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Je me rembrunis.

Je n’y avais pas pensé. Y avait-il eu un orage mercredi soir ? Oui, la foudre m’avait réveillé un peu avant l’aube. Le meurtrier s’en serait servi pour alimenter ses sorts ? Possible. Ça valait le coup de creuser. Cela dit, cette source de magie est souvent trop instable et volatile pour être utilisée d’une manière aussi délicate et ciblée.

Un nouvel éclair. Je comptai trois ou quatre secondes avant que le bruit ne me parvienne. Si le tueur utilisait la foudre, et s’il comptait récidiver, il frapperait cette nuit.

Je frissonnai.

Mon estomac grognant, je me tournai vers des considérations plus matérielles. Ma tête allait mieux, et je n’étais plus vaseux. Mon ventre me torturait. Comme beaucoup de grands types maigres, je n’arrête pas de manger, mais ça ne reste jamais bien longtemps. Je me demande pourquoi.

Je me traînai jusqu’à la cuisine pour allumer le four.

— Mister ? appelai-je. Tu as faim, mon chat ? Je prépare des burgers…

La foudre frappa de nouveau, plus proche cette fois, et le tonnerre la suivit de peu. L’éclair fut assez brillant pour traverser mes soupiraux et s’imprimer sur ma rétine. Mais cette lumière me révéla la cachette du gros chat gris.

Le matou était perché au sommet d’une des bibliothèques, à l’opposé de la porte d’entrée qu’il surveillait, les yeux luisant dans le clair-obscur. Tout chat de compagnie empâté qu’il fut, il était en alerte, le regard rivé sur la porte et les oreilles pliées vers l’avant. S’il avait toujours eu sa queue, elle aurait zébré l’air nerveusement.

On frappa.

La météo me rendant peut-être un peu nerveux, j’étendis mes sens pour détecter une menace éventuelle. L’orage bouleversant mes perceptions, tant physiques que spirituelles, je parvins simplement à repérer une personne derrière la porte.

Je cherchai le flingue dans mes poches, mais me souvins de l’avoir laissé dans le laboratoire, la veille. Et je ne l’avais pas récupéré avant d’aller au commissariat. Je ne sais pas pourquoi, mais les flics détestent les civils qui agitent des pistolets en leur présence. Bref, l’arme était hors de ma portée.

Brusquement, la visite de Linda Randall me revint en mémoire. Je maudis ma couardise et ma journée passée à dormir. Je me maudis d’empester comme si je n’avais pas pris de douche depuis une semaine et de ne m’être ni peigné ni rasé – ou n’importe quoi d’autre qui aurait amélioré mon apparence effroyable. Tant pis. J’avais l’impression que Linda était au-dessus de ça. Elle craquait peut-être pour les types qui sentent l’homme.

J’allai ouvrir en me passant la main dans les cheveux – et en tentant de ne pas trop avoir l’air penaud.

Protégée par son parapluie, Susan Rodriguez attendait sous le déluge. Elle portait un manteau kaki sur une superbe robe noire. Des perles ornaient ses oreilles et son cou. Mon apparence la prit de court.

— Harry ?

Mon dieu, j’avais oublié mon rencard avec Susan ! Comment était-ce possible ? Je ne pouvais décemment pas mettre ça sur le compte de la Blanche Confrérie, de la police, des vampires, des fractures, des drogués, des boss de la mafia – sans parler du truand et de sa batte de base-ball…

Si ! Aucune femme ne pouvait être assez exceptionnelle pour effacer tout ça. Mais je n’en étais pas moins un rustre.

— Salut, Susan, soufflai-je en regardant derrière elle.

Susan m’avait dit quelle heure ? Neuf heures ? Et Linda ? Huit ? Non ! Elle avait dit ça au début, puis on avait opté pour une heure plus tard. Neuf heures. Doux Jésus, il y avait de l’Urgo dans l’air.

Susan lut en moi comme dans un livre ouvert.

— Tu attendais quelqu’un d’autre, Harry ?

— Pas vraiment, enfin, peut-être… Écoute, entre déjà, tu es trempée.

Ce n’était pas entièrement vrai… j’étais trempé, car le vent propulsait la pluie à l’intérieur.

Susan eut un petit rictus de prédateur et me frôla en repliant son parapluie.

— Tu habites ici ?

— Non, c’est ma résidence estivale de Zurich.

Mon invitée me jeta un regard noir en me tendant son manteau que je pendis à la patère, près de la porte.

Elle me tourna le dos et je découvris que sa robe aux longues manches serrées dévoilait son dos jusqu’aux hanches. Je l’aimais beaucoup. Susan me laissa à mes turpitudes, s’approcha de la cheminée puis se retourna, l’air narquois, avant de s’asseoir langoureusement sur le canapé. Ses cheveux noirs coiffés en chignon révélaient son cou gracile. Sa peau était une vraie publicité pour quelque chose de doux et de merveilleux. Elle eut une moue malicieuse et me dévisagea.

— On a fait des heures sup pour la police, Harry ? Ces meurtres doivent être exceptionnels. Un gros bonnet de la pègre assassiné par magie… Tu veux faire une déclaration ?

Je me rembrunis. Elle était toujours en chasse pour son foutu canard !

— Bien entendu, répondis-je, la prenant de court. Mais d’abord, je vais me doucher. Je reviens tout de suite. Mister, tu surveilles la dame, d’accord ?

Susan leva les yeux au ciel puis étudia le gros chat gris toujours perché sur l’étagère. Le greffier agita une oreille avant de reprendre sa surveillance de la porte.

Encore un coup de tonnerre.

J’allumai quelques bougies et en emportai une dans la salle de bains.

Réfléchis, Harry ! Réveille-toi ! Que ferait MacGyver dans une telle situation ?

Pour commencer, il se laverait.

Je sentais le bouc.

Passe-toi la tête sous l’eau fraîche et remue tes méninges. Linda Randall arrive d’une minute à l’autre, et il faut empêcher Susan de fouiner dans cette affaire de meurtre.

La problématique posée, je me congratulai avant de me ruer sous la flotte. Je n’utilise pas de ballon d’eau chaude, du coup j’ai l’habitude de l’eau froide. D’ailleurs, si on réfléchit au nombre de filles que je rencontre – moi, et les magiciens en général –, la douche froide est de rigueur.

J’étais en train de me shampouiner quand la météo s’aggrava. Nous étions en plein cœur de l’orage et la maison en prenait pour son grade. Avec le feu d’artifice d’éclairs, on y voyait presque comme en plein jour, et le tonnerre devenait assourdissant. Pourtant, j’aperçus un mouvement par la petite fenêtre (pudiquement munie d’un rideau) de la salle de bains. Quelqu’un descendait les marches vers mon appartement.

Je vous ai déjà parlé de mon succès plus que relatif avec les femmes ? Une nuit comme celle-là en est le parfait exemple.

Je paniquai.

Je sortis de la douche, la tête encore mousseuse, me nouai une serviette autour de la taille et me précipitai dans l’entrée.

Hors de question de laisser Susan ouvrir à Linda ! Je n’ai jamais aimé le dressage de fauves, surtout quand c’est moi qui récolte les coups de griffe !

J’émergeai dans le salon au moment où Susan actionnait la poignée. Un nouveau coup de tonnerre couvrit le déclic de la clenche. J’entendis autre chose.

Un bruit de crachat et des grondements. Mister était debout, la fourrure hérissée, la gueule grande ouverte, ses yeux étincelants rivés sur la porte.