J'ai ha leur intelligence qui n'tait que de comptable. Et qui n'observait rien sinon le bilan misrable des choses puises dans l'instant. Si tu vas le long des remparts tu vois ainsi une pierre, une pierre, une autre pierre. Mais il en est qui ont le sens du temps. Ils ne se heurtent ni contre cette pierre-ci, ni contre cette autre. Ils ne regrettent point telle pierre, ni n'esprent recevoir leur d de telle pierre prochaine parmi d'autres. Ils font simplement le tour de la ville.
CLXXXVII
Je suis celui qui habite. Je vous prends nus sur la terre froide.
peuple dsol, gar dans la nuit, moisissure des craquelures de l'corce qui retiennent encore un peu d'eau au versant des montagnes, vers le dsert.
Je vous ai dit: Voici Orion et la Grande Ourse et l'toile du Nord. Et vous avez reconnu vos toiles, ainsi vous vous dites l'un l'autre: voici la Grande Ourse, voici Orion et l'toile du Nord et, de pouvoir vous dire: J'ai fait sept jours de marche dans la direction de la Grande Ourse et de vous comprendre l'un l'autre, voici que vous habitez quelque part.
Ainsi du palais de mon pre. Cours, me disait-on quand j'tais enfant, chercher des fruits dans le cellier et l'on m'en rveillait, rien qu' prononcer ce mot, l'odeur. Et je partais vers la patrie des figues mres.
Et si je te dis l'toile du Nord, te voil qui vires tout entier, en toi-mme, comme orient, et tu entends le cliquetis d'armes des tribus du Nord.
Et si j'ai choisi la table calcaire de l'Est pour la fte, et la saline du Sud pour les supplices et si de ce lot de palmiers j'ai fait repos et aubergerie pour les caravanes alors te voil qui t'y reconnais dans ta maison.
Tu voulais rduire ce puits son usage, lequel est de procurer l'eau. Mais l'eau n'est rien qui n'est d'absence d'eau. Et ce n'est point exister encore que de ne point mourir de soif.
Celui-l habitera mieux qui, faute d'eau, sche dans le dsert, et rvant d'un puits qu'il connat, dont il entend dans son dlire grincer la poulie et craquer la corde, que celui-l qui, de ne point ressentir la soif, ignore simplement qu'il est des puits tendres, vers o conduisent les toiles.
Je n'honore point ta soif de ce qu'elle enrichit ton eau d'une importance charnelle, mais de ce qu'elle t'oblige lire les toiles, et le vent, et les traces de ton ennemi sur le sable. C'est pourquoi essentiel il est que tu comprennes que caricature de la vie serait, pour t'animer, de te refuser le droit de boire car alors simplement j'exalterais ton ventre au dsir de l'eau, mais qu'il importe simplement que je te soumette, si tu dsires t'abreuver, au crmonial de la marche sous les toiles et de la manivelle rouille qui est cantique, qui rend ainsi de ton acte signification de prire, afin que l'aliment pour ton ventre se fasse aliment pour ton cur.
Tu n'es point btail dans l'table. Tu changes l'table contre une autre, la mangeoire est la mme, la mme la litire de paille. Et le btail ne s'y trouve ni mieux ni plus mal. Mais pour toi le repas, s'il est pour ton ventre, est aussi pour ton cur. Et si tu meurs de faim et que l'ami t'ouvre sa porte et te pousse contre sa table et pour toi remplisse la jarre de lait et rompe le pain, c'est le sourire que tu bois, car le repas a vertu de crmonial. Te voil certes rassasi, mais s'panouit aussi ta gratitude pour la bonne volont des hommes.
Je veux que le pain soit de ton ami, et le lait de la maternit de ta tribu. Je veux que la farine d'orge soit de la fte des moissons. Et l'eau d'un chant de poulie ou d'une direction sous les toiles.
Je l'ai remarqu de mes soldats dont j'aime qu'ils soient aimants et vivants comme l'aiguille de fer sur les navires. Et ce n'est point pour les dpossder des biens du monde que je les prfre lis l'pouse et d'une chastet mesure, car leur chair alors les tire vers elle et ils reconnaissent le nord du sud et l'est de l'ouest, et il est de mme une toile qui est direction bien-aime.
