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Mon empire me dlgue des sentinelles qui veillent. Ainsi j'ai allum ce feu qui devient dans la sentinelle flamme de vigilance.

Est beau mon soldat s'il regarde

CXXXI

Car je vous transfigure le monde, comme de l'enfant ses trois cailloux, si je leur attribue des valeurs diverses et un autre rle dans le jeu. Et la ralit pour l'enfant ne rside ni dans les cailloux ni dans les rgles qui ne sont qu'un pige favorable, mais dans la seule ferveur qui nat du jeu. Et les cailloux en sont en retour transfigurs.

Et que ferais-tu de tes objets, de ta maison, de tes amours et des bruits qui sont pour tes oreilles et des images qui sont pour tes yeux s'ils ne deviennent point matriaux de mon invisible palais lequel les transfigure?

Mais ceux-l qui ne tirent aucune saveur de leurs objets faute d'un empire qui les anime, ils s'irritent contre ces objets mmes. D'o vient que la richesse ne m'enrichisse point? se lamentent-ils et ils supputent qu'il ne convient que de l'accrotre car elle n'tait point suffisante. Et ils en accaparent d'autres, qui les encombrent plus encore. Et les voil cruels dans leur irrparable ennui. Car ils ne savent point qu'ils cherchent autre chose faute de l'avoir rencontr. Ils ont rencontr celui-l qui se montrait tellement heureux de lire sa lettre d'amour. Ils se penchent sur son paule et observant qu'il tire sa joie de caractres noirs sur page blanche, ils ordonnent leurs esclaves de s'exercer sur page blanche mille arrangements de signes noirs. Et ils les fouettent de ne point russir le talisman qui rend heureux.

Car il n'est rien pour eux qui fasse retentir les objets les uns sur les autres. Ils vivent dans le dsert de leurs pierres en vrac.

Mais moi je viens qui travers btis le temple. Et les mmes pierres leur versent la batitude.

CXXXII

Car je les rendais sensibles la mort. Sans d'ailleurs le regretter. Car ainsi ils taient sensibles la vie. Mais si j'tablissais chez toi le droit d'anesse tu y trouverais plus de raisons, certes, de har, mais en mme temps d'aimer et pleurer ton frre. Si mme c'tait celui qui de par ma loi te frustrait. Car ainsi meurt le frre an, ce qui a un sens, et le responsable, et le guide, et le ple de la tribu. Et lui, si tu meurs, pleure sa brebis, celui qu'il aidait, celui qu'il aimait aimer, celui qu'il conseillait sous la lampe du soir.

Mais si je vous ai faits, l'un par rapport l'autre, gaux et libres, rien ne changera par la mort et vous ne pleurerez point. Je l'ai bien observ de mes guerriers dans le combat. Ton camarade est mort et cependant rien n'a beaucoup chang. Il est remplac sur l'heure par un autre. Et tu dnommes dignit du soldat, sacrifice consenti, noblesse masculine ta rserve devant la mort. Et ton refus des larmes. Mais au risque de te scandaliser je te dirai: Tu ne pleures point faute de motifs pour pleurer. Car celui-l qui est mort tu ne sais point qu'il est mort. Il mourra plus tard peut-tre la paix venue. Aujourd'hui il en est toujours un autre ta gauche et un autre ta droite, ajustant leurs fusils. Tu n'as point le loisir de demander l'homme ce qu'il tait capable de donner seul. Comme cette protection de ton an. Car ce que donnait l'un, l'autre le donnera. Les billes d'un sac ne pleurent point l'absence d'une bille car le sac est tout gonfl de billes semblables. De celui qui meurt tu dis simplement: Je n'ai pas le temps il mourra plus tard. Mais il ne mourra plus car, la guerre acheve, les vivants aussi se disperseront. Ainsi se dfera la figure que vous formiez. Vivants et morts vous vous ressemblerez. Les absents seront comme des morts et les morts comme des absents.

Mais si vous tes d'un arbre, alors chacun dpend de tous et tous dpendent de chacun. Et vous pleurerez si l'un s'en va.

Car si vous tes soumis quelque figure, il y a entre vous hirarchie. Alors votre importance l'un pour l'autre se montre. Car s'il n'est point de hirarchie il n'est point de frres. Et j'ai toujours entendu dire mon frre quand il y avait quelque dpendance.

