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Mais mien, un, et indmontrable est le son qu rendra ce retentissement.

Mais peut-tre demanderas-tu: Pourquoi ta contrainte?

Lorsque j'ai fond un visage il faut qu'il dure. Quand j'ai ptri un visage de terre, je le passe au four pour le durcir et qu'il soit permanent pendant une dure suffisante. Car ma vrit, pour tre fertile, doit tre stable, et qui aimeras-tu si tu changes d'amour tous les jours, et o seront tes grandes actions? Et la continuit seule permettra la fertilit de ton effort. Car la cration est rare mais s'il est quelquefois urgent qu'elle te soit donne pour te sauver, il serait mauvais qu'elle t'atteignt chaque jour. Car pour faire natre un homme il me faut plusieurs gnrations. Et sous prtexte d'amliorer l'arbre, je ne le tranche pas chaque jour pour le remplacer par une graine.

Et en effet, je ne connais que des tres qui naissent, vivent et meurent. Et tu as assembl des chvres, des moutons, des demeures et des montagnes et aujourd'hui de cet assemblage natra un tre neuf et qui changera le comportement des hommes. Et il durera, puis s'puisera et mourra, ayant us son don de vivre.

Et la naissance est toujours pure cration, feu du ciel descendu et qui anime. Et la vie ne va point selon une courbe continue. Car il est devant toi cet uf. Puis il volue de proche en proche et il est une logique de l'uf. Mais vient la seconde o sort le cobra et tous les problmes pour toi sont changs.

Car il est des ouvriers dans le chantier et assemblage de pierres. Et il est une logique de l'assemblage des pierres. Mais vient l'heure o le temple est ouvert, lequel transfigure l'homme. Et tous les problmes pour l'homme sont changs.

Et de ma civilisation, si j'en ai sur toi jet la graine, il me faut plus d'une dure d'homme pour qu'elle pousse ses branches, ses feuilles et ses fruits. Et je refuse de changer de visage tous les jours, car rien ne natra.

Ta grande erreur est de croire en la dure d'une vie d'homme. Car d'abord qui ou quoi se dlgue-t-il quand il meurt? J'ai besoin d'un dieu pour me recevoir.

Et de mourir dans la simplicit des choses qui sont. Et mes oliviers l'an d'aprs feront leurs olives pour mes fils. Et me voil calme l'heure de la mort.

CXLIII

Ainsi m'apparut-il de plus en plus qu'il ne fallait point couter les hommes pour les comprendre. Car l, sous mes yeux, dans la ville, ils ont peu la conscience de la ville. Ils se croient architectes, maons, gendarmes, prtres, tisseurs de lin, ils se croient pour leurs intrts ou leur bonheur et ils ne sentent pas leur amour, de mme que ne sent point son amour celui qui vaque dans la maison tout absorb par les difficults du jour. Le jour est aux scnes de mnage. Mais la nuit, celui-l qui s'est disput retrouve l'amour, car l'amour est plus grand que ce vent de paroles. Et l'homme s'accoude la fentre sous les toiles, de nouveau responsable de ceux qui dorment, du pain venir, du sommeil de l'pouse qui est l ct, tellement fragile et dlicate et passagre. L'amour, on ne le pense pas. Il est.

Mais cette voix ne parle que dans le silence. Et de mme que pour ta maison, de mme pour la ville. Et de mme que pour la ville, de mme pour l'empire. Se fasse un calme extraordinaire et tu vois tes dieux.

Et nul ne saura, dans la vie du jour, qu'il est dispos mourir. Et lui paratront mauvais pathtique les paroles qui lui parleront de la ville autrement qu' travers l'image de son intrt ou de son bonheur, car il ne saura point qu'ils sont des effets de la ville. Petit langage pour une trop grande chose.

Mais si tu surplombes la ville et te recules dans le temps pour voir sa dmarche, tu dcouvriras bien travers la confusion, l'gosme, l'agitation des hommes, la lente et calme dmarche du navire. Car si tu reviens aprs quelques sicles voir le sillage qu'ils ont laiss tu le dcouvriras dans les pomes, les sculptures de pierre, les rgles de la connaissance et les temples qui mergeront encore du sable. L'usuel s'en sera effac et fondu. Et ce qu'ils disaient intrt ou got du bonheur, tu comprendras qu'ils ne furent qu'un reflet mesquin d'une grande chose.

Aura march l'homme que j'ai dit.

