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Notre histoire est celle d’une Nation de la vieille Europe qui a donné au monde moderne l’essentiel de ses valeurs, qui n’a jamais cédé lorsqu’elles étaient menacées, qui a su en faire le patrimoine de chacun d’entre nous.

Sur ces valeurs, nous avons fondé notre prestige, exalté notre unité. Nous avons bâti l’idéal d’une société de liberté, affirmant la dignité et la responsabilité de ses membres. Qui ne reconnaîtra que ces exigences tiennent au cœur de l’immense majorité de nos concitoyens, et qu’elles valent tous les sacrifices, lorsqu’elles sont menacées ? Or, les menaces s’accumulent. Il est temps d’en prendre clairement conscience.

Ce qui menace notre société

La menace tient d’abord à notre propre doute. Une inquiétude confuse commence à se répandre. Le spectacle d’un monde divisé, déséquilibré, déchiré ; celui de son désordre économique, de ses inégalités, de ses injustices ; la rupture d’une croissance exceptionnelle tant par sa durée que par sa vigueur ; l’apparition, dans notre société, de formes nouvelles de désarroi moral ; l’irruption de la violence que les techniques modernes d’information font pénétrer dans chaque foyer : tout cela conduit beaucoup d’entre nous à s’interroger anxieusement sur l’avenir : allons-nous vivre dans l’éphémère, la destruction permanente de toutes les certitudes, le désordre des valeurs ? Chacun sent que la cohésion de la Nation et la fermeté de ses décisions sont d’autant plus nécessaires et que les Français doivent, pour cela, se rassembler.

Mais sachons reconnaître que nous n’avons pas toujours, en tant que citoyens et en tant qu’hommes, défendu avec assez de volonté notre héritage, lutté avec assez de courage pour l’accroître, compris avec assez de cœur qu’il fallait l’adapter à ce que demandent les hommes et les femmes d’aujourd’hui. Tel est bien pourtant le devoir de citoyens responsables : non point céder à la lassitude et se résigner à la politique du pire ; non point participer à la division de la France par des slogans ou des idéologies qui exacerbent l’affrontement et l’intolérance.

Ne laissons ni affaiblir, ni dévoyer les valeurs essentielles dont si peu de pays au monde donnent l’exemple. Il est temps, avant que ne s’engagent les compétitions électorales, que nous nous retrouvions en nous-mêmes afin de compter tous ceux qui veulent, pour la France, dépasser les clivages politiques et apaiser les luttes partisanes.

Oui, le moment est venu de nous ressaisir. En nous abandonnant nous-mêmes, c’est la France que nous abandonnons. Rendons l’espérance à notre pays, proposons à sa jeunesse une cause qui l’enthousiasme, suscitons l’engagement de tous ceux qui croient à la France. Que cet appel soit entendu et qu’il soit épargné aux Français d’être conduits à y souscrire plus tard et dans le drame.

Car la vraie menace est en face de nous. La prétendue alternative que nous propose le programme socialo-communiste est dangereuse. Elle est inefficace. Elle est illusoire. Elle est la plus mauvaise réponse au débat sur les libertés. Ouvrons les yeux : bien peu de pays sont libres dans le monde. La plupart vivent sous la dictature des armes ou des idéologies. Beaucoup chez nous n’ont pas oublié ce que c’est de vivre sans liberté. Les jeunes, eux, n’ont heureusement pas connu cela, mais leur vigilance ne doit pas s’endormir : à défaut de souvenirs, qu’ils aient des pressentiments.

Que l’on m’entende bien : je ne mets en cause ni la bonne foi ni la raison d’aucun de nos concitoyens. Je ne dénonce pas des hommes, je dénonce des structures, celles du programme commun, je dénonce la logique de son développement ; il repose, en effet, sur la mise en place d’une bureaucratie qui conduira à supprimer les libertés. Ne vous y trompez pas : les mêmes causes produisent les mêmes effets.

