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Il essayait toujours de trouver un moyen pour accélérer les choses lorsque l’écran du lieutenant s’alluma.

— Vaisseau ambulance de Traltha, professeur, annonça le Moniteur. Equipage au complet et possibilité d’accueil de six FROB et d’un Chalder, en plus de vingt Tralthiens. Aucuns préparatifs spéciaux nécessaires. On m’informe qu’ils sont prêts à embarquer les patients.

Les citoyens AUGL de Chalderscol, des poissons à carapace de dix mètres de long, étaient des êtres aquatiques qui ne pouvaient survivre dans un autre environnement plus de quelques secondes. D’autre part, les FROB étaient des créatures trapues et massives, au cuir épais, qui étaient habituées à la gravité et à la pression écrasantes d’Hudlar. À proprement parler, étant donné que les Hudlariens ne respiraient pas et que leur tégument incroyablement résistant leur permettait de vivre durant de longues périodes dans des conditions de gravité et de pression nulles, l’environnement aquatique de la section AUGL ne les incommoderait pas le moins du monde …

— Sas Vingt-huit pour les Chalders, dit rapidement Conway. Pendant qu’ils montent à bord, évacuez les FROB par la section ELNT, puis par la cuve principale AUGL, jusqu’au même sas. Ensuite envoyez l’ambulance au Sas Cinq où elle attendra les autres malades …

L’évacuation s’effectuait progressivement. À bord du cargo Illensien, des aménagements étaient effectués pour les premiers PVSJ convalescents et le lent cortège de malades et de membres du personnel soignant s’ébranla à travers le brouillard jaune et méphitique de la section de chlore. Au même instant, une longue file ondulante de Kelgiens qui se déplaçaient vers leur vaisseau apparut sur les autres écrans alors que le personnel médical et technique transportait du matériel en courant vers l’avant ou l’arrière de la colonne. On aurait pu estimer qu’il était peu charitable d’évacuer en premier lieu les convalescents, mais il existait à cela d’excellentes raisons. Une fois les passages débarrassés de ces malades ambulants, les services et l’accès des sas seraient dégagés, ce qui permettrait de déplacer plus facilement les armatures et les harnais compliqués soutenant les patients dont les cas étaient plus graves, tout en leur permettant de rester un peu plus longtemps dans les conditions optimales de leurs services.

— Deux autres vaisseaux Illensiens, professeur, annonça brusquement le lieutenant. De petits appareils ayant chacun une capacité d’environ vingt patients.

— Le Sas Dix-Sept n’est toujours pas disponible. Faites-les placer en orbite.

Arrivèrent ensuite un petit transporteur de passagers venant de la colonie terrienne de Gregory et, en même temps, les plateaux des repas. Au Secteur Général, le nombre de patients humains était peu élevé mais, en cas de besoin, le vaisseau Gregorien pouvait prendre à son bord n’importe quel être à sang chaud et respirant de l’oxygène dont la masse était inférieure à celle d’un Tralthien. Conway s’occupa de tous les nouveaux arrivants en même temps, sans prendre garde s’il parlait ou hurlait avec la bouche pleine …

Puis le visage en sueur et harassé du colonel Skempton apparut brusquement sur l’écran de communications internes.

— Professeur, dit-il sèchement. Deux appareils Illensiens attendent en orbite. Est-ce que vous n’avez donc rien de mieux à leur faire faire?

— Si ! rétorqua Conway, irrité par le ton du Moniteur. Mais un vaisseau embarque les malades qui respirent le chlore au Sas Dix-Sept et il n’existe aucun autre sas pouvant nous convenir à ce niveau. Les Illensiens devront attendre leur tour …

— Impossible, l’interrompit durement Skempton. Ils courent un grave danger, car l’ennemi risque d’attaquer alors qu’ils attendent. Vous avez le choix entre procéder immédiatement à leur chargement ou les renvoyer en leur disant de revenir plus tard. Bien plus tard, sans doute. Je regrette.

