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– Mais comment, Dick! Que prétends-tu faire au milieu de cette obscurité?

– Oh! s’il faisait jour! s’écria Joe.

– Eh bien, s’il faisait jour? demanda le docteur d’un ton singulier.

– Rien de plus simple, Samuel, répondit le chasseur. Je descendrais à terre et je disperserais cette canaille à coups de fusil.

– Et toi, Joe? demanda Fergusson.

– Moi, mon maître, j’agirais plus prudemment, en faisant savoir au prisonnier de s’enfuir dans une direction convenue.

– Et comment lui ferais-tu parvenir cet avis?

– Au moyen de cette flèche que j’ai ramassée au vol, et à laquelle j’attacherais un billet, ou tout simplement en lui parlant à voix haute, puisque ces Nègres ne comprennent pas notre langue.

– Vos plans sont impraticables, mes amis; la difficulté la plus grande serait pour cet infortuné de se sauver, en admettant qu’il parvint à tromper la vigilance de ses bourreaux. Quant à toi, mon cher Dick, avec beaucoup d’audace, et en profitant de l’épouvante jetée par nos armes à feu, ton projet réussirait peut-être; mais s’il échouait, tu serais perdu, et nous aurions deux personnes à sauver au lieu d’une. Non, il faut mettre toutes les chances de notre côté et agir autrement.

– Mais agir tout de suite, répliqua le chasseur.

– Peut-être! répondit Samuel en insistant sur ce mot.

– Mon maître, êtes-vous donc capable de dissiper ces ténèbres!

– Qui sait, Joe?

– Ah! si vous faites une chose pareille, je vous proclame le premier savant du monde.»

Le docteur se tut pendant quelques instants; il réfléchissait. Ses deux compagnons le considéraient avec émotion; ils étaient surexcités par cette situation extraordinaire. Bientôt Fergusson reprit la parole:

«Voici mon plan, dit-il. Il nous reste deux cents livres de lest, puisque les sacs que nous avons emportés sont encore intacts. J’admets que ce prisonnier, un homme évidemment épuisé par les souffrances, pèse autant que l’un de nous; il nous restera encore une soixantaine de livres à jeter afin de monter plus rapidement.

– Comment comptes-tu donc manœuvrer? demanda Kennedy.

– Voici, Dick: tu admets bien que si je parviens jusqu’au prisonnier, et que je jette une quantité de lest égale à son poids, je n’ai rien changé à l’équilibre du ballon; mais alors, si je veux obtenir une ascension rapide pour échapper à cette tribu de Nègres, il me faut employer des moyens plus énergiques que le chalumeau; or, en précipitant cet excédant de lest au moment voulu, je suis certain de m’enlever avec une grande rapidité.

– Cela est évident.

– Oui, mais il y a un inconvénient; c’est que, pour descendre plus tard, je devrai perdre une quantité de gaz proportionnelle au surcroît de lest que j’aurai jeté. Or, ce gaz est chose précieuse; mais on ne peut en regretter la perte, quand il s’agit du salut d’un homme.

– Tu as raison, Samuel, nous devons tout sacrifier pour le sauver!

– Agissons donc, et disposez ces sacs sur le bord de la nacelle, de façon à ce qu’ils puissent être précipités d’un seul coup.

– Mais cette obscurité?

– Elle cache nos préparatifs, et ne se dissipera que lorsqu’ils seront terminés. Ayez soin de tenir toutes les armes à portée de notre main. Peut-être faudra-t-il faire le coup de feu; or nous avons pour la carabine un coup, pour les deux fusils quatre, pour les deux revolvers douze, en tout dix-sept, qui peuvent être tirés en un quart de minute. Mais peut-être n’aurons-nous pas besoin de recourir à tout ce fracas. Êtes-vous prêts?

– Nous sommes prêts», répondit Joe.

Les sacs étaient disposés, les armes étaient en état.

«Bien, fit le docteur. Ayez l’œil à tout. Joe sera chargé de précipiter le lest, et Dick d’enlever le prisonnier; mais que rien ne se fasse avant mes ordres. Joe, va d’abord détacher l’ancre, et remonte promptement dans la nacelle.»

Joe se laissa glisser par le câble, et reparut au bout de quelques instants. Le Victoria rendu libre flottait dans l’air, à peu près immobile.

Pendant ce temps, le docteur s’assura de la présence d’une suffisante quantité de gaz dans la caisse de mélange pour alimenter au besoin le chalumeau sans qu’il fût nécessaire de recourir pendant quelque temps à l’action de la pile de Bunsen; il enleva les deux fils conducteurs parfaitement isolés qui servaient à la décomposition de l’eau; puis, fouillant dans son sac de voyage, il en retira deux morceaux de charbon taillés en pointe, qu’il fixa à l’extrémité de chaque fil.

Ses deux amis le regardaient sans comprendre, mais ils se taisaient; lorsque le docteur eut terminé son travail, il se tint debout au milieu de la nacelle; il prit de chaque main les deux charbons, et en rapprocha les deux pointes.

Soudain, une intense et éblouissante lueur fut produite avec un insoutenable éclat entre les deux pointes de charbon; une gerbe immense de lumière électrique brisait littéralement l’obscurité de la nuit.

«Oh! fit Joe, mon maître!

– Pas un mot», dit le docteur.

XXII

La gerbe de lumière. – Le missionnaire. – Enlèvement dans un rayon de lumière. – Le prêtre Lazariste. – Peu d’espoir. – Soins du docteur. – Une vie d’abnégation. – Passage d’un volcan.

Fergusson projeta vers les divers points de l’espace son puissant rayon de lumière et l’arrêta sur un endroit où des cris d’épouvante se firent entendre. Ses deux compagnons y jetèrent un regard avide.

Le baobab au-dessus duquel se maintenait le Victoria presque immobile s’élevait au centre d’une clairière; entre des champs de sésame et de cannes à sucre, on distinguait une cinquantaine de huttes basses et coniques autour desquelles fourmillait une tribu nombreuse.

À cent pieds au-dessous du ballon se dressait un poteau. Au pied de ce poteau gisait une créature humaine, un jeune homme de trente ans au plus, avec de longs cheveux noirs, à demi nu, maigre, ensanglanté, couvert de blessures, la tête inclinée sur la poitrine, comme le Christ en croix. Quelques cheveux plus ras sur le sommet du crâne indiquaient encore la place d’une tonsure à demi effacée.

«Un missionnaire! un prêtre! s’écria Joe.

– Pauvre malheureux! répondit le chasseur.

– Nous le sauverons, Dick! fit le docteur, nous le sauverons!»

La foule des Nègres, en apercevant le ballon, semblable à une comète énorme avec une queue de lumière éclatante, fut prise d’une épouvante facile à concevoir. À ses cris, le prisonnier releva la tête. Ses yeux brillèrent d’un rapide espoir, et sans trop comprendre ce qui se passait, il tendit ses mains vers ces sauveurs inespérés.