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Teabing secoua la tête.

— Trop tard, nous sommes descendus trop bas. Si nous remontons maintenant, nous aurons droit à un comité d'accueil encore plus musclé où que nous atterrissions... Si nous voulons garder une chance de retarder la confrontation avec les autorités britanniques, le temps de trouver notre Graal... (Il hésita un instant.) Je vais tenter un coup d'audace. Donnez-moi une minute, ajouta-t-il en se dirigeant vers le cockpit.

— Où allez-vous ? s'inquiéta Langdon.

— Tenir une petite réunion à huis clos, répondit Teabing, qui tentait d'évaluer la somme d'argent qui lui serait nécessaire pour persuader le pilote d'effectuer une manœuvre complètement interdite.

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Le Hawker est en approche finale.

Simon Edwards, directeur de l'aéroport de Biggin Hill, faisait les cent pas dans la tour de contrôle, en surveillant d'un œil inquiet la piste d'atterrissage. Il n'appréciait guère les réveils matinaux le samedi et la perspective de participer à l'arrestation de l'un de ses plus gros clients lui semblait de fort mauvais goût.

Sir Leigh Teabing payait pour son hangar un loyer mensuel confortable, ainsi qu' une taxe annuelle qui lui permettait d'atterrir quand bon lui semblait. Il prévenait en général de son arrivée quelques jours à l'avance, de manière à s'assurer les petits extras auxquels il avait l'air de tenir. Sa Jaguar Sovereign limousine l'attendait toujours dans

son hangar, lavée, réservoir plein, et le Times du jour plié sur la banquette arrière. Un employé de l'aéroport l'accueillait à sa descente d'avion, pour lui éviter d'aller présenter ses papiers et bagages au terminal. De temps à autre, Edwards acceptait de juteux pourboires pour fermer les yeux sur les denrées alimentaires luxueuses et interdites dont Teabing raffolait : escargots de Bourgogne, une variété artisanale de roquefort particulièrement bien affiné, ainsi que certains fruits. La législation des douanes était, après tout, absurde, et si Biggin Hill n'accédait pas aux désirs de ses clients, les aéroports concurrents s'en chargeraient. On laissait donc sir Teabing en faire à sa tête, pour la plus grande satisfaction des employés bénéficiaires de ses largesses.

En apercevant l'avion dans le ciel, Edwards réprima difficilement un accès de nervosité. Était-ce son penchant pour la corruption qui avait attiré des ennuis à Teabing ? La police française paraissait en tout cas fermement résolue à le coffrer.

On n'avait pas encore donné à Edwards les détails du chef d'accusation, qui semblait toutefois très sérieux. À la demande de la PJ, la police du Kent avait exigé du contrôleur de Biggin Hill qu'il ordonne au pilote du Hawker de se présenter devant le terminal au lieu de se rendre au hangar de son client. Et le

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mécanicien avait eu l'air de gober sans broncher le prétexte douteux de la fuite de kérosène.

Si les policiers britanniques ne portaient généralement pas d'arme, la gravité de la situation avait exigé ce matin une équipe spéciale. Postés devant l'aérogare, huit agents équipés d'armes de poing attendaient l’avion de Teabing. Juste après l'atterrissage un employé devait placer des cales sous les roues.

Puis les policiers se déploieraient devant la porte de l'appareil et empêcheraient les passagers de descendre en attendant la venue de la police française.

Le Hawker arrivait au-dessus des arbres qui bordaient la droite de l'aéroport. Simon Edwards descendit sur le tarmac pour assister à l'atterrissage. Les policiers, prêts à intervenir, restaient invisibles et le mécanicien tenait ses cales à la main.

L'avion se plaça dans l'axe de la piste, ralentit, le nez se redressa et les roues touchèrent le sol en faisant jaillir un nuage de poussière. Le pilote décéléra. La carlingue blanche luisant sous la bruine bifurqua de gauche à droite en face du terminal.

