Me plat le pre, qui son fils ayant pch, s'en attribue soi le dshonneur, s'installe dans le deuil et fait pnitence. Car son fils est de lui. Mais comme le voil nou son fils et rgi par lui il le rgira. Car je ne connais point de chemin qui n'ait qu'une direction. Si tu refuses d'tre responsable des dfaites, tu ne le seras point des victoires.
Si tu l'aimes, celle de ta maison, qui est ta femme, et qu'elle pche, tu n'iras point te mler la foule pour la juger. Elle est de toi et tu te jugeras d'abord car tu es responsable d'elle. Ton pays a failli? J'exige que tu te juges: tu es de lui.
Car certes te viendront des tmoins trangers devant lesquels tu auras rougir. Et pour te purger de la honte tu te dsolidariseras de ses fautes. Mais il te faut bien quelque chose de quoi te faire solidaire. De ceux qui ont crach sur ta maison? Ils avaient raison, diras-tu. Peut-tre. Mais je te veux de ta maison. Tu t'carteras de ceux qui crachaient. Tu n'as pas cracher toi-mme. Tu rentreras chez toi pour prcher: Honte, diras-tu, pourquoi suis-je si laid en vous? Car s'ils agissent sur toi et te couvrent de honte et que tu acceptes la honte, alors tu peux agir sur eux et les embellir. Et c'est toi que tu embellis.
Ton refus de cracher n'est point couverture des fautes. C'est partage de la faute pour la purger.
Ceux-l qui se dsolidarisent et ameutent eux-mmes les trangers: Voyez cette pourriture, elle n'est point de moi Mais il n'est rien dont ils soient solidaires. Ils te diront qu'ils sont solidaires des hommes, ou de la vertu ou de Dieu. Mais ce ne sont plus que mots creux, s'ils ne signifient nuds de liens. Et Dieu descend jusqu' la maison pour se faire maison. Et pour l'humble qui allume les cierges, Dieu est devoir de l'allumage des cierges. Et pour celui-l qui est solidaire des hommes, l'homme n'est point simple mot de son vocabulaire, l'homme c'est ceux dont il est responsable. Trop facile de s'vader et de prfrer Dieu l'allumage des cierges. Mais je ne connais point l'homme, mais des hommes. La libert, mais des hommes libres. Le bonheur, mais des hommes heureux. La beaut, mais des choses belles. Dieu, mais la ferveur des cierges. Et ceux-l qui poursuivent l'essence autrement que comme naissance ne montrent que leur vanit et le vide de leurs curs. Et ils ne vivront ni ne mourront, car on ne meurt ni ne vit par des mots.
Donc celui-l qui juge et n'tant plus solidaire de rien, juge pour soi, tu butes sur sa vanit comme sur un mur. Car il s'agit de son image non de son amour. Il ne s'agit point de lui comme lien, mais de lui comme objet regard. Et cela n'a point de sens.
Donc ceux de ta maison, de ton domaine, de ton empire, s'ils te font honte tu me prtendras faussement que tu te proclames pur pour les purifier, puisque tu es d'eux. Mais tu n'es plus d'eux devant les tmoins, tu ne rhabilites que toi. Car, te dira-t-on avec raison: S'ils sont comme toi, pourquoi ne sont-ils pas ici avec toi cracher? Tu les renfonces dans leur honte et tu te nourris de leur misre.
Certes, tel peut tre indign par la bassesse, les vices, la honte de sa maison, de son domaine, de son empire et s'en vader pour chercher l'homme. Et il est signe, puisqu'il en est, de l'honneur des siens. Quelque chose de vivant dans l'honneur des siens le dlgue. Il est signe que d'autres tendent remonter la lumire.
Mais voil bien un prilleux ouvrage, car il lui faut plus de vertu que devant la mort. Il trouvera des tmoins prts qui lui diront: Tu es toi, de cette pourriture! Et s'il se considre, il rpondra: Oui, mais moi j'en suis sorti. Et les juges diront: Ceux qui sont propres voil qu'ils sortent! Ceux qui restent sont pourriture. Et l'on t'encensera, mais toi seul. Et non les tiens en toi. Tu feras ta gloire de la gloire des autres. Mais tu seras seul, comme le vaniteux ou comme le mort.
