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— Voilà qui ne serait pas une si grande surprise pour moi, dit Stacey. Junior a un comportement bizarre depuis quelque temps. Il s’est fait virer de Bowdoin pour une bagarre. J’ignore si son père est au courant, mais la police a été appelée au gymnase où elle a eu lieu et j’ai pu voir le rapport. Et les deux filles… si ce sont des crimes sexuels…

— C’en était, dit Rusty. De la pire espèce. Je préfère ne même pas vous en parler.

— Mais Brenda, elle, n’a pas été agressée sexuellement, fit remarquer Jackie. Ce qui me fait penser que Coggins et Brenda sont des cas différents de ceux des deux filles.

— Junior a peut-être tué les filles et son paternel Brenda et Coggins, hasarda Rusty, s’attendant à entendre des rires. Il n’y en eut pas. Dans ce cas, pourquoi ? »

Tous secouèrent la tête.

« Il doit bien y avoir un mobile, insista Rusty. Mais je doute que ce soit le sexe.

— Vous pensez qu’il a quelque chose à cacher, n’est-ce pas ? demanda Jackie.

— Oui, exactement. Et autre chose me dit que quelqu’un pourrait savoir de quoi il s’agit. Quelqu’un qui est enfermé dans le sous-sol du poste de police.

— Barbara ? s’étonna Jackie. Pourquoi Barbara serait-il au courant ?

— Parce qu’il a parlé avec Brenda. Ils ont eu un long tête-à-tête dans son jardin, le lendemain du Jour du Dôme. »

Ce fut au tour de Stacey de s’étonner : « Comment diable êtes-vous au courant de ça ?

— Par la petite Buffalino, qui habite à côté de chez les Perkins. La fenêtre de sa chambre donne sur leur jardin. Elle les a vus et m’en a parlé. » Il se rendit compte que sa femme le regardait. « Que veux-tu que je te dise ? C’est une petite ville. Et tout le monde soutient l’équipe.

— J’espère que tu lui as dit de garder ça pour elle.

— Non, je ne l’ai pas fait. Parce que je n’avais aucune raison, à ce moment-là, de soupçonner Rennie d’avoir tué Brenda. Ou défoncé la tête de Coggins à coups de balle de baseball plaquée or. Je ne savais même pas qu’ils étaient morts tous les deux.

— Nous n’en ignorons pas moins si Barbara est au courant de quelque chose, dit Stacey. De lui, nous savons que son omelette champignons et fromage est du tonnerre, et c’est à peu près tout.

— Quelqu’un va devoir lui poser des questions, dit Jackie. Je me porte volontaire.

— Et même s’il sait quelque chose, qu’est-ce que ça va changer ? intervint Linda. Nous sommes pratiquement sous une dictature. Je viens juste d’en prendre conscience. Je crois que je suis un peu ralentie.

— Tu es plus confiante que ralentie, dit Jackie. Et en temps normal, avoir confiance est une manière légitime de se comporter. Quant au colonel Barbara, nous ne saurons si ce qu’il a appris pourra nous aider ou non que lorsque nous lui aurons posé la question. » Elle marqua une pause. « Et ce n’est pas vraiment le problème. Il est innocent. C’est ça, le problème.

— Et s’ils le tuent ? demanda abruptement Rusty. S’ils l’abattent au cours d’une tentative d’évasion ?

— Je suis à peu près certaine que cela ne se produira pas, répondit Jackie. Big Jim tient à monter un procès-spectacle. On ne parle que de ça au poste (Stacey approuva de la tête). Ils veulent faire croire aux gens que Barbara est une araignée qui a tissé un vaste réseau de conspiration. Après quoi, ils pourront l’exécuter. Mais même en mettant les bouchées doubles, cela va prendre des jours. Des semaines, si nous avons de la chance.

— Non, nous n’aurons pas cette chance, dit Linda. Pas si Rennie veut en finir rapidement.

— Tu as peut-être raison, mais Rennie doit tout d’abord franchir l’étape de la réunion du conseil, jeudi soir. Et il va vouloir interroger Barbara. Si Randolph sait que Barbara a parlé avec Brenda, Rennie le sait aussi.

— Bien sûr qu’il le sait, s’impatienta Stacey. Ils étaient ensemble lorsque Barbara a montré la lettre du Président à Jim. »

Ils restèrent une minute silencieux, réfléchissant à ce qui venait d’être dit.