Mais si la terre leur est comme un grand quartier rserv o l'on frappe la porte de hasard pour teindre en soi le got de l'amour, si toutes leur sont complaisantes, de ne point distinguer de chemin et d'tre installs sans direction sur l'corce nue de la terre, ils n'habitent plus nulle part.
Ainsi mon pre ayant rassasi, abreuv et nourri de filles ses Berbres, en fit btail dsespr.
Mais je suis celui qui habite, et tu ne toucheras ta femme qu'une fois tes noces clbres, afin que ton lit soit victoire. Et, certes, il en est qui mourront d'amour faute de se pouvoir joindre, mais les morts pour l'amour seront ainsi condition de l'amour, et si de plaindre ceux qui s'aiment me voil qui les favorise contre les digues et les remparts et le crmonial qui fonde le visage de l'amour, ce n'est point l'amour que je leur accorde mais le droit d'oublier l'amour.
Non moins fou je serais que si, sous prtexte qu'il n'est point de l'esprance de tous de possder un diamant, j'ordonnais que les diamants fussent tous jets dans la fournaise, afin de sauver l'homme de la cruaut de son dsir.
S'ils dsirent une femme aimer, me faut bien leur sauver l'amour.
Je suis celui qui habite. Je suis ple aimant. Je suis graine de l'arbre et ligne de force dans le silence afin que soient un tronc, des racines et des branches et tels fleur et fruit et non d'autres, tel empire et non un autre, tel amour et non un autre, non point par refus ni mpris des autres, mais parce que l'amour n'est point une essence trouve comme objet parmi des objets, mais couronnement d'un crmonial comme il en est de l'essence de l'arbre, lequel domine son essentielle diversit. Je suis la signification des matriaux. Je suis basilique et sens des pierres.
CLXXXVIII
N'est rien esprer si te voil aveugle cette lumire qui n'est point des choses mais du sens des choses. Et je te retrouve devant ta porte:
Que fais-tu l?
Et tu ne sais, et te plains de la vie.
La vie ne m'apporte plus rien. Dort ma femme, repose mon ne, mrit mon bl. Je ne suis rien qu'attente stupide et m'y ennuie.
Enfant sans jeu qui ne sait plus lire travers. Je m'assieds prs de toi et t'enseigne. Tu baignes dans le temps perdu, et t'assige l'angoisse de ne point devenir.
Car d'autres disent: Il faut un but. Ta nage est belle qui te cre un rivage lentement dsenseveli de la mer. Et la poulie grinante qui te cre l'eau boire. Ainsi du bl dor qui est rivage du noir labour. Ainsi du sourire de l'enfant qui est rivage de l'amour domestique. Ainsi du vtement au filigrane d'or lentement cousu pour la fte. Et que deviens-tu en toi-mme si tu tournes la manivelle pour le seul bruit de la poulie, si tu couds le vtement pour le vtement, si tu fais l'amour pour l'amour? Vite ils s'puisent, car ils n'ont rien te donner.
Mais je te l'ai dit de mon bagne o j'enferme ceux qui n'ont plus qualit d'homme. Et leur coup de pioche vaut pour la pioche. Et ils te donnent ce coup de pioche aprs ce coup de pioche. Et rien ne change de leur substance. Nage sans rivage et qui tourne en rond. Et il n'est point de cration, ils ne sont point route et charroi vers quelque lumire. Mais, que soient le mme soleil, la mme route dure, la mme sueur, mais que te soit donn d'extraire une fois l'an le diamant pur, et te voil religieux dans ta lumire. Car ton coup de pioche a sens de diamant qui n'est point de la mme nature. Et te voil dans la paix de l'arbre et le sens de la vie, lequel est de t'lever d'tage en tage la gloire de Dieu.
Tu laboures pour le bl et tu couds pour la fte et tu brises la gangue pour le diamant. Et ceux-l qui te semblent heureux que possdent-ils de plus que toi sinon la connaissance du nud divin qui noue les choses?
Tu ne trouveras point la paix si tu ne transformes rien selon toi. Si tu ne te fais vhicule, voie et charroi. Alors seulement circule le sang dans l'empire. Mais tu te veux considr et honor pour toi-mme. Et tu prtends arracher au monde quelque chose saisir qui soit pour toi. Et tu ne trouveras rien car tu n'es rien. Et tu jettes tes objets en vrac dans la fosse ordures.