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Mais ce mme qui ne tremble pas en bouclant ses courroies de cuir, je sais des armes contre lui qui prvalent sur la mort. Car il est vulnrable par tant de cts. Ont barre sur lui toutes les divinits de son cur. Et la simple jalousie si elle est menace d'un empire et d'un sens des choses et d'un got du retour chez soi, comme elle ruinera bien cette belle image de calme, de sagesse et de renoncement! Tu vas tout lui prendre puisqu'il va rendre Dieu non seulement celle-l qu'il aimait mais sa maison et les vendanges de ses vignes et la moisson crissante de ses champs d'orge. Et non seulement les moissons, les vendanges et les vignes, mais son soleil. Et non seulement son soleil, mais celle-l qui est de chez lui. Et tu le vois qui abdique tant de trsors sans marquer de ruine. Alors qu'il suffirait pour le jeter hors de lui-mme et pour le changer en dment de lui voler un sourire de la bien-aime. Et n'as-tu pas touch ici une grande nigme? C'est que tu le tiens non par les objets possds mais par le sens qu'il tire du nud divin qui noue les choses. Et qu'il prfre sa propre destruction la destruction de ce en quoi il s'change et dont en retour il reoit son allaitement. Il est circulation de l'un en l'autre. Et celui-l qui porte au cur la vocation de la mer accepte de mourir d'un naufrage. Et s'il est vrai qu' l'instant du naufrage il prouvera peut-tre le tumulte de l'animal quand le pige sur lui se referme, il demeure vrai que ne compte point cette explosion de panique, laquelle il prvoit, accepte et ddaigne, mais que bien au contraire lui plat la certitude qu'il mourra un jour de la mer. Car si je les coute se plaindre de cette mort aussi cruelle qui les attend, j'y entends autre chose que vantardise pour sduire les femmes, mais souhait secret de l'amour et pudeur pour le dire.

Car il n'est point ici, comme nulle part, de langage qui te permette de t'exprimer. S'il s'agit de la civilisation de l'amour tu peux dire elle et te traduire, croyant que c'est d'elle qu'il s'agit, alors qu'il s'agit du sens des choses, et qu'elle n'est l que pour te signifier le nud divin qui les noue au Dieu qui est sens de ta vie, et mrite selon toi tes lans, alors qu'ils sont de communiquer de telle faon et non d'une autre avec le monde. Et d'tre soudain tellement vaste que l'me, telles les conques marines, te devient retentissante. Et peut-tre peux-tu dire l'empire dans la certitude d'tre compris et de prononcer un mot tout simple, si tous autour de toi l'entendent, selon ton instinct, mais non s'il peut tre l quelqu'un qui n'y voit qu'une somme et rira de toi car il ne s'agit point du mme empire. Et il te dplairait que l'on crt que tu offrais ta vie pour un magasin d'accessoires.

Car il en est ici comme d'une apparition qui s'ajoute aux choses et les domine et si elle chappe ton intelligence apparat pourtant comme vidente ton esprit et ton cur. Et te gouverne mieux ou plus durement et plus srement que quoi que ce soit de saisissable (mais dont tu ne peux tre certain que d'autres en mme temps que toi l'observent) et te fait rester silencieux de peur d'tre tax de folie et de voir soumis l'ironie qui n'est que du cancre ce visage qui t'est apparu. Car l'ironie le dtruira en cherchant montrer de quoi il est fait. Comment lui rpondrais-tu qu'il est ici tout autre chose, puisque cette autre chose est pour ton esprit et non pour tes yeux?

J'ai souvent rflchi sur ces apparitions, lesquelles sont seules auxquelles tu puisses prtendre, mais plus belles que celles que tu as coutume, dans le dsespoir des nuits chaudes, de solliciter. Mais alors que tu as coutume, quand tu doutes de Dieu, de souhaiter que Dieu se montre la faon d'un promeneur qui te rendrait visite et qui rencontrerais-tu alors sinon ton gal et semblable toi ne te conduisant nulle part et t'enfermant ainsi dans sa solitude alors que tu souhaites non l'expression de la majest divine mais spectacle et fte foraine dont tu ne recevrais qu'un plaisir vulgaire de fte foraine et ta dception toute hrisse contre Dieu. (Et comment ferais-tu une preuve de tant de vulgarit?) Alors que tu souhaites que quelque chose descende vers toi, te visite ton tage tel que tu es, s'humiliant ainsi toi et sans raison, et tu ne seras jamais exauc, comme il en fut de mon enqute vers Dieu, s'ouvrent bien au contraire les empires spirituels et t'blouissent les apparitions qui sont non pour les yeux ni pour l'intelligence mais pour le cur et pour l'esprit, si tu fais effort d'ascension et accdes cet tage o ne sont plus les choses mais les nuds divins qui les nouent.

