Выбрать главу

Pour que la terre se fasse basilique il suffit d'une graine aile au gr des vents.

CLXXXII

Je tracerai mon sillon, sans d'abord comprendre. Simplement j'irai Je suis de l'empire et lui de moi, ne m'en sachant point distinguer. N'ayant rien attendre de ce que je n'ai d'abord fond, pre de mes fils qui sont de moi. Ni gnreux, ni avare, ni me sacrifiant, ni ne sollicitant les sacrifices, car si je meurs sur les remparts je ne me sacrifie point pour la ville, mais pour moi qui suis de la ville. Et certes, ce dont je vis, je meurs. Mais tu recherches comme un objet vendre les grandes joies vives qui t'ont d'abord t donnes comme rcompenses. Ainsi la cit au cur des sables te devenait fleur pourpre, riche de chair, et tu la palpais ne te lassant point de t'en rjouir. Dambulant au large de ses marches, tirant ton plaisir des grands boulis des lgumes de couleur, des pyramides de mandarines bien installes la faon de Capitales dans la province de leur odeur, et par-dessus tout des pices qui ont pouvoir de diamant car une seule pince de ce poivre doux, que t'ont ramen des contres lointaines la procession des voiliers sous leur cornette, rinstalle en toi et le sel de la mer et le goudron des ports et l'odeur des courroies de cuir qui, dans l'aridit interminable, quand tu tais en marche vers le miracle de la mer, ont embaum tes caravanes. Et c'est pourquoi je dis que le pathtique du march d'pices tu l'as fond par les cals, les raflures, les tumfactions et les marinages de ta propre chair.

Mais qu'iras-tu chercher ici, s'il ne s'agit plus, comme l'on brle des rserves d'huile, de faire chanter encore des victoires?

Ah! d'avoir une fois got l'eau du puits d'El Ksour! Me suffit certes du crmonial d'une fte pour qu'une fontaine me soit cantique

Ainsi j'irai. Je commencerai sans ferveur, mais, faisant du grenier l'escale des graines, je ne sais distinguer l'engrangement de la consommation du bl engrang. J'ai voulu m'asseoir et goter la paix. Et voici qu'il n'est point de paix. Et voici que je reconnais qu'ils se sont tromps ceux qui me voulaient installer sur mes victoires passes, s'imaginant que l'on peut enfermer et rserver une victoire, alors qu'il en est ici comme du vent lequel, si tu le rserves, n'est plus.

Fou celui-l qui enfermait l'eau dans son urne parce qu'il aimait le chant des fontaines.

Ah! Seigneur! je me fais chemin et vhicule. Je vais et viens. Je fais mon labour d'ne ou de cheval, avec ma patience ttue. Je ne connais que la terre que je retourne, et, dans mon tablier nou, le ruissellement sur mes doigts de la grenaille des semences. A Toi d'inventer le printemps et de drouler les moissons, selon Ta gloire.

Donc je vais contre le courant. Je m'inflige ces tristes pas de ronde qui sont de la sentinelle penche dormir, quand peine elle rve de la soupe, afin que le dieu des sentinelles se dise une fois l'an: Qu'elle est belle cette demeure qu'elle est fidle qu'elle est donc austre dans sa vigilance! Je te rcompenserai de tes cent mille pas de ronde. Je m'en viendrai te visiter. Et ce seront mes bras qui porteront les armes. Mais comme prts et mls aux tiens. Et tu te sentiras couvrant l'empire. Et ce seront mes yeux qui recenseront du haut des remparts la splendeur de la ville. Et toi et moi et ville ne feront qu'un. Alors l'amour te sera comme une brlure. Et si l'clat de l'incendie promet d'tre assez beau pour payer le bois de ta vie que bche bche tu as amoncel, je te permettrai de mourir.

CLXXXIII

La graine se pourrait contempler et se dire: Combien je suis belle et puissante et vigoureuse! Je suis cdre. Mieux encore, je suis cdre dans son essence. Mais je dis, moi, qu'elle n'est rien encore. Elle est vhicule, voie et passage. Elle est oprateur. Qu'elle me fasse son opration! Qu'elle conduise lentement la terre vers l'arbre. Qu'elle installe le cdre pour la gloire de Dieu. Alors je la jugerai sur ses branchages. Mais eux de mme se considrent. Je suis tel ou tel. Ils se croient provision de merveilles. Il est une porte en eux sur des trsors bien composs. Suffit de la dcouvrir ttons. Et ils te montent au hasard leurs ructations en pomes. Mais tu les entends ructer sans bien t'mouvoir.

