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Alban entra dans le lycée. Le conseiller d’éducation vint à sa rencontre, la mine désolée, le sourire compatissant. Ils essayèrent d’échanger quelques mots puis le CPE repartit dans son bureau. Alors, Alban se dirigea vers le bâtiment D. Il entra dans le couloir, posa son sac par terre, l’ouvrit. Il en sortit le Glock de son père. Pas son arme de service, non. Son arme personnelle.

Un pistolet automatique doté d’un chargeur de seize balles calibre 45 et d’un silencieux. Alban plaça un chargeur supplémentaire dans la poche de son jean et mit le sac sur ses épaules. Puis il brancha ses écouteurs. Il choisit Brand X. « Heretic ». Le mit en lecture répétée.

Ce morceau serait parfait.

Il avança dans le couloir, le Glock dans la main droite. Il ne ressentait rien.

Plus rien.

Il était juste investi d’une mission. Avait quelque chose à terminer.

Son cœur battait normalement. Ses mains ne tremblaient pas. Son regard était déterminé.

Alban était mort.

Il s’était noyé dans ce bain tiède et rouge. Il avait été enterré dans les bras d’Aurore.

Celui qui marchait dans ce couloir n’était pas Alban. C’était l’un de ses personnages. Un justicier sorti des ténèbres. Un tueur sans aucune pitié.

Oui, Alban était mort.

Et d’autres allaient le suivre.

Alban poussa la porte de la salle D 12. La salle où Mme Dumont donnait son cours de philosophie aux terminales. Il se posta à l’entrée de la pièce, cachant l’arme dans son dos. La prof cessa de parler, les visages se tournèrent vers lui en un seul mouvement. Alban fixait la place vide au premier rang. Celle d’Aurore.

— Bonjour, Alban, murmura Mme Dumont. On peut faire quelque chose pour toi ?

Il ferma la porte derrière lui, brandit son arme. Il y eut des cris, des hurlements même.

— Le premier qui bouge, je le descends.

Alban ne bégayait plus.

Normal, Alban était mort.

Ils restèrent tous figés dans la stupeur. L’horreur, déjà.

Alban chercha Maxime du regard. Il le trouva, assis vers le fond de la classe.

— Viens, faut que je te parle.

— M… moi ?

Alban esquissa un sourire en entendant l’ennemi bégayer à son tour.

— Oui, toi. Magne ou je te fume.

Maxime se leva, s’avança. Ses pas ressemblaient à ceux d’une danseuse ivre morte. Il était pathétique. Il s’arrêta à deux mètres d’Alban.

— C’était bien, avec ma sœur ?

— Ta sœur, mais…

— Oui, ma sœur. Elle s’appelait Aurore, tu l’as déjà oubliée ?

— Non ! Mais…

Alban pressa la détente. Une balle en pleine poitrine. Qui ressortit dans le dos de Maxime, en y faisant un énorme trou. Il s’effondra d’un bloc sous les hurlements hystériques de ses camarades de classe. Certains se mirent sous les tables, d’autres fondirent en larmes.

Au rez-de-chaussée, les fenêtres étaient équipées de grilles. Ils étaient tous prisonniers. Personne ne pouvait lui échapper.

Le canon de l’arme se déplaça en direction de Natacha, qui s’était planquée derrière une chaise et tremblait de tout son corps.

— Si je te prenais en photo maintenant et que je la postais sur Facebook ? menaça Alban. Tu verrais comme tu es laide et ridicule  !

— C’était juste pour se marrer ! gémit la jeune fille en érigeant ses bras en bouclier.

— Mort de rire.

La balle l’atteignit à l’épaule. Mauvais tir. Forcément, elle n’arrêtait pas de bouger. Alors Alban s’approcha, la colla au sol et posa le canon du Glock sur son front. Lorsqu’il fit feu, Mme Dumont s’évanouit et chuta de l’estrade.

