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— Mais à toi, elle t’a parlé, c’est ça ?

— Je l’ai demandé poliment.

— Je te briserais en mille morceaux, si tu n’avais pas déjà l’air d’une ruine ! Qu’as-tu découvert ?

— Bianca n’est au courant de rien. Elle était nerveuse et apeurée.

J’évitai de mentionner qu’elle avait essayé de me déchiqueter.

— Donc le message n’était pas adressé à Bianca, continua Murphy.

— Non, à Tommy Marcone, dis-je.

— Une nouvelle guerre des gangs, et messieurs-les-hommes se sont mis à la sorcellerie, par-dessus le marché. De la magie mafieuse, bon Dieu !

— Une guerre des gangs ? avançai-je. Les fournisseurs de Troisième Œil contre les trafiquants classiques, c’est ça ?

— Exact, lâcha Murphy. Comment tu le sais ? On n’a rien dit aux journaux.

— Je viens de me colleter avec un mec éclaté au Troisième Œil. Vu ce qu’il m’a dit, cette came n’est pas pour les enfants de chœur. Faut vraiment être un enfoiré de putain de magicien pour produire une grande quantité de ce type de drogue.

Les yeux de l’inspectrice s’illuminèrent.

— Alors, celui qui inonde les rues avec le Troisième Œil…

— … est l’assassin de Jennifer Stanton et de Tommy Tomm. J’en suis presque sûr.

— Ça colle, dit Murphy. Bon, tu sais combien de personnes sont capables de lancer ce sort ?

— Bon sang, Murph ! Tu ne peux pas me demander de te fournir une liste de suspects pour que tu les passes à tabac !

Elle se pencha sur moi comme un faucon sur un mulot.

— Faux, Harry. Je peux le faire. Je peux te demander de me les donner. Si tu refuses, je te coffrerai pour entrave à la justice et complicité en moins de temps qu’il n’en faut pour dire : « abracadagnouf » !

J’avais si mal à la tête. Elle pulsait, pulsait, pulsait…

— J’ai déjà eu le temps d’attraper la migraine, répondis-je. Tu ne me ferais pas ça, Murph. Je te connais. Tu sais très bien que si j’avais quoi que ce soit d’utile, je te le refilerais. Laisse-moi participer à l’enquête, donne-moi une chance de…

— Non, Harry. Jamais ! Je nage dans un océan de merde, et je n’ai pas besoin de toi sur mes épaules. Tu es blessé, et n’essaie pas de me faire croire que tu es tombé dans un escalier. Je n’ai aucune envie de ramasser ton cadavre. L’assassin de Tommy Tomm s’énervera quand il découvrira qu’on le recherche. Ce n’est pas ton boulot, c’est le mien !

— Comme tu veux. Après tout, c’est toi qui as une date butoir.

Murphy pâlit et ses yeux étincelèrent.

— T’es vraiment qu’un pourri, Harry !

Je m’apprêtai à répondre, sans déconner, mais mon crâne commença à se dévisser, à trembler, et tout se mit à tourner. Ma chaise tangua sur ses pieds et je décidai qu’il était plus sage de me tortiller sur le sol, avec toute la pétulance d’un lombric.

Contre ma joue, le lino était frais et agréable. Très confortable, tout ça…

Ma tête cognait comme un tambour. Dommage, ça gâchait ma sieste.

Chapitre 12

Je me réveillai sur le sol du bureau de Murphy, la tête sur une veste et les pieds posés sur des annuaires. Karrin me tamponnait le crâne et le cou avec un linge humide.

J’étais en morceaux. Épuisé, nauséeux, la cervelle en vrac… Rien ne m’aurait fait plus plaisir que de me rouler en boule et de gémir doucement en m’endormant. Sachant que ça me collerait à la peau pour la vie, je préférai sortir une vanne.

— Tu n’aurais pas une petite robe blanche ? Je fantasme à mort sur les infirmières, Murphy.

— Ça ne m’étonne pas, venant d’un pervers comme toi. Qui t’a frappé ?

— Personne, je suis tombé dans l’escalier.

Le linge humide était toujours aussi agréable, mais la voix de Murph se fit dure :

— Prends-moi pour une conne. Tu as fouiné pour résoudre cette affaire et quelqu’un t’a dérouillé. Je me trompe ?