Et voici que tu ne peux mme plus mourir, car mourir c'est perdre. Et abandonner en arrire. Et il ne s'agit pas d'abandonner mais te confondre en. Et toute ta vie est rembourse.

Et tu le sais bien, toi, d'un incendie o tu as mesur la mort pour sauver des vies. Toi d'un naufrage.

Et tu les vois mourir acceptant leur mort, les yeux ouverts sur la connaissance vritable, ceux-l qui eussent rugi, vols, frustrs et bafous pour un sourire tourn ailleurs.

Dis-leur qu'ils se trompent: ils vont rire.

Mais toi, sentinelle endormie, non parce que tu as abandonn la ville mais parce que la ville t'a abandonne, il me vient, devant ton visage d'enfant ple, l'inquitude de l'empire s'il ne peut plus me rveiller mes sentinelles.

Mais certes je me trompe recevant dans sa plnitude le chant de la ville et dcouvrant nou ce qui pour toi se divisa. Et je sais bien qu'il te fallait attendre, droit comme le cierge, pour en tre rcompens ton heure par ta lumire et ivre tout coup de tes pas de ronde comme d'une danse miraculeuse sous les toiles dans l'importance du monde. Car il est l-bas dans l'paisse nuit des navires qui dchargent leurs cargaisons de mtaux prcieux et d'ivoire, et il se trouve, sentinelle sur les remparts, que tu contribues les protger et embellir d'or et d'argent l'empire que tu sers. Car il est quelque part des amants qui se taisent avant d'oser parler et ils se regardent et voudraient dire car si l'un parle et si l'autre ferme les yeux c'est l'univers qui va changer. Et tu protges ce silence. Car il est quelque part ce dernier souffle avant la mort. Et ils se penchent pour recueillir le mot du cur et la bndiction pour toujours que l'on enfermera en soi, l'ayant reue, et tu sauves le mot d'un mort.

Sentinelle, sentinelle, je ne sais o s'arrte ton empire quand Dieu te fait la clart d'me des sentinelles, ce regard sur cette tendue laquelle tu as droit. Et peu m'importe que tu sois en d'autres instants tel qui rve de la soupe en grommelant dans sa corve. Il est bon que tu dormes et il est bon que tu oublies. Mais il est mauvais qu'oubliant tu laisses crouler ta demeure.

Car la fidlit c'est d'tre fidle soi-mme.

Et moi je veux sauver non toi seul mais tes compagnons. Et obtenir de toi cette permanence intrieure qui est d'une me bien btie. Car je ne dtruis pas ma maison lorsque je m'en loigne. Ni ne brle mes ross si je cesse de les regarder. Elles demeurent disponibles pour un nouveau regard qui bientt les fera fleurir.

J'enverrai donc mes hommes d'armes se saisir de toi. Tu seras condamn cette mort qui est la mort des sentinelles endormies. Il te reste de te reprendre et d'esprer de t'changer, par l'exemple de ton propre supplice, en vigilance des sentinelles.

CIX

Car certes il est triste que celle-l que tu observes tendre et pleine de navet, de confiance et de pudeur se puisse trouver menace par le cynisme, l'gosme ou la fourberie qui exploitera cette grce fragile et cette foi toute consentie, et il peut arriver que tu la souhaites plus avertie. Mais il ne s'agit point de souhaiter que soient mfiantes, averties ou avares de dons les filles de chez toi, car tu auras ruin, en les crant telles, ce que tu prtendais abriter. Certes toute qualit comporte les ferments de sa destruction. La gnrosit, le risque du parasite qui l'curera. La pudeur, le risque de la grossiret qui la ternira. La bont, le risque de l'ingratitude qui la rendra amre. Mais toi, pour le soustraire aux risques naturels de la vie, tu souhaites un monde dj mort. Et tu interdis d'difier un temple qui soit beau par horreur des tremblements de terre qui dtruiraient alors un beau temple.