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Tu attendais l'apparition venue du dehors, comme un archange qui t'et ressembl. Et qu'eusses-tu tir de sa visite plus que de celle du voisin? Mais, d'avoir remarqu que ne sont point les mmes tel qui marche vers l'enfant malade, tel qui marche vers la bien-aime, tel qui marche vers la maison vide, bien que dans l'instant ils paraissent semblables, je me fais rendez-vous ou rivage, au travers des choses qui sont, et tout est chang. Je me fais bl au-del du labour, homme au-del de l'enfant, fontaine au-del du dsert, diamant au-del de la sueur.

Je te contrains de btir en toi une maison.

La maison faite, vient l'habitant qui brle ton cur.

CLXXXIX

Mon peuple bien-aim, me vint ce litige quand je me reposais sur la montagne qui me faisait comme un manteau de pierre. Incendie lent dont ne m'atteignaient plus que la fume et la lumire. Vers o vont-ils? O les dois-je conduire, Seigneur? Si j'administre, ils se ressembleront eux-mmes. Je ne connais point de gestion, Seigneur, qui ne durcisse l'objet de sa grance. Et que ferais-je d'une graine si elle ne va vers l'arbre? Et que ferais-je d'un fleuve s'il ne va vers la mer? Et d'un sourire, Seigneur, s'il ne va vers l'amour?

Mais de mon peuple?

Ah! Seigneur, ils se sont aims de gnration en gnration. Ils ont compos leurs pomes. Ils se sont bti des maisons, ils les ont habilles de leurs tapis de haute laine. Ils se sont perptus. Ils ont lev leurs petits et dpos les gnrations uses dans les corbeilles de Tes vendanges. Ils se sont rassembls aux jours de fte. Ils ont pri. Ils ont chant. Ils ont couru. Ils se sont reposs d'avoir couru. Il leur a pouss des cals dans les paumes. Leurs yeux ont vu, se sont merveills, puis se sont emplis de tnbres. Ils se sont galement has. Ils se sont diviss les uns d'avec les autres. Ils se sont dchirs. Ils ont lapid les princes ns d'eux-mmes. Puis ils ont pris leur place et se sont entre eux lapids. Oh! Seigneur, si semblables leurs haines, leurs condamnations, leurs supplices une sourde et funbre crmonie. Oh! Seigneur, ne m'en effrayant point, de mon altitude, semblable qu'elle tait aux gmissements et aux craquements du navire. Ou la douleur de l'enfantement. Seigneur, ainsi des arbres qui se poussent l'un l'autre, s'crasent et s'touffent la poursuite du soleil. Cependant du soleil on peut dire qu'il tire le printemps du sol et se fait clbrer par les arbres. Et la fort est compose des arbres, bien que tous y soient ennemis. Et le vent tire sa louange de cette harpe! Ah! Seigneur, myope et le nez contre, que connatrais-je d'eux dans leurs diversits? Mais voici qu'ils reposent. Rserves pour la nuit les paroles mensongres, endormis les apptits et les calculs. Dtendues les jalousies. Ah! Seigneur, me voici promenant mon regard sur les travaux qu'ils ont laisss en friche, et confondu, comme au seuil de la vrit, par une signification qui ne m'est point dverrouille encore, et qu'il importe que je dgage, afin qu'elle soit.

Seigneur, de mon peintre, s'il peint, que savent les doigts, l'oreille ou la chevelure? Ou la cheville ou la hanche ou le bras? Rien. L'uvre qui vient draine leurs mouvements et nat, ardente, de tant de souhaits contradictoires. Mais myope et le nez contre, nul ne connat rien que mouvements incohrents, grattements du pinceau ou taches de couleur. Et que savent les cloutiers ou les scieurs de planches de la majest du navire? Ainsi de mon peuple si je le divise. Que connat l'avare et l'opulent au ventre lourd, et le ministre, et le bourreau, et le berger? Sans doute mme, s'il en est un qui voit plus clair, c'est celui-l qui mne les btes l'abreuvoir ou celle-l qui accouche ou cet autre qui meurt, non le savant, non le rabougri aux doigts d'encre, car ils ne connaissent point la lenteur. Et ils ne servent rien d'essentiel, alors que tel qui rabote sa planche la voit devenir et grandit.

