il l’a toujours fait dans les heures difficiles, se rassemble et se retrouve.