Tu dtiens, si tu pars, un prilleux message. Car tu es signe de leur bonheur puisque tu souffrais. Et voici que tu les distingues de toi.
Tu n'as d'espoir d'tre fidle que dans le sacrifice de la vanit de ton image. Tu diras: Je pense comme eux, sans distinguer. Et l'on te mprisera.
Mais peu t'importera ce mpris, car tu es partie de ce corps. Et tu agiras sur ce corps. Et tu le chargeras de ta propre pente. Et ton honneur tu le recevras de leur honneur. Car il n'est rien d'autre esprer.
Si tu as honte avec raison ne te montre pas. Ne parle pas. Ronge ta honte. Excellente cette indignation qui te forcera de te refaire en ta maison. Car elle dpend de toi. Mais celui-l a les membres malades: il se coupe donc les quatre membres. C'est un fou. Tu peux aller mourir pour faire en toi respecter les tiens, mais non les renier car c'est alors toi que tu renies.
Bon et mauvais ton arbre. Ne te plaisent pas tous les fruits. Mais il en est de beaux. Trop facile de te flatter des beaux et de renier les autres. Car ils sont aspects divers d'un mme arbre. Trop facile de choisir les branches. Et de renier les autres branches. Sois orgueilleux de ce qui est beau. Et si le mauvais l'emporte, tais-toi. A toi de rentrer dans le tronc et de dire: Que dois-je faire pour gurir ce tronc?
Celui qui migr de cur, le peuple le renie et lui-mme reniera son peuple. Il en est ainsi ncessairement. Tu as accept d'autres juges. Il est donc bon que tu deviennes des leurs. Mais ce n'est point la terre et tu en mourras.
C'est l'essence de toi qui fait le mal. Ton erreur est de distinguer. Il n'est rien que tu puisses refuser. Tu es mal ici. Mais c'est de toi-mme.
Je renie celui qui renie sa femme, ou sa ville, ou son pays. Tu es mcontent d'eux? Tu en fais partie. Tu es d'eux ce qui pse vers le bien. Tu dois entraner le reste. Non les juger de l'extrieur.
Car il est deux jugements. Celui que tu fais de toi-mme, de ta part, comme juge. Et sur toi.
Car il ne s'agit point de btir une termitire. Tu renies une maison, tu renies toutes les maisons. Si tu renies une femme, tu renies l'amour. Tu quitteras cette femme, mais tu ne trouveras point l'amour.
CLXXVI
Cependant, me dis-tu, tu me cries contre les objets, mais il est des objets qui m'augmentent. Et contre le got des honneurs, et il est des honneurs qui me grandissent. Et o est le secret puisqu'il est des honneurs qui diminuent.
C'est qu'il n'est point d'objets, ni d'honneurs ni de gages. Ils valent par l'clairage de ta civilisation. Ils font partie d'abord d'une structure. Et ils l'enrichissent. Et s'il se trouve que tu serves la mme tu es enrichi d'tre plus. Ainsi de l'quipe s'il est une quipe vritable. L'un de ceux de l'quipe a remport un prix et chacun de l'quipe se sent enrichi dans son cur. Et celui qui a remport le prix est fier pour l'quipe, et il se prsente rougissant avec son prix sous le bras, mais s'il n'est point d'quipe mais une somme de membres, le prix ne signifiera quelque chose que pour celui qui le reoit. Et il mprisera les autres de ne point l'avoir obtenu. Et chacun des autres enviera et hara celui qui a reu le prix. Car chacun a t frustr. Ainsi les mmes prix sont objets d'ennoblissement pour les premiers, d'avilissement pour les seconds. Car te favorise cela seul qui fonde les chemins de tes changes.
Ainsi de mes jeunes lieutenants qui rvent de mourir pour l'empire, si j'en fais des capitaines. Tout glorieux les voil, mais o vois-tu rien l qui les diminue? Je les ai rendus plus efficaces, plus sacrifis. Et, les ennoblissant, j'ennoblis plus grand qu'eux. Ainsi du commandant qui servira mieux le navire. Et le jour o je l'ai nomm il s'enivre et enivre ses capitaines. Ainsi de la femme heureuse d'tre belle cause de l'homme qu'elle illumine. Voil qu'un diamant l'embellit. Et il embellit l'amour.