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— Heu, je suis un peu à court en ce moment.

— Quelle surprise ! railla-t-il. Regarde sur l’étagère derrière moi.

Obéissant, je découvris quelques romans à l’eau de rose, avec des couvertures regorgeant de chair sensuelle.

— D’où tu sors ça ?

— De ma dernière virée, répondit Bob avec un grondement de plaisir. Page cent soixante-quatorze, le paragraphe débutant par « Ses seins laiteux ». Brûle cette page.

— Ça va marcher ?

— Les gonzesses dévorent ce genre de trucs.

— Très bien, soufflai-je. C’était l’ingrédient de l’esprit ?

— Ouais, ouais, dit Bob en se balançant sur sa mâchoire d’excitation. Maintenant, il n’y a plus qu’à ajouter une cuillère à café de poudre de diamant et c’est fini.

J’écarquillai les yeux.

— Du diamant ? J’ai pas de diamant, Bob !

— Je m’en doutais. T’es vraiment un pouilleux, voilà pourquoi les femmes ne t’aiment pas. Allez, déchire un billet de cinquante en tout petits morceaux et balance ça là-dedans.

— Un billet de cinquante dollars ?

— De l’argent, confirma Bob. Très sexy.

Je râlai en sortant mon dernier billet de cinquante et en le réduisant en miettes avant de le sacrifier pour finaliser la potion.

L’étape suivante était la plus difficile. Une fois les ingrédients mélangés, il faut leur insuffler suffisamment d’énergie pour les activer. Les propriétés physiques des éléments importent peu, l’essentiel, c’est le sens que leur donne le concepteur de la potion, et la personne à qui il la destine.

La magie tire son énergie de bien des sources. Elle peut venir d’endroits précis, en général des lieux spectaculaires comme les chutes du Niagara ou le Vésuve. Elle tire aussi son essence de sites particuliers, comme Stonehenge. Ou des gens. La meilleure magie vient de l’intérieur. Parfois il suffit d’un effort de volonté à l’état brut, en d’autres occasions il faut des émotions, des sentiments. Tout ça est amplement suffisant pour invoquer la puissance des arcanes.

J’avais tout ce qu’il fallait en inquiétudes pour nourrir le feu de la magie : beaucoup de soucis et des trésors d’obstination. Je répétai sans cesse la litanie quasi latine au-dessus des potions et je sentis une sorte de tension s’accumuler à la limite de mes sens conventionnels. Mais elle était bien là.

Je rassemblai toutes mes angoisses, toute ma colère et mon entêtement, puis j’en fis une boule que je lançai contre la tension en l’appuyant avec toute la force et toute la résonance de mes paroles. La vague de magie me quitta d’un coup, comme le contenu d’un estomac qu’on déchire.

— J’adore ce moment, dit Bob alors que les potions laissaient échapper des nuages de fumée verte en débordant des éprouvettes.

Je m’écroulai sur un tabouret en attendant que les décoctions aient fini de mousser. J’étais vidé, la fatigue s’étant abattue sur moi comme un sac de briques. Une fois les produits refroidis, je les transvasai dans des bidons de vélo de course puis les étiquetai avec un marqueur indélébile. Je ne voulais plus courir le risque de me tromper de potion. Plus depuis l’affaire du stimulateur capillaire et de l’invisibilité. À l’époque, j’essayais de me faire pousser une belle barbe…

— Tu ne vas pas le regretter, Harry. C’est la meilleure potion que j’aie jamais faite.

— Je l’ai faite, pas toi.

J’étais vraiment épuisé – beaucoup trop las pour laisser des vétilles comme une exécution probable me barrer la route de mon lit.

— Bien sûr, répondit Bob. Tout ce que tu veux, Harry.

J’éteignis toutes les lampes et le radiateur puis grimpai à l’étage sans dire bonne nuit. Le crâne se contenta de glousser tout seul.

Je m’écroulai dans mon plumard.

