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— Mademoiselle Randall ?

— Non, dit-elle.

— Ça ne prendra pas longtemps. Je vous assure que vous n’avez rien à voir avec mon affaire. Si vous pouviez me consacrer un moment.

— Non. Je travaille et j’en ai pour toute la nuit. Je n’ai pas le temps…

— Jennifer Stanton était votre amie. On l’a assassinée. Vous pourriez peut-être me dire quelque chose qui m’aiderait à…

— Il n’y a rien à dire. Au revoir, monsieur Dresden.

Linda raccrocha.

Je grognai, frustré.

Dans le mur !

Je m’étais préparé à fond, j’avais affronté Bianca et récolté des ennuis potentiels pour rien.

Bianca m’avait dit que Linda était chauffeur pour quelqu’un – les Beckitt je suppose, même si j’ignorais de qui il pouvait s’agir. J’avais reconnu la voix enregistrée, c’était le système d’annonce de l’aéroport O’Hare. Elle était donc dans une voiture, près de cet aéroport, et elle devait attendre les Beckitt. Donc, ça n’allait pas durer longtemps.

Pas de temps à perdre ! Je redémarrai la Studebaker asthmatique et filai vers O’Hare. Rembarrer quelqu’un en face est moins facile qu’au téléphone. Il y avait plusieurs terminaux, mais je faisais confiance à la chance pour me guider vers le bon terminal, et arriver avant que Mlle Je-Suis-Libre Randall ait eu le temps de récupérer ses patrons et se soit envolée. Et un poil de chance en plus pour faire tenir la Studebaker jusqu’à l’aéroport !

Mon épave parvint à destination et, au deuxième terminal, je repérai sur le parking une superbe limousine argentée. L’intérieur étant sombre, je ne distinguai rien. Le vendredi soir, le parking était bondé. Des hommes d’affaires à l’allure austère rentraient de voyage, les voitures allaient et venaient autour de moi, et un policier s’occupait de la circulation pour empêcher les conducteurs de faire des âneries – comme s’arrêter au milieu de la file pour charger la voiture.

Je piquai de justesse une place de parking à une Volvo. On ne se frotte pas à un véhicule plus lourd et plus ancien, surtout avec un kamikaze au volant. Je ne perdis pas de vue la limousine pendant que je me dirigeais vers les cabines téléphoniques. Puis je glissai ma pièce dans la fente et composai de nouveau le numéro fourni par Bianca.

Le téléphone sonna. Il y eut du mouvement dans la limousine.

— Vous êtes chez les Beckitt, Linda à l’appareil…

— Bonsoir Linda, ici Harry Dresden, une fois de plus.

Je l’entendis presque grimacer. Il y eut une étincelle, et le profil d’une femme apparut dans la lueur orangée d’une cigarette qu’on allume.

— Je croyais que nous n’avions plus rien à nous dire, monsieur Dresden.

— J’aime les femmes qui se font désirer.

Elle me refit le coup du rire délicieux et je vis sa tête bouger dans la voiture.

— Et je vais me faire encore plus désirer. Au revoir, deuxième service.

Elle raccrocha.

Je souris, reposai le combiné et allai taper à la vitre de la limousine.

La vitre se baissa et une jeune femme proche de la trentaine me regarda en plissant le front. Ses yeux magnifiques étaient couleur d’orage, avec un peu trop de mascara, et un rouge à lèvres écarlate brillait sur ses lèvres pleines. Ses cheveux châtain clair étaient noués en queue-de-cheval, et ses joues auraient pu paraître sévères sans les mèches rebelles qui pendaient près de ses yeux. Il y avait en elle quelque chose de sauvage, de dur et de vif. Elle portait une chemise blanche et un pantalon gris et tenait sa cigarette de la main gauche. La fumée s’infiltrant dans mes narines, j’expirai pour m’en débarrasser.

Linda m’étudia un moment.

— Laissez-moi deviner : Harry Dresden ?

— Il faut que je vous parle, mademoiselle Randall. Ça ne sera pas long.

Linda regarda sa montre, puis les portes du terminal. Elle se retourna vers moi.