Mais, au lieu de freiner devant l'aérogare, l'appareil longea tranquillement la façade et continua sa route en direction du hangar de Teabing.

Tous les policiers se précipitèrent vers Edwards.

— Je croyais qu'il avait accepté de se garer ici ?

— En effet, fit Edwards, effaré.

Quelques secondes plus tard, on le poussait dans un véhicule de la police, qui fila à toute allure vers le hangar. Au moment où l'avion disparaissait dans le bâtiment de tôle ondulée, le convoi était encore à cinq cents mètres de distance.

Les voitures de police se garèrent en dérapant devant la porte et les huit policiers en jaillirent, l'arme au poing.

Edwards sortit en trombe ; dans le hangar le vacarme était assourdissant.

Les moteurs du Hawker tournaient encore. Il achevait sa rotation pour se présenter le nez face à la porte, prêt pour le prochain départ. Edwards lut sur le visage du pilote un étonnement et une crainte parfaitement compréhensibles à la vue du barrage de voitures.

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L'appareil s'immobilisa et les moteurs se turent. Les policiers s'engouffrèrent dans le hangar et prirent position autour de la carlingue. Edwards rejoignit leur chef qui avançait prudemment vers la porte, laquelle s'ouvrit au bout de quelques secondes.

La passerelle automatique se déplia et sir Leigh Teabing fit son apparition en haut des marches. Parcourant du regard les pistolets tournés vers lui, il se cala sur ses béquilles et se gratta la tête, apparemment plus étonné qu'inquiet.

— Mon cher Simon, aurais-je gagné le gros lot de la tombola des Œ uvres de la police alors que j'étais en France ?

Le directeur de l'aéroport déglutit et fit un pas en avant.

— Bonjour, sir Teabing. Je vous prie de m'excuser pour le dérangement occasionné, mais nous avons repéré une fuite dans une des cuves de kérosène. Nous avions demandé à votre pilote de se garer devant le terminal.

— C'est moi qui ai infirmé votre consigne. Je suis malheureusement en retard à mon rendez-vous chez le médecin. Je paie la location de ce hangar, et votre cuve me semble être à une distance largement suffisante pour éviter tout risque...

— Je suis désolé, mais votre arrivée nous a pris au dépourvu...

— Cela ne m'étonne pas. Mon emploi du temps est quelque peu bouleversé. Pour tout vous dire, je ne supporte pas bien mon nouveau traitement médical, et je suis venu demander à mon médecin de le modifier.

Les policiers se concertèrent du regard.

— Je comprends bien, monsieur, fit Edwards. Le gradé s'avança d'un pas.

— Je me vois dans l'obligation, de vous demander de rester à bord de votre avion pendant une heure environ.

Teabing fit la moue et commença à descendre l'escalier.

— Je regrette, mais c'est tout à fait impossible. J'ai un rendez-vous urgent chez le médecin que je n'ai pas l'intention de louper, déclara-t-il en posant le pied à terre.

L'inspecteur s'approcha pour l'empêcher d'avancer.

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— Nous sommes ici à la demande de la police judiciaire française, qui affirme que vous transportez des fugitifs.

Teabing le dévisagea un long moment avant de partir d'un grand éclat de rire.

— S'agit-il d'un tournage de La Caméra cachée ? Comme c'est amusant !

Le policier ne cilla pas.

— C'est extrêmement sérieux, sir. Selon la police française, vous détiendriez également un otage à bord de votre appareil...

Rémy apparut à la porte.

— Je me considère souvent comme l'otage de sir Leigh Teabing, mais il m'assure que je suis libre de partir quand je veux.

Il regarda sa montre et s'adressa à son maître :

— Je dois signaler à Monsieur que nous sommes déjà en retard.

Il indiqua du menton la limousine garée dans le coin opposé du hangar. Une Jaguar limousine, d'un noir d'ébène, aux vitres teintées et pneus à flancs blancs.

— Je vais chercher la voiture, dit-il en amorçant sa descente.