Mister vient toujours se coucher sur mes jambes. Je l’attendis et, quelques secondes plus tard, il s’installa puis il ronronna comme un moteur miniature.

En dépit de la fatigue, j’essayai encore d’établir un programme pour les jours à venir. Parler à la vampire. Retrouver le mari disparu. Éviter le courroux de la Blanche Confrérie. Trouver le tueur.

Avant qu’il ne me trouve. Plutôt sinistre comme perspective, mais je décidai que ça n’allait pas m’empêcher de dormir…

Chapitre 9

Vendredi soir. Rendez-vous avec Bianca, la vampire. Attention, je n’ai pas sauté du lit pour aller la voir. On ne se jette pas dans la gueule du loup avec un sourire jusqu’aux oreilles.

On commence par un bon petit déjeuner.

À quinze heures… C’est le téléphone qui ma réveillé. Obligé de me lever pour aller décrocher dans le salon.

— Mmmrrmmff, grognai-je.

— Dresden, dit Murphy, des informations ?

Elle avait l’air pressée. Elle adopte ce ton chaque fois qu’elle est énervée, et ça m’agace – on dirait des ongles grattant un os. L’affaire Tommy Tomm ne devait pas avancer.

— Rien pour l’instant, répondis-je. J’ai passé la nuit dessus, mais sans grands résultats.

— Ça ne suffit pas, Harry ! Il me faut des réponses ! J’en ai besoin pour hier !

— Je vais aussi vite que possible.

— Alors, accélère !

Elle était en colère. Pas vraiment une surprise de la part de Murphy, mais ça voulait dire qu’il se passait du vilain. Quand les choses se compliquent, certaines personnes paniquent, d’autres s’effondrent et Murphy s’énerve.

— Le commissaire te cherche encore des puces ?

Le commissaire Howard Fairweather se sert de Murphy et de son équipe comme boucs émissaires pour un paquet de crimes non élucidés. Il rôde toujours dans le coin, essayant de prendre Karrin en faute pour éviter d’être lui-même réprimandé.

— Comme le singe ailé du Magicien d’Oz. J’en arrive à me demander qui lui met autant de pression sur cette affaire. (La voix de Murphy était aussi acide qu’un citron, et je l’entendis laisser tomber un Alka-Seltzer dans un verre.) Sérieusement, Harry, dépêche-toi de me fournir ces informations ! Je dois savoir si la sorcellerie est impliquée, et, si oui, qui et comment. Il me faut des noms, des lieux, tout !

— C’est pas aussi simple que ça, Murph…

— Alors simplifie ! Combien de temps avant un début de réponse ? Dans quinze minutes, j’ai une réunion avec la commission d’inspection du commissaire. Il me faut une estimation, ou je n’aurai plus qu’à rendre ma carte.

Si je tirais quelque chose de mon entrevue avec Bianca, je pourrais avancer sur l’affaire de Karrin.

Mais si je faisais chou blanc, j’allais gâcher la soirée, et Murphy voulait des réponses maintenant. J’aurais peut-être dû créer une potion d’insomnie.

— La commission travaille le week-end ?

— Tu plaisantes ?

— On aura quelque chose lundi, alors.

— Ça te laisse assez de temps pour tout découvrir ?

— Même si je résous cette énigme, je ne sais pas si ça te servira vraiment. J’espère que tu as autre chose pour monter ton dossier.

Je l’entendis soupirer et avaler son médicament.

— Ne me plante pas, Harry.

Il était temps de changer de sujet avant qu’elle ne me surprenne en flagrant délit de mensonge. Je n’avais aucune intention de me livrer à ces recherches interdites, si je pouvais l’éviter.

— Et avec Bianca ? soufflai-je.

— Cette salope n’a rien lâché ! De petits sourires, des poses, des ronds de fumée, des potins et des croisements de jambes. Tu aurais dû voir Carmichael baver.

— Mouais, ça peut se comprendre. Elle est plutôt mignonne si j’en crois la rumeur. Écoute, Murph, et si je…