Endormies leurs passions troites, je vois le patrimoine fond par l'avare. Et tel qui ne vaut rien et pille pour soi les richesses d'autrui, ministre prvaricateur, il les dverse son tour dans les mains de ceux qui cislent les objets d'ivoire et d'or. Et se cislent et se sculptent l'or et l'ivoire. Et tel qui condamne injustement fonde l'pre amour de la vrit et de la justice. Et tel qui touche sur les matriaux du temple s'efforce plus fort de dresser ce temple.

J'ai vu s'lever des temples au mpris de l'usuel, travers les convoitises d'hommes. J'ai vu les esclaves charrier les pierres, fouetts par des gardes-chiourme de bagne. J'ai vu le chef d'quipe voler sur les salaires. Ah! Seigneur, myope et le nez contre, je n'ai rien vu jamais que lchet, sottise et lucre. Mais de la montagne o je m'assieds, voici que j'aperois l'ascension d'un temple dans la lumire.

CXC

Me vint la connaissance de ce que point ne sont de la mme essence l'acceptation du risque de mort et l'acceptation de la mort. Et j'ai connu des jeunes gens qui superbement dfiaient la mort. Et c'est en gnral qu'il tait des femmes pour les applaudir. Tu reviens de la guerre et te plat le cantique que te chantent leurs yeux. Et tu acceptes l'preuve du fer o tu mets en jeu ta virilit, car cela seul existe que tu offres et risques de perdre. Et le savent bien les joueurs qui hasardent leur fortune aux ds, car rien de leur fortune ne les sert dans l'instant mais voici qu'elle devient caution d'un d et toute pathtique dans la main, et tu lances sur la table grossire tes cubes d'or qui deviennent droulement des plaines, des pturages et des moissons de ton domaine.

L'homme donc revient dambulant dans la lumire de sa victoire, l'paule lourde du poids des armes qu'il a conquises, et peut-tre mme fleuries de sang. Et voici qu'il rayonne pour un temps seulement, peut-tre, mais pour un temps. Car tu ne peux vivre de ta victoire.

Donc l'acceptation du risque de mort, c'est l'acceptadon de la vie. Et l'amour du danger, c'est l'amour de la vie. De mme que ta victoire, c'tait ton risque de dfaite surmont par ta cration, et tu n'as jamais vu l'homme, rgnant sans risque sur les animaux domestiques, se prvaloir d'tre vainqueur.

Mais j'exige plus de toi, si je te veux soldat fertile pour l'empire. Bien qu'il soit ici un seuil difficile franchir, car une chose est d'accepter le risque de mort, autre chose d'accepter la mort.

Je te veux d'un arbre et soumis l'arbre. Je veux que ton orgueil loge dans l'arbre. Et ta vie, afin qu'elle prenne un sens.

L'acceptation du risque n'est cadeau qu' toi-mme. Tu aimes respirer pleinement et dominer les filles par ton clat. Et cette acceptation du risque, tu as besoin de la raconter, elle est marchandise pour change. Ainsi vantards mes caporaux. Mais ils n'honorent encore qu'eux-mmes.

Autre chose de perdre ta fortune aux ds pour l'avoir voulu ressentir et bloquer toute dans ta main, pour avoir voulu la sentir dans ta main, concrte et substantielle, et toute prsente dans l'instant mme, avec son poids de chaumes et d'pis engrangs, et de btes dans leurs pturages, et de villages aux respirations de fume lgre qui sont signe de la vie de l'homme, et autre chose tes mmes granges, tes mmes btes, tes mmes villages, de t'en dpouiller pour vivre plus loin. Autre chose d'aiguiser ta fortune et de la faire brlante dans l'instant du risque, et de la renoncer, comme tel qui se dpouille un un de ses vtements, et ddaigneusement se dcortique de ses sandales sur la plage, afin d'pouser, nu, la mer. Te faut mourir pour pouser.

Te faut survivre la faon des vieilles qui s'usent les yeux la couture des draps d'glise dont elles habillent leur Dieu. Elles se font vtement d'un Dieu. Et la tige de lin, par le miracle de leurs doigts, se fait prire.

Car tu n'es que voie et passage et ne peux rellement vivre que de ce que tu transformes. L'arbre, la terre en branches. L'abeille, la fleur en miel. Et ton labour, la terre noire en incendie de bl.