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Voil bien ton amour des mots qui te fait faire un bruit strile. S'ils peuvent parfois refuser d'couter, o vois-tu que les hommes puissent refuser d'entendre?

Celui-l que je cherche gagner ma cause peut se faire sourd la tentation de mes promesses s'il est assez solide de cur.

Certes, puisque tu te montres! Mais s'il est sensible telle musique et que tu la lui joues, ce n'est point toi qu'il entendra, c'est la musique. Et s'il se penche sur un problme qui le dvore et si tu lui montres la solution, il est bien contraint de la recevoir. Comment veux-tu qu'il feigne vis--vis de soi-mme, par haine ou mpris contre toi, de continuer de chercher? Si au joueur d'un jeu tu dsignes le coup qui le sauve et qu'il a cherch sans le dcouvrir, tu le gouvernes car il t'obira, bien qu'il prtende t'ignorer. Ce que tu cherches, si on te le donne, tu te l'attribues. Celle-l cherche sa bague gare ou le mot d'un rbus. Je lui tends la bague, l'ayant retrouve. Ou je lui souffle le mot du rbus. Elle peut bien certes refuser l'un ou l'autre de moi par excs de haine. Cependant je l'ai gouverne car je l'ai expdie s'asseoir. Il faudrait qu'elle ft bien folle pour continuer de chercher

Ceux de la ville, il faut bien qu'ils dsirent, cherchent, souhaitent, protgent, cultivent quelque chose. Sinon autour de quoi btiraient-ils des remparts? Si tu les btis autour d'un puits maigre et si au-dehors je te cre un lac, tes remparts tombent d'eux-mmes car ils sont ridicules. Si tu les btis autour d'un secret et que mes soldats, autour des remparts, te crient ton secret tue-tte, tes remparts tombent aussi car ils n'ont plus d'objet. Si tu les btis autour d'un diamant, et que j'en sme au-dehors comme gravats, tes remparts tombent car ils favorisent ta seule pauvret. Et si tu les btis autour de la perfection d'une danse et que, la mme danse, je la danse mieux que toi, tu les dmoliras toi-mme pour apprendre de moi danser

Ceux de la ville, je veux d'abord simplement qu'ils m'entendent. Ensuite ils m'couteront. Mais certes si je joue du clairon sous leurs murs ils se reposeront en paix sur leurs remparts et n'entendront point ma vaine soufflerie. Car tu n'entends que ce qui est pour toi. Et t'augmente. Ou te rsout dans un de tes litiges.

J'agirai donc sur eux malgr qu'ils feignent de m'ignorer. Car la grande vrit est que tu n'existes point seul. Tu ne peux demeurer permanent dans un monde qui, autour, change. Je puis sans te toucher agir sur toi car, que tu le veuilles ou non, c'est ton sens mme que je change et tu ne peux le supporter. Tu tais dtenteur d'un secret, il n'est plus de secret, ton sens a chang. Celui-l qui danse et dclame dans la solitude je te l'entoure en secret d'auditeurs narquois puis j'enlve le rideau: je l'interromps net dans sa danse.

S'il danse encore c'est qu'il est fou.

Ton sens est fait du sens des autres, que tu le veuilles ou non. Ton got est fait du got des autres, que tu le veuilles ou non. Ton acte est mouvement d'un jeu. Pas d'une danse. Je change le jeu ou la danse et je change ton acte en un autre.

Tu btis tes remparts cause d'un jeu, tu les dtruiras toi-mme cause d'un autre.

Car tu vis non des choses mais du sens des choses.

Ceux de la ville je les punirai dans leur prtention car ils comptent sur leurs remparts.

Alors que ton unique rempart, c'est la puissance de la structure qui te ptrit et que tu sers. Car le rempart du cdre c'est le pouvoir mme de sa graine, laquelle lui permettra de s'tablir contre la tempte, la scheresse et la rocaille. Et ensuite tu pourras bien l'expliquer par l'corce mais l'corce d'abord tait fruit de la graine. Racines, corce et feuillage sont graine qui s'est exprime. Mais le germe de l'orge n'est que d'un faible pouvoir et l'orge oppose un rempart faible aux entreprises du temps.

Et celui-l qui est permanent et bien fond est prs de s'panouir dans un champ de force selon ses lignes de force d'abord invisibles. Celui-l je le dis rempart admirable, car le temps ne l'usera point mais le btira. Le temps est fait pour le servir. Et peu importe s'il semble nu.