Et je ne veux point vous faire le cur dur la mort. Car alors il ne s'agit point de vous durcir contre une faiblesse humiliante comme le serait la peur du sang ou la crainte des coups, lequel durcissement vous fait grandir, mais de subir moins durement la mort parce qu'il mourrait moins de choses. Et certes, plus pour votre cur votre frre se fera provision maigre, moins vous irez pleurer sa mort.

Je dsire, moi, vous enrichir et faire retentir votre frre sur vous. Et faire que votre amour, si vous aimez, soit dcouverte d'un empire et non saillie comme du bouc. Car certes, ne pleure point le bouc. Mais qu'elle meure, celle de votre amour, et vous tes en exil. Et celui-l qui dit qu'il prend sa mort en homme c'est qu'il en faisait un btail. Et son tour elle prendra sa mort lui en btail et dira: Il est bon que les hommes meurent la guerre Mais moi je veux que vous mourriez en guerre. Car qui aimera si ce n'est le guerrier? Mais je ne veux point que par lchet vous ayez dgrad vos trsors, par dsir de les moins regretter, car qui mourra sinon un automate morne et qui ne sacrifie rien l'empire?

J'exige, moi, que l'on me donne le meilleur. Car alors seulement vous voil grands.

Donc il ne s'agit point de vous solliciter de mpriser la vie, mais bien de vous la faire aimer.

Et de vous faire aussi aimer la mort, si elle est change contre l'empire.

Car rien ne s'oppose. L'amour de Dieu vous augmente l'amour de l'empire. L'amour de l'empire celui du domaine. Celui du domaine l'amour de l'pouse. Et l'amour de l'pouse l'amour du simple plateau d'argent qui est du th auprs d'elle aprs l'amour.

Mais comme je vous fais la mort dchirante, je veux en mme temps vous en consoler. C'est pourquoi pour ceux-l qui pleurent j'ai invent cette prire: Prire contre la mort.

CXXXIII

J'ai crit mon pome. Il me reste le corriger.

Mon pre s'irrita:

Tu cris ton pome aprs quoi tu le corrigeras! Qu'est-ce qu'crire sinon corriger! Qu'est-ce que sculpter sinon corriger! As-tu vu ptrir la glaise? De correction en correction sort le visage, et le premier coup de pouce dj tait correction au bloc de glaise. Quand je fonde ma ville je corrige le sable. Puis corrige ma ville. Et de correction en correction, je marche vers Dieu.

CXXXIV

Car certes, tu t'exprimes par des relations. Et tu fais retentir les cloches les unes sur les autres. Et n'ont point d'importance les objets que tu fais retentir. Ce sont matriaux du pige pour des captures, lesquelles ne sont jamais de l'essence du pige. Et je t'ai dit qu'il fallait des objets relis.

Mais dans la danse ou la musique il est un droulement dans le temps qui ne me permet pas de me tromper sur ton message. Tu allonges ici, ralentis l, montes l et descends ici. Et fais maintenant cho toi-mme.

Mais l o tu me prsentes tout en son ensemble il me faut un code. Car s'il n'est ni nez, ni bouche, ni oreille, ni menton, comment saurai-je ce que tu allonges ou raccourcis, paissis ou allges, redresses ou dvies, creuses ou bombes? Comment connatrai-je tes mouvements et distinguerai-je tes rptitions et tes chos? Et comment lirai-je ton message? Mais le visage sera mon code car j'en connais un qui est parfait et qui est banal.

Et certes tu ne m'exprimeras rien si tu me fournis le visage parfaitement banal, sinon le simple don du code, l'objet de rfrence et le modle d'acadmie. J'en ai besoin non pour m'mouvoir mais pour lire ce que tu charries dans ma direction. Et si tu me livres le modle lui-mme, certes tu ne charrieras rien. Aussi j'accepte bien que tu t'loignes du modle et dformes et emmles, mais tant que je conserve la clef. Et je ne te reprocherai rien s'il te plat de me placer l'il sur le front.

Bien que je te jugerai alors malhabile, comme celui-l qui pour faire entendre sa musique ferait beaucoup de bruit ou qui rendrait trop ostensible dans son pome une image afin qu'elle se vt.