Ainsi du sorcier de la tribu ngre. Il rassemble au hasard et d'un air entendu, tout un matriel d'herbes, d'ingrdients et d'organes bizarres. Il te remue le tout dans sa grande soupire, par nuit sans lune. Il prononce des mots et des mots et des mots. Il attend que, de sa cuisine, un pouvoir invisible mane qui culbutera ton arme, laquelle est en marche vers sa tanire. Mais rien ne se montre. Et il recommence. Et il change les mots. Et il change les herbes. Et certes, il ne se trompait point dans l'ambition de son souhait. Car j'ai vu la pte de bois mlange de liqueur noirtre renverser les empires. S'agissait de ma lettre qui dcidait la guerre. J'ai connu la soupire d'o sortait la victoire. On y malaxait la poudre fusil. J'ai entendu le faible tremblement de l'air, sorti d'abord d'une simple poitrine, embraser mon peuple de proche en proche la faon d'un incendie. Tel prchait pour la rbellion. J'ai aussi connu des pierres convenablement disposes qui ouvraient un vaisseau de silence.

Mais je n'ai jamais rien vu sortir des matriaux de hasard s'ils ne trouvaient point en quelque esprit d'homme leur commune mesure. Et si le pome me peut mouvoir, par contre nul assemblage de caractres issu du dsordre de jeux d'enfants ne m'a jamais tir de larmes. Car n'est rien la graine non exprime qui prtend faire admirer l'arbre l'ascension duquel elle ne s'est point employe.

Certes tu tends vers Dieu. Mais de ce que tu puisses devenir ne dduis point que tu sois. Tes ructations ne transportent rien. Lorsque midi brle, la graine, ft-elle de cdre, ne me verse point d'ombre.

Les temps cruels rveillent l'archange endormi. Qu'il craque travers nous ses langes et clate sous les regards! Petits langages subtils, qu'il vous absorbe et vous renoue. Qu'il nous pousse un cri vritable. Cri vers l'absente. Cri de la haine contre la meute. Cri pour le pain. Qu'il remplisse de signification le moissonneur, ou la moisson, ou le vent la main profonde sur les bls, ou l'amour, ou quoi que ce soit qui trempe d'abord dans la lenteur.

Mais tu t'en vas, pillard, au quartier rserv de la ville chercher, par des jeux compliqus, faire sur toi retentir l'amour, alors qu'il est du rle de l'amour de faire retentir sur toi la main simple de la simple pouse sur ton paule.

Certes, il n'est que magie et il est du rle du crmonial de te conduire vers des captures qui ne sont point de l'essence des piges, comme il en est de la brlure de cur que ceux du Nord tirent une fois l'an d'un mlange de rsine, de bois verni et de cire chaude. Mais je dis fausse magie et paresse et incohrence ta trituration dans ta soupire d'ingrdients de hasard, dans l'attente d'un miracle que tu n'aurais point prpar. Car, oubliant de devenir, tu prtends marcher ta propre rencontre. Et ds lors il n'est plus d'espoir. Se referment sur toi les portes de bronze.

CLXXXIV

Mlancolique, j'tais, car je me tourmentais propos des hommes. Chacun tourn vers soi et ne sachant plus quoi souhaiter. Car quels biens souhaiterais-tu si tu dsires te les soumettre et qu'ils t'augmentent? L'arbre, certes, cherche les sucs du sol pour s'en nourrir et les transformer en soi-mme. La bte l'herbe ou quelque autre bte qu'elle transformera en soi-mme. Et toi aussi tu te nourris. Mais hors ta nourriture que souhaiteras-tu dont tu puisses toi-mme faire usage? De ce que l'encens plat l'orgueil, tu loues des hommes pour t'acclamer. Et ils t'acclament. Et voici que les acclamations te sont vaines. De ce que les tapis de haute laine font douces les demeures, tu les fais acheter par la ville. Tu en encombres ta maison. Et voici qu'ils te sont striles. Tu jalouses ton voisin de ce que son domaine est royal. Tu l'en dpouilles. Tu t'y installes. Et il n'a rien te livrer qui t'intresse. Il est tel poste que tu brigues. Et tu intrigues pour l'obtenir. Et tu l'obtiens. Et il n'est lui-mme que maison vide.