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Ils sont l, Seigneur, sollicitant de moi leur signification. Ils attendent leur vrit de moi, Seigneur, mais elle n'est point forge encore. clairez-moi. Je malaxe la pte pain afin que se manifestent les racines. Mais rien ne se noue encore et je connais la mauvaise conscience des nuits blanches. Mais je connais aussi l'oisivet du fruit. Car toute cration trempe dans le temps d'abord, o devenir.

Ils m'apportent en vrac leurs souhaits, leurs dsirs, leurs besoins. Ils les empilent sur mon chantier comme autant de matriaux dont je crois crer l'assemblage afin que les absorbe le temple ou le navire.

Mais je ne sacrifierai point les besoins des uns aux besoins des autres, la grandeur des uns celle des autres. La paix des uns la paix des autres. Je les soumettrai tous les uns aux autres afin qu'ils deviennent temple ou navire.

Car il m'est apparu que soumettre c'tait recevoir et placer. Je soumets la pierre au temple et elle ne reste point en vrac sur le chantier. Et il n'est point de clou dont je ne serve le navire.

Je n'couterai pas le plus grand nombre, car ils ne voient point le navire, lequel est au-dessus d'eux. Si taient en plus grand nombre les forgeurs de clous ils soumettraient les scieurs de planches la vrit des forgeurs de clous et il ne natrait point de navire.

Je ne crerai point la paix de la termitire par un choix vide et des bourreaux et des prisons malgr qu'ensuite viendrait la paix, car, cr par la termitire, l'homme le serait pour la termitire. Mais peu m'importe de perptuer l'espce si elle ne transporte point ses bagages. Le vase certes est le plus urgent, mais c'est la liqueur qui fait son prix.

Je ne concilierai point non plus. Car concilier c'est se satisfaire de l'ignominie d'un mlange tide o se sont concilies des boissons glaces et brlantes. Et je veux sauver les hommes dans leur saveur. Car tout ce qu'ils cherchent est souhaitable, leurs vrits sont toutes videntes. C'est moi de crer l'image qui les absorbe. Car la commune mesure de la vrit des scieurs de planches et de la vrit des forgeurs de clous, c'est le navire.

Mais viendra l'heure, Seigneur, o tu auras piti de mon dchirement dont je n'ai rien refus. Car je brigue la srnit qui rayonne sur les litiges absorbs et non la paix du partisan qui est faite moiti d'amour moiti de haine.

Lorsque je m'indigne, Seigneur, c'est que je n'ai point encore compris. Quand j'emprisonne ou excute c'est que je ne sais point couvrir. Car celui-l qui se fait une vrit fragile, comme de prfrer la libert la contrainte, ou la contrainte la libert, faute de dominer un langage vain dont les mots se tirent la langue, celui-l se sent bouillir de colre quand on le prtend contredire. Si tu cries fort, c'est que ton langage est insuffisant et que tu cherches couvrir les voix des autres. Mais en quoi, Seigneur, m'indignerais-je si j'ai accd ta montagne et si j'ai vu se faire le I travail travers les mots provisoires? Celui qui me viendra, je l'accueillerai. Celui qui s'agitera contre, moi, je le comprendrai dans son erreur et lui parlerai doucement afin qu'il revienne. Et rien de cette douleur ne sera concession, flagornerie ou appel du suffrage, mais de ce qu' travers lui je lirai si clairement le pathtique de son dsir. Le faisant mien puisque je l'ai lui aussi absorb. La colre ne rend pas aveugle: elle nat d'tre aveugle. Tu t'indignes contre celle-l qui montre sa hargne. Mais elle t'ouvre sa robe, tu vois ce cancer, et tu pardonnes. Pourquoi t'irriterais-tu contre ce dsespoir?

La paix que je mdite se gagne travers la souffrance. J'accepte la cruaut des nuits blanches car je suis en marche vers toi qui es nonc, effacement des questions, et silence. Je suis arbre lent mais je suis arbre. Et grce toi je drainerai les sucs de la terre.

Ah! j'ai bien compris de l'esprit, Seigneur, qu'il domine l'intelligence. Car l'intelligence examine les matriaux mais l'esprit seul voit le navire. Et si j'ai fond le navire, ils me prteront leurs intelligences pour habiller, sculpter, durcir, dmontrer le visage que j'aurai cr.

Pourquoi me refuseraient-ils? Je n'ai rien apport qui les brime mais les ai dlivrs chacun dans son amour.

Et pourquoi le scieur de planches scierait-il moins si la planche est planche pour navire?