Conway ouvrit la bouche puis la referma sur ce qu’il allait rétorquer. Il se cramponna avec résolution à son calme et tenta de réfléchir.

Il savait que la mise en place de la flotte de protection prendrait plusieurs jours et que les astronavigateurs chargés de guider ces unités repartiraient ensuite le plus rapidement possible … soit à bord de leurs propres appareils de reconnaissance soit avec les malades qui quittaient le Secteur Général. Pour exécuter le plan de défense mis au point par les Moniteurs, il était inutile qu’il y eût parmi les militaires, ou les non-combattants qui demeuraient dans l’hôpital, des personnes connaissant les coordonnées des mondes de la Fédération.

La flotte avait été déployée de façon à protéger l’hôpital et les vaisseaux qui y étaient amarrés, et à l’idée que deux autres appareils demeuraient à proximité, des vaisseaux à bord desquels se trouvaient des astronavigateurs qualifiés, le commandant de la flotte des Moniteurs avait dû se ronger les ongles.

— Très bien, colonel, répondit Conway. Nous allons prendre ces appareils au quinze et au vingt-et-un. Les patients qui respirent du chlore devront transiter par le service maternité DBLF et une partie de la section AUGL. Mais malgré ces complications nous devrions parvenir à terminer leur embarquement d’ici trois heures …

Le terme de complications était approprié, pensa sombrement Conway alors qu’il donnait les ordres nécessaires. Par chance, le service DBLF et la section du niveau AUGL seraient évacués avant d’être traversés par les Illensiens et leurs tentes emplies de chlore.

Cependant, l’appareil venu de Gregory était amarré à un sas proche, où il prenait à son bord des ELNT qui étaient conduits dans cette zone par des infirmières DBLF protégées par des combinaisons étanches. Il y avait également quelques oiseaux MSVK vivant sous faible gravité qui étaient guidés vers ce même appareil à travers le service à l’atmosphère de chlore qu’il espérait pouvoir dégager …

Conway estima alors que les écrans de contrôle étaient en nombre insuffisant pour permettre de suivre avec précision ce qui se passait sur place. Il avait l’impression oppressante qu’un embouteillage épouvantable risquait de se produire, s’il ne faisait pas preuve d’une extrême prudence. Mais comment aurait-il pu prendre les mesures nécessaires pour faire face à la situation alors qu’il ignorait ce qui se passait? L’unique solution était de se rendre sur place et de s’occuper personnellement de régler la circulation.

Il contacta aussitôt O’Mara, lui expliqua la situation en peu de mots, et lui demanda de lui envoyer un remplaçant.

XV

Le professeur Mannon arriva et gémit piteusement en voyant la batterie d’écrans et de voyants qui clignotaient. Puis il s’attela calmement à sa tâche, c’est-à-dire diriger l’évacuation. Conway n’aurait pu souhaiter un meilleur remplaçant. Il pivotait sur lui-même dans l’intention de s’éloigner lorsque Mannon avança son visage à moins de dix centimètres d’un des écrans et déclara :

— Hmm, hmm !

Conway s’immobilisa.

— Qu’est-ce qui cloche?

— Rien, rien, répondit Mannon sans se retourner. Mais je commence à comprendre pourquoi vous désirez vous rendre sur place.

— Je croyais vous l’avoir dit ! rétorqua Conway avec impatience.

Il sortit d’un pas énergique. Il se disait avec colère que Mannon se permettait des conversations inutiles à un moment ou toute perte de temps était criminelle. Puis il se demanda si le professeur Mannon, qui prenait de l’âge, n’était pas fatigué ou sous l’emprise d’une bande particulièrement éprouvante, et il eut brusquement honte de s’être emporté. Clouer le bec à Skempton ou aux réceptionnistes ne l’avait pas gêné outre-mesure, mais il ne voulait surtout pas se mettre à rembarrer ses amis … même s’il était épuisé et harassé et que tout l’hôpital devenait rapidement une succursale de l’enfer. Puis, très rapidement, il fut trop occupé pour pouvoir encore avoir honte.