Ainsi de mon arme quand elle campe. Demain matin dans la fournaise du vent de sable je la jetterai sur l'ennemi. Et l'ennemi lui deviendra comme un creuset qui la fondra. Et coulera son sang, et trouveront leurs bornes dans la lumire, d'un coup de sabre, mille bonheurs particuliers dsormais anantis, mille intrts dsormais frustrs. Cependant mon arme ne connatra point la rvolte car sa dmarche n'est point d'un homme mais de l'homme mme.

Et cependant sachant qu'elle acceptera demain de mourir, si je marche ce soir pas lents, dans le silence de mon amour, parmi les tentes et les feux du campement, et si j'coute parler les hommes, je n'entendrai point la voix de celui-l qui accepte la mort.

Mais on te plaisantera ici pour ton nez de travers. On se disputera par l pour un quartier de viande. Et ce groupe accroupi se hrissera de paroles vives qui te paratront insultantes au conducteur de cette aime. Et si je dis l'un qu'il est ivre de sacrifice tu l'entendras te rire au nez car il te jugera bien emphatique et faisant peu de cas de lui qui s'estime si important, car n'est point de son intention ni de sa conscience ni de sa dignit de mourir pour son caporal, lequel n'a point qualit pour recevoir un tel cadeau de lui. Et cependant, demain, il mourra pour son caporal. Nulle part tu ne rencontreras ce grand visage qui affronte la mort et se donne l'amour. Et si tu as tenu compte du vent de paroles tu reviendras lentement vers sa tente avec aux lvres le got de la dfaite. Car ceux-l plaisantaient et critiquaient la guerre et injuriaient les chefs. Et certes tu as vu les laveurs de ponts, les cargueurs de voiles et forgeurs de clous, mais t'a chapp, car tu tais myope et le nez contre, la majest du navire.

CXLIV

Cependant ce soir-l je m'en fus visiter mes prisons. Et j'y dcouvris que ncessairement le gendarme n'avait distingu pour les choisir et les jeter dans les cachots que ceux qui se montraient permanents, ne composaient point, n'abjuraient pas l'vidence de leur vrit.

Et ceux-l qui demeuraient libres taient ceux-l mmes qui abjuraient et qui trichaient. Car souviens-toi de ma parole: Quelle que soit la civilisation du gendarme et quelle que soit la tienne, seul tient devant le gendarme, s'il dtient pouvoir de juger, celui qui est bas. Car toute vrit quelle qu'elle soit, si elle est vrit d'homme et non de logicien stupide, est vice et erreur pour le gendarme. Car celui-l te veut d'un seul livre, d'un seul homme, d'une seule formule. Car il est du gendarme de btir le navire en s'efforant de supprimer la mer.

CXLV

Car je suis fatigu des mots qui se tirent la langue et il ne me parat point absurde de chercher dans la qualit de mes contraintes la qualit de ma libert.

Comme dans la qualit du courage de l'homme en guerre, la qualit de son amour.

Comme dans la qualit de ses privations, la qualit de son luxe.

Comme dans la qualit de son acceptation de la mort, la qualit de ses joies dans la vie.

Comme dans la qualit de sa hirarchie, la qualit de son galit que je dirai alliance.

Comme dans la qualit de son refus des biens, la qualit de son usage des mmes biens.

Comme dans la qualit de sa soumission totale l'empire, la qualit de sa dignit individuelle.

Car dis-moi, si tu le prtends favoriser, ce qu'est un homme seul? Je l'ai bien vu de mes lpreux.

Et dis-moi, si tu la prtends favoriser, ce qu'est une communaut opulente et libre? Je l'ai bien vu de mes Berbres.

CXLVI

Car ceux-l qui ne comprenaient pas mes contraintes je rpondis:

Vous tes semblables l'enfant qui, de n'avoir connu au monde qu'une forme de jarre, la considre comme absolue et ne comprend point plus tard, s'il change de demeure, pourquoi l'on a dform et dvi la jarre essentielle de sa maison. Et ainsi quand tu vois forger dans l'empire voisin un homme autre que toi, et prouvant et pensant et aimant et plaignant et hassant diffremment, tu te demandes pourquoi ceux-l dforment l'homme. D'o ta faiblesse, car tu ne sauveras point l'architecture de ton temple si tu ignores qu'elle est d'un dessin fragile et victoire de l'homme sur la nature. Et qu'il est quelque part des matres couples, des piliers, des cintres et des contreforts pour la soutenir.