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Nous avons aussi le devoir de dire que les forces de l’espoir sont, au bout du compte, plus puissantes que celles de l’abandon. Nous avons la volonté de continuer, non pas pour conserver mais pour progresser, non pas pour durcir dans l’égoïsme et dans la nostalgie, mais pour porter l’espérance des Françaises et des Français.

Dans notre action, nous tiendrons ferme sur quelques valeurs essentielles : la liberté, la responsabilité, l’abolition des privilèges, l’épanouissement de la démocratie dans la vie quotidienne.

Il faut d’abord défendre la liberté

Nous nous le devons à nous-mêmes, nous le devons aussi à tous les peuples du monde pour qui notre terre est la terre de la liberté.

Mais si l’accord est unanime sur l’objectif, certains répugnent à prendre les moyens de l’atteindre. Pour que les Français restent libres, nous savons, nous, que la France doit préserver son indépendance. C’est-à-dire le pouvoir de se déterminer elle-même, selon ce qu’elle croit être son intérêt ou sa mission, sans avoir à rechercher à l’extérieur approbation ou consignes.

Or, l’indépendance n’est qu’un leurre si ses deux fondements essentiels ne sont pas assurés :

Pas d’indépendance sans une économie forte et équilibrée. Dans le désordre monétaire international que nous subissons, au milieu des bouleversements profonds et durables qu’entraîne la hausse continue du prix de l’énergie et des matières premières, l’État doit, plus que jamais, fixer par un plan national les objectifs et les disciplines du développement économique. Pour maintenir la valeur du franc, la gestion des fonds publics et des fonds sociaux doit être plus rigoureuse. Pour assurer les bases du progrès de demain, notre puissance industrielle doit être renforcée de même que la recherche scientifique et les technologies de pointe doivent être fermement soutenues.

Pas d’indépendance non plus sans une défense efficace, fondée sur la dissuasion nucléaire, relevant des seules autorités de la République. La Nation doit consacrer des ressources accrues à l’équipement de son armée dont la modernisation va probablement exiger que, progressivement, le volontariat se substitue à la conscription.

Sur ces bases, nous pourrons continuer à conduire une politique étrangère sans allégeance aucune et notamment aux superpuissances.

Il y va bien sûr de notre intérêt. Mais il y va aussi de l’intérêt de la communauté internationale à laquelle une France indépendante, cohérente dans ses choix, déterminée dans ses actions, apporte des conceptions originales et généreuses. Prenons-y garde : l’extraordinaire capital d’amitié que nous conservons dans le monde peut s’effriter très vite s’il n’est pas consolidé par une politique de coopération à la fois généreuse et sans complaisance.

Quant à l’Europe, si nous voulons un avenir qui ne soit pas fait de bruit et de fureur, si nous voulons maintenir les principes d’une société, les principes d’une démocratie que nous avons en commun, il faudra nous entendre. Certes, la tâche n’est pas facile. Nous devons participer avec réalisme et activement à l’édification d’un ensemble uni et fort, respectueux de notre souveraineté et de celle de chacune des nations qui la composent.

Nous ferons l’Europe sans défaire la France. Nous en avons la volonté politique.

Dans un pays dont l’indépendance sera ainsi préservée, les Français pourront renforcer leurs libertés. Encore ne suffit-il pas d’énumérer ces libertés comme trop de marchands de rêve se sont mis, depuis peu, à le faire. Ce qui compte, c’est de comprendre et d’assurer les conditions fondamentales qui en permettent l’exercice.

C’est, au premier chef, un État capable de faire respecter la cohésion de la Nation et de garantir à chaque citoyen la sécurité de sa personne et de ses biens. Le peuple français s’est donné, en adoptant la Constitution de la VeRépublique, des institutions démocratiques et modernes. Leur défense intransigeante reste une donnée permanente de notre action.

C’est, en second lieu, une justice sereine, dégagée des passions, rendue plus humaine et plus proche pour ceux qui ont recours à elle, sévère envers ceux qui s’opposent aux lois de la République.

C’est enfin le renforcement, parmi le plus grand nombre, du sentiment de la sécurité et de l’équilibre. Les droits économiques, sociaux et culturels du citoyen doivent être développés. Le droit au travail, notamment, doit être garanti. Il faut aussi diffuser la propriété ; non seulement la propriété traditionnelle — celle de la maison, du champ, du magasin ou de l’atelier — mais aussi la propriété mobilière trop souvent réservée à un petit nombre de détenteurs du capital.

Dans cette perspective, l’épargne individuelle doit être protégée. Elle est nécessaire tant à l’économie qui y puise ses ressources qu’aux individus qui y trouvent une sécurité ; les Français en ont le goût naturel. Mais il y aurait tromperie intolérable si les avoirs péniblement accumulés se transformaient en peau de chagrin par le jeu d’un prélèvement occulte et permanent. Il faut mettre en œuvre les solutions pour l’empêcher.

Mais la priorité demeure la lutte contre l’inflation qui est la cause profonde du mal. La France traverse actuellement une crise économique. Le Premier ministre a entrepris avec compétence et ténacité de la combattre. Ce combat nous concerne tous. Nous ne le gagnerons qu’avec l’accord profond d’un pays confiant et rassemblé. Certains, par intérêt ou par malice, voudraient nous voir contribuer à l’abaissement de l’État. Eh bien, non ! Nous sommes trop soucieux de l’intérêt général, trop fidèle aux enseignements que nous ont transmis le général de Gaulle et Georges Pompidou pour nous prêter à de telles manœuvres. D’ailleurs, si l’on excepte les réactions démagogiques d’une opposition irresponsable, quel Français peut sérieusement croire que l’on peut à la fois lutter contre l’inflation et le chômage et refuser à l’État les moyens du redressement ?

Développer les responsabilités

Tel est le deuxième objectif majeur que nous nous assignons.

Si nous laissons, en effet, aller le cours des choses, il y a grand risque que les individus soient de plus en plus paralysés dans le réseau de contraintes en tous genres qui les enserre du berceau à la tombe. Nous avons au contraire le projet d’une société où chacun soit davantage responsable de ses actes. Pour y parvenir, il faut développer le goût d’entreprendre, de sorte que celui qui veut créer ou développer une unité économique à l’échelle humaine ne se heurte pas à une multitude d’obstacles accumulés par un corps social bloqué et timoré.

Il faut reconnaître au chef d’entreprise la place qui lui revient en tant que créateur d’emplois et de richesses et cesser de le rejeter au premier échec, ou, à l’inverse, lorsque sa réussite est trop éclatante. Le même changement d’attitude est souhaitable vis-à-vis des professions indépendantes.

Prisonniers d’une vision superficielle de l’évolution économique et sociale, certains pensent que le commerçant ou l’artisan isolé doit laisser la place à des organisations plus structurées. Je suis, pour ma part, convaincu qu’artisans et commerçants doivent continuer à jouer une double fonction de progrès : une fonction économique d’abord, parce qu’ils sont les seuls à pouvoir rendre certains services spécialisés ou proches ; une fonction sociale ensuite, parce qu’autour d’eux se tissent, dans le quartier ou le village, des relations quotidiennes d’amitié ou de simple voisinage.

C’est dans le même esprit que doit être poursuivie la modernisation de notre agriculture si nécessaire tant à l’équilibre de notre société qu’à sa puissance économique.