Il n’y aura pas de collectivisme à la française. Quelles qu’aient pu être les illusions ou les ambitions de ceux qui s’y sont prêtés, partout dans le monde où l’on a mis en place les principes socialo-communistes, les libertés ont disparu. Et l’on n’a jamais vu une société devenue collectiviste rétablir ensuite les principes libéraux. Je ne critique pas ici les régimes qui ont estimé que ce type de société convenait à leur peuple. Je dis simplement qu’il ne convient pas à la France.

Et si, au-delà des conséquences politiques du programme commun, j’examine ses propositions économiques, je suis conduit à la même inquiétude. Si les nationalisations ont été justifiées dans le passé, lorsqu’il s’agissait de transférer à la Nation certains secteurs essentiels à son activité, celles que nous promettent aujourd’hui les socialo-communistes concernent des pans entiers de notre économie et ne peuvent avoir pour résultat que de tuer l’initiative, de généraliser l’irresponsabilité et d’engendrer le déficit.

Nous ne voulons pas d’une société où la méfiance vis-à-vis de l’homme, érigée en principe, conduit à transférer à un État de plus en plus puissant et omniprésent ce qui relève de la responsabilité de chacune et de chacun d’entre nous.

Quant à l’autogestion… Elle demeure un mythe. Les rares exemples qu’on en connaisse ont été marqués par l’échec ou par l’anarchie.

Aucune de ces recettes n’est adaptée au dynamisme nécessaire d’une économie moderne. Elles ne peuvent conduire qu’à la récession et ce n’est pas par hasard que tous les pays qui les ont appliquées ont connu et connaissent un développement économique et donc un progrès social inférieurs aux nôtres.

Y a-t-il au moins, dans le programme commun, la réponse à la grande question qui tourmente le cœur des hommes et qui, je le sais, préoccupe plus que jamais peut-être nos concitoyens : la question de l’injustice ? L’expérience montre que le collectivisme ne crée pas une société plus juste. Partout, dans les régimes de ce type, on a substitué aux inégalités d’autres inégalités, aux hiérarchies qu’on voulait abattre d’autres hiérarchies : celle de l’État, celle du parti, celle du syndicat.

Je répète que je ne critique pas ce système dans les pays qui l’ont choisi. Je dis que je n’en veux pas pour la France. Car l’injustice, ce n’est pas par l’idéologie, par la bureaucratie, par leur ordre implacable que nous la réduirons. C’est par d’autres voies.

Voilà les principales raisons du refus que j’entends opposer à la mise en œuvre du programme commun. Nous, nous cherchons autre chose qu’un système qui détruit les libertés, n’apporte pas de solution économique adaptée aux exigences de notre pays, ne donne pas de réponse satisfaisante à l’immense aspiration de nos concitoyens pour plus de justice.

L’espoir pour la France, pour nous-mêmes, pour nous tous et pour ceux qui ont besoin de nous, ne le laissons pas mourir. Ne nous laissons pas tromper. Ne nous faisons aucune illusion sur le processus qu’enclencherait une victoire des partisans du programme commun aux élections législatives. Ce ne serait pas l’alternance démocratique mais un processus irréversible.

Conscients de nos difficultés actuelles, de la nécessité pour la majorité de se ressaisir, convaincus du caractère inefficace et néfaste de ce que nous promet le programme commun, certains que la victoire du collectivisme tue l’espoir, nous devons susciter un élan puissant qui transformera notre combat en victoire.

Les grands objectifs du rassemblement

Pour rassembler les Français, nous devons dissiper leurs doutes en marquant quelques repères solides.

La France, aujourd’hui, n’attend pas un programme de plus. Ce qu’elle attend de nous, c’est que nous lui donnions des objectifs. Gardons-nous, bien sûr, d’un optimisme simpliste. Lequel d’entre nous n’éprouve point, parfois, de la lassitude, voire de l’angoisse devant le cours des choses et la condition des hommes ? Quels hommes serions-nous donc si nous n’entendions pas les questions que l’on pose autour de nous, les questions que l’on nous pose ?