Alban referma la porte derrière lui, quitta le bâtiment D et traversa la cour pour rejoindre le bâtiment B. Celui des secondes.

Le sien.

Au troisième étage, il poussa la porte de la salle B 31. Sa classe nageait dans les probabilités. Encore et toujours. Les premiers instants, ils ne firent pas attention au pistolet dans sa main droite. Ils fixaient seulement son visage. Méconnaissable.

Normal, avec ce qu’il venait de vivre.

M. Legendre posa son stylo et s’avança vers lui. C’est alors qu’il vit le Glock. La terreur déforma ses yeux, sa bouche et ses mains.

— Alban, qu’est-ce que tu fais ? Reste calme, je t’en prie…

— Je suis calme, monsieur Legendre.

Alban pivota sur lui-même.

Le premier à tomber fut Antoine. Alban réussit un tir parfait. En plein front. Le Glock n’avait plus aucun secret pour lui. Il faut dire que son père l’avait souvent emmené au stand de tir. Espérant en faire un homme, sans doute.

Merci, papa.

La tête d’Antoine éclata comme un fruit mûr. Sur le visage d’Alban, aucune émotion.

Normal, Alban était mort.

Ugo aussi.

Il fut le deuxième.

Ensuite, la panique s’empara de la classe. Certains se jetèrent par la fenêtre et s’écrasèrent sur le goudron de la cour. D’autres se mirent à plat ventre.

Face à Marjorie, Alban hésita. Elle ne lui avait rien fait, il n’avait aucune raison de la tuer. Juste mettre fin à ses souffrances.

Il songea que c’était à elle de choisir, passa au suivant.

Il prit son temps.

Le temps de choisir.

Ceux qui lui avaient fait le plus de mal. Ceux qui avaient le bénéfice du doute. Celles qui l’avaient repoussé. Écrasé comme un insecte insignifiant sous leur semelle.

Quand il quitta la B 31, il y avait douze corps sur le linoléum vert pâle de la salle.

Douze morts.

Aucun blessé.

Dans le couloir, il fut bousculé par une horde d’élèves qui fuyaient l’étage. Ils ne savaient pas ce qui se passait, mais avaient entendu les hurlements. Au milieu du chaos, Alban inséra un nouveau chargeur dans la crosse du Glock. Rien ne pouvait le déconcentrer.

Il vit passer Augustin, l’arrêta en l’empoignant par un bras. Augustin eut l’impression qu’un piège à mâchoires venait de se refermer sur ses chairs.

— Salut, petit con, où tu cours comme ça ? Tu veux savoir si je bégaye en tirant ?

Augustin ne faisait pas le poids. Alban avait quinze centimètres et trente kilos de plus que lui. Lorsque le canon du Glock vint se coller contre sa gorge, il ne put rien faire.

Rien, à part hurler.

La balle traversa ses chairs, Alban le regarda s’écrouler. Il n’était pas mort, pas encore. Mais ça ne tarderait plus.

Alors, Alban passa à la suite.

Dans la cohue, il aperçut le professeur de français, M. Martin. Lui tira une balle dans le dos, marcha sur son corps et continua son chemin.

Alban Mercier, zéro sur vingt à l’oral.

Vingt sur vingt à l’épreuve de tir, connard.

Il lui restait quatorze balles. Tellement de cibles. Ceux qui l’avaient humilié. Ceux qui ne l’avaient pas écouté.

Le proviseur arriva, à bout de souffle, au pied du bâtiment B. Demandant des explications sur ce mouvement de panique.

Il ne comprit rien.

Reçut une balle en pleine tête.

Jamais il n’avait pris le temps de l’écouter.

Jamais il n’avait levé le petit doigt pour faire cesser son calvaire.

Alban quitta alors tranquillement le lycée au milieu des autres.

Il rangea le Glock dans son sac, monta dans le bus, descendit à Saint-Charles. Le train le ramena à Carry-le-Rouet.