Voici que les indiffrents eux-mmes qui n'avaient point reu de place se convertiront vers la mer. Car tout tre cherche convertir et absorber en soi ce qui est autour.

Et qui saurait prvoir les hommes s'il ne sait assister au navire? Car les matriaux n'enseignent rien sur leur dmarche. Ils ne sont point ns s'ils ne sont point ns dans un tre. Mais c'est une fois assembles que les pierres peuvent agir sur le cur de l'homme par la pleine mer du silence. Quand la terre est draine par la graine de cdre, je sais prvoir le comportement de la terre. Et si j'ai connu l'architecte, tels matriaux du chantier, je connais vers quoi il penche, et qu'ils aborderont des les lointaines.

CLXXV

Je te dsire permanent et bien fond. Je te dsire fidle. Car fidle d'abord c'est de l'tre soi-mme. Tu n'as rien attendre de la trahison car les nuds te sont longs nouer qui te rgiront, t'animeront, te feront ton sens et ta lumire. Ainsi des pierres du temple. Je ne les rpands pas en vrac chaque jour pour ttonner vers des temples meilleurs. Si tu vends ton domaine pour un autre, meilleur peut-tre en apparence, tu as perdu quelque chose de toi que tu ne retrouveras plus. Et pourquoi t'ennuies-tu dans ta maison neuve? Plus commode, favorisant mieux ce que tu souhaitais dans ta misre de l'autre. Ton puits te fatiguait le bras et tu rvais d'une fontaine. Voil ta fontaine. Mais te manquent dsormais le chant de la poulie et l'eau tire du ventre de la terre qui te miroitait une fois au soleil.

Et ce n'est point que je ne dsire que tu ne gravisses la montagne et ne t'lves et ne te forme et souhaite marcher de l'avant chaque heure. Mais autre chose est la fontaine dont tu embellis ta maison et qui est victoire de tes mains et ton installation dans le coquillage d'autrui. Car autre chose sont les gains successifs dans une mme direction comme d'enrichir le temple, lesquels gains sont croissance d'arbre qui se dveloppe selon son gnie, et ton dmnagement sans amour.

Je me mfie de toi lorsque tu tranches, car tu y risques ton bien le plus prcieux, lequel n'est point des choses mais du sens des choses.

J'ai toujours connu comme tristes les migrs.

Je te demande d'ouvrir ton esprit car tu risques d'tre dupe des mots. Tel a fait son sens du voyage. Il va d'une escale l'autre escale et je ne dis point qu'il s'appauvrisse. Sa continuit c'est le voyage. Mais l'autre aime sa maison. Sa continuit c'est la maison. Et s'il la change chaque jour il n'y sera jamais heureux. Si je parle du sdentaire, je ne parle point de celui-l qui aime d'abord sa maison. Je parle de celui qui ne l'aime plus ni ne la voit. Car ta maison aussi est perptuelle victoire comme le sait bien ta femme qui la refait neuve au lever du jour.

Je t'enseignerai donc sur la trahison. Car tu es nud de relations et rien d'autre. Et tu existes par tes liens. Tes liens existent par toi. Le temple existe par chacune des pierres. Tu enlves celle-ci: il s'boule. Tu es d'un temple, d'un domaine, d'un empire. Et ils sont par toi. Et il n'est point de toi de juger, comme on juge venu du dehors, et non nou, ce dont tu es. Quand tu juges c'est toi que tu juges. C'est ton fardeau, mais c'est ton exaltation.

Car je mprise celui-l qui, son fils ayant pch, dnigre son fils. Son fils est de lui. Il importe qu'il le semonce et le condamne se punissant soi-mme s'il l'aime et lui assne ses vrits, mais non qu'il aille s'en plaindre de maison en maison. Car alors, s'il se dsolidarise de son fils, il n'est plus un pre, et il y gagne ce repos qui n'est que d'tre moins et ressemble au repos des morts. Pauvres je les ai toujours trouvs ceux qui ne savaient plus de quoi ils taient solidaires. Je les ai toujours observs qui se cherchaient une religion, un groupe, un sens, et qui faisaient la qute pour tre accueillis. Mais ils ne rencontraient qu'un fantme d'accueil. Il n'est d'accueil vrai que dans les racines. Car tu demandes tre bien plant, bien lourd de droits et de devoirs, et responsable. Mais tu ne prends pas une charge d'homme dans la vie comme une charge de maon dans un chantier sur l'engagement d'un matre d'esclaves. Te voil vide si tu te fais transfuge.