« Si Rennie cache quelque chose, avança Linda, il risque d’avoir besoin de temps pour s’en débarrasser. »

Jackie éclata d’un rire bref qui eut un effet presque choquant, vu la tension qui régnait dans la pièce. « Eh bien, bonne chance. Quoi que ce soit, il est de toute façon impossible pour lui de le mettre à l’arrière d’un bahut et de le faire disparaître de la ville.

— Ce serait en rapport avec le propane ? demanda Linda.

— Possible, dit Rusty. Si je me souviens bien, vous avez été militaire, Jackie, non ?

— J’ai rempilé deux fois dans l’armée, oui. Police militaire. Jamais participé aux combats, mais j’ai vu mon lot de morts et de blessés, en particulier la deuxième fois. Würzburg, Allemagne, première division d’infanterie. Surnommée la Big RedOne. J’ai surtout arrêté des bagarres de bar et monté la garde devant l’hôpital local. J’ai connu des gars comme Barbie et je donnerais cher pour le faire sortir de sa cellule et l’avoir à nos côtés. Si le Président l’a nommé, ou a essayé de le nommer, c’est qu’il y avait une bonne raison. » Elle s’interrompit un instant. « Il ne serait peut-être pas impossible de le faire évader. Cela mérite qu’on y pense. »

Les deux autres femmes, également officiers de police mais aussi mères de famille, ne réagirent pas sur le coup à cette proposition, mais Linda se rongeait les ongles et Stacey se tripotait les cheveux.

« Je sais ce que vous ressentez », reprit Jackie.

Linda secoua la tête. « Non, pas si tu n’as pas des gosses qui dorment au premier et qui dépendent de toi pour leur petit déjeuner tous les matins.

— Peut-être pas, mais pose-toi la question : si nous sommes coupés du monde extérieur, ce qui est le cas, et si le type qui tient les commandes est un fou furieux meurtrier, ce qu’il est peut-être, crois-tu que les choses vont s’arranger si nous nous contentons de rester assis dans notre coin et de nous croiser les bras ?

— Admettons que vous le fassiez évader, dit Rusty. Qu’est-ce que vous allez faire de lui ? Vous ne pouvez pas exactement vous adresser au programme de protection des témoins.

— Je ne sais pas, répondit Jackie avec un soupir. Ce que je sais, par contre, c’est que le Président lui a donné le commandement et que Big Jim l’Enfoiré a organisé un complot pour le faire accuser de meurtre de manière à ce que ce ne soit pas possible.

— Dans l’immédiat vous n’allez rien faire, dit Rusty. Même pas prendre le risque de lui parler. Il y a autre chose en jeu dans cette affaire, et cela pourrait tout changer. »

Il leur parla alors du compteur Geiger, raconta comment il l’avait récupéré, à qui il l’avait confié et ce que Joe McClatchey prétendait avoir découvert avec.

« Je ne sais pas, dit Stacey. Ça paraît trop beau pour être vrai. Il a quel âge, le petit McClatchey… quatorze ans ?

— Treize, je crois. Mais il est redoutablement intelligent, et s’il affirme qu’il y a un pic de rayonnement du côté de Black Ridge Road, je le crois. Et si jamais il a trouvé la chose qui maintient le Dôme en place et que nous puissions l’arrêter…

— Alors ce sera la fin du cauchemar ! s’exclama Linda, les yeux brillants. Et Jim Rennie s’effondrera comme un ballon crevé !

— Ah, ce serait génial, n’est-ce pas ? dit Jackie Wettington. Si c’était à la télé, peut-être même que je le croirais. »

17

« Phil ? lança Andy. Phil ? »

Il fallait élever la voix s’il voulait être entendu. Bonnie Nandella et The Redemption étaient lancés dans « My Soul is a Witness », le volume à fond. Tous ces ooo-ooh et ces woa-yeah avaient de quoi désorienter. Même les lumières qui brillaient à l’intérieur des studios de la WCIK le désorientaient ; il avait fallu qu’il se retrouve sous ces néons pour réaliser à quel point l’obscurité régnait partout dans Chester’s Mill. Et à quel point il s’y était déjà habitué. « Chef ? »