— Bon, vous m’avez coincée après tout. Je suis à votre merci. (Ses lèvres s’ourlèrent et elle tira sur sa cigarette.) Et j’aime les hommes persévérants.

Je me raclai la gorge. Cette femme était belle, mais pas outrageusement. Pourtant, elle avait un je-ne-sais-quoi qui me faisait démarrer au quart de tour. Peut-être son port de tête, ou sa façon de prononcer certains mots – tout ça dépassait mon cerveau pour toucher directement mes hormones. Le mieux était d’aller directement au fait, et de réduire ainsi mes chances de passer pour un abruti.

— Comment avez-vous connu Jennifer Stanton ?

Elle me fixa à travers ses longs cils.

— Intimement.

Hum…

— Vous, heu, travailliez toutes les deux pour Bianca ?

— Cette petite salope prétentieuse ? lança Linda en soufflant un peu plus de fumée. Oui, j’ai travaillé avec Jen. On était coloc’ à une époque et on se tenait chaud la nuit.

Elle ponctua cette dernière phrase d’une moue de ses lèvres pulpeuses et je crus percevoir un rire muet et malicieux.

— Connaissiez-vous Tommy Tomm ?

Linda baissa les yeux et changea de position, faisant disparaître une de ses mains. Que faisait-elle ?

— Bien sûr ! Une affaire au lit ! C’était un client régulier. Avec Jen, on allait chez lui deux fois par mois pour faire la fête. (Elle se pencha vers moi.) Il faisait aux femmes des choses qui les transformaient en animaux sauvages, Harry Dresden. Vous voyez ce que je veux dire ? On miaulait, on crachait. On était en chaleur…

Cette fille me rendait marteau. Elle avait le genre de voix qui provoque des rêves dont on aimerait se souvenir un peu plus clairement le matin ! Son expression me promettait des choses dont on ne parle pas entre gens de bonne compagnie, et je n’avais qu’un mot à dire…

L’affaire, Harry. Pense à l’affaire.

Il y a des jours où je déteste mon boulot.

— Quand lui avez-vous parlé pour la dernière fois ?

Linda tira une nouvelle bouffée de sa cigarette et cette fois je vis sa main trembler. Elle se reprit vite, mais pas assez. Elle était nerveuse. Trop nerveuse. Je vis clair dans son jeu. Elle avait enfilé sa panoplie de vamp pour réveiller mes glandes et endormir mon cerveau, histoire de me distraire et de m’empêcher de découvrir la vérité.

Je suis un homme. Comme n’importe quel jeune mâle, il suffit d’un joli minois, ou d’un buste, pour m’émouvoir. Linda Randall connaissait son boulot sur le bout des doigts, mais je déteste qu’on me prenne pour un con.

Alors, mademoiselle la déesse du Sexe, que cache-t-on ?

Je toussai un peu et lui demandai d’un ton bonhomme :

— Quand avez-vous parlé avec Jennifer Stanton pour la dernière fois, mademoiselle Randall ?

Ses yeux s’étrécirent. Elle était bien des choses, mais pas stupide, et elle comprit que je l’avais percée à jour. Son attitude lascive disparut.

— Vous êtes flic ?

Je fis non de la tête.

— Parole de scout ! Je veux juste savoir ce qu’il lui est arrivé.

— Bordel ! souffla-t-elle en balançant son mégot par terre. Écoutez, si je vous déballe tout et qu’un perdreau débarque, je ne vous ai jamais vu avant aujourd’hui, compris ?

J’acquiesçai.

— Je l’ai vue mercredi soir. Elle m’a appelée pour l’anniversaire de Tommy Tomm. Elle voulait qu’on se revoie. Une sorte de réunion.

J’inspectai les alentours et me penchai un peu plus près.

— C’était bien ?

Linda s’agitait et ses yeux roulaient comme ceux d’un chat pris au piège.

— Non. J’avais du travail. J’aurais bien voulu, mais…

— Elle n’a rien dit d’étrange ? Un mot qui aurait pu signaler un danger ?