Je protestai faiblement.

— Ça suffit. Si tu n’avais pas déjà une commotion, je t’attacherais aux pare-chocs de ma voiture pour faire du stock-car !

Murphy leva son index.

— Combien de doigts ?

— Cinquante, répondis-je en lui montrant mon majeur. Ce n’est pas une commotion, c’est juste une bosse. Ça va aller.

Je tentai de m’asseoir. Je devais rentrer à la maison pour dormir un peu.

Murphy me repoussa sur l’oreiller de fortune.

— Couché, grogna-t-elle. Tu es venu comment ? Avec l’épave qui te sert de voiture ?

— La Coccinelle s’étant transformée en phœnix, j’ai une caisse de location. Murph, tout va bien. Laisse-moi partir, je vais aller pioncer chez moi…

— Tu n’es pas en état de conduire. Tu es dangereux, et je serais obligée de m’arrêter si je te laissais prendre le volant.

— Murph, sauf si tu me règles mes honoraires sur-le-champ, je n’ai pas les moyens de prendre un taxi.

— Continue à rêver, Harry. T’inquiète pas, je vais te ramener chez toi.

— Je n’ai pas besoin de…

Mais elle était déjà sortie du bureau.

N’importe quoi, pensai-je. Je suis parfaitement capable de me débrouiller tout seul.

Je m’assis avant de me remettre debout.

Enfin, j’essayai. Je réussis presque à m’asseoir, mais j’eus la nausée avant d’avoir fini l’opération.

Au retour de Karrin, j’étais roulé en boule et j’empestais le vomi. Pour une fois, elle ne dit rien. Elle se contenta de s’agenouiller pour m’essuyer la bouche et me remettre un linge humide sur le front.

J’ai de vagues souvenirs de mon transport jusqu’à la voiture et du rapatriement dans mon appart. Je me rappelle avoir donné à Murphy mes clés de bagnole et avoir grommelé quelque chose au sujet de Mike et de la dépanneuse.

Ce dont je me souviens surtout, c’est de la fraîcheur de ses petits doigts nerveux sur ma grande main pataude. Je crois qu’elle m’a menacé et engueulé pendant tout le trajet, mais je n’oublierai jamais qu’elle m’a tenu la main jusqu’à l’arrivée, comme pour être certaine que j’étais toujours avec elle. Ou pour m’assurer qu’elle n’allait pas me laisser tomber.

Si je suis prêt à me mettre en quatre pour Murphy, il y a une raison. C’est une fille bien, une des meilleures.

Nous sommes arrivés un peu avant midi. Karrin m’a aidé à monter et elle a ouvert la porte, encaissant la charge de Mister, qui se précipita pour se frotter contre ses jambes. Sa petite taille lui confère peut-être un avantage, car elle broncha à peine sous l’assaut, contrairement à moi, d’habitude. À moins que ce ne soit un truc d’aïkido.

— Bon sang, il fait sombre ici !

Murphy appuya sur l’interrupteur, mais les ampoules avaient grillé la semaine précédente et je n’avais pas assez d’argent pour en racheter. Elle m’allongea sur le canapé et alluma des bougies avec les braises du foyer.

— Très bien, murmura-t-elle. Je te mets au lit.

— Si tu insistes.

Le téléphone sonna. Il était à portée de main, et je décrochai.

— Dresden, grognai-je.

— Monsieur Dresden ? Ici Linda… Linda Randall. Vous vous souvenez de moi ?

Tu parles ! Les hommes oublient-ils la scène où Marilyn se tient au-dessus de la grille de métro ? Je me souvins de son regard et imaginai des choses incompatibles avec une âme de gentleman.

— Êtes-vous nue ? demandai-je.

Il me fallut moins d’une seconde pour comprendre ce que je venais de dire. Flûte !

Murphy leva un sourcil, puis alla refaire mon lit pour me laisser un peu d’intimité. J’étais soulagé. Mon ânerie m’avait débarrassé de Karrin avec plus d’efficacité que n’importe quel mensonge. Un Harry dans les choux n’était peut-être pas pour autant un Harry foutu.