Le cuir du caman ne protge rien si la bte est morte.

Ainsi considrant la ville ennemie, encastre dans son armature de ciment, je mditais sur sa faiblesse ou sur sa force. Est-ce elle ou moi qui menons la danse? Il est dangereux, dans un champ de bl, de jeter un seul grain d'ivraie, car l'tre de l'ivraie domine l'tre du bl, et peu importe l'apparence et le nombre. Ton nombre est port dans la graine. Il te faut drouler le temps pour le compter.

CLVIII

Ainsi ai-je mdit longtemps sur le rempart. Le rempart vritable est en toi. Et le savent bien les soldats qui te font tournoyer leurs sabres. Et tu ne passes plus. Le lion est sans carapace mais son coup de patte va comme l'clair. Et s'il saute sur ton buf, il te l'ouvre en deux comme un placard.

Certes, me diras-tu, est fragile le petit enfant, et tel qui plus tard changera le monde et aisment t souffl dans ces premiers jours comme une chandelle. Mais j'ai vu mourir l'enfant d'Ibrahim. Dont le sourire tait au temps de sa sant comme un cadeau. Viens, disait-on l'enfant d'Ibrahim. Et il venait vers le vieillard. Et il lui souriait. Et le vieillard en tait clair. Il tapotait la joue de l'enfant et ne savait trop quoi lui dire, car l'enfant tait un miroir qui donnait un peu de vertige. Ou une fentre. Car toujours l'enfant t'intimide comme s'il dtenait des connaissances. Et tu ne t'y trompes gure, car son esprit est fort avant que tu l'aies rabougri. Et de ses trois cailloux il te fait une flotte de guerre. Et certes le vieillard ne reconnat point dans l'enfant le capitaine d'une flotte de guerre, mais il reconnat ce pouvoir. Or, l'enfant d'Ibrahim tait comme l'abeille qui puise tout autour pour faire son miel. Tout lui devenait miel. Et il te souriait de ses dents blanches. Et toi tu restais l en sachant quoi saisir travers ce sourire. Car il n'est point de mots pour le dire. Simplement, merveilleusement disponibles ces trsors ignors, comme ces coups de printemps sur la mer avec une grande dchirure de soleil. Et le marin se sent brusquement chang en prire. Le navire pour cinq minutes va dans la gloire. Tu croises tes mains sur ta poitrine et tu reois. Ainsi de l'enfant d'Ibrahim dont le sourire passait comme une occasion merveilleuse que tu n'eusses su en quoi, comment saisir. Comme un rgne trop court sur des territoires ensoleills et des richesses que tu n'as mme pas eu le temps de recenser. Dont tu ne pourrais rien dire. Alors c'est celui-l qui ouvrait et fermait ses paupires comme des fentres sur autre chose. Et, bien que peu bavard, t'enseignait. Car le vritable enseignement n'est point de te parler mais de te conduire. Et toi, vieux btail, il te conduisait comme un jeune berger dans les invisibles prairies dont tu n'eusses rien su dire sinon que pour une minute tu te sentais comme allait et rassasi et abreuv. Or, c'est celui-l qui tait pour toi signe d'un soleil inconnu, dont tu apprenais qu'il allait mourir. Et toute la ville se changeait en veilleuse et en couveuse. Toutes les vieilles venaient essayer leurs tisanes et leurs chansons. Les hommes se tenaient devant la porte pour empcher qu'il y et du bruit dans la rue. Et l'on te l'enveloppait et te le berait et te l'ventait. Et c'est ainsi que se btissait entre la mort et lui un rempart qui et pu paratre imprenable car une ville entire l'entourait de soldats pour soutenir ce sige contre la mort. Ne va pas me dire qu'une maladie d'enfant n'est qu'une lutte de faible chair dans sa faible gaine. S'il existe un remde au loin on a dpch des cavaliers. Et voil que ta maladie se joue aussi sur le galop de tes cavaliers dans le dsert. Et sur les haltes pour les relais. Et les grandes auges o l'on fait boire. Et sur les coups de talon au ventre, car il faut gagner la mort la course. Et certes, tu ne vois qu'un visage ferm et lisse de sueur. Et cependant ce qui se combat, se combat aussi coups d'peron dans le ventre.