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Un pistolet a un mécanisme simple. Un revolver, lui, confine au très simple. Des engrenages, des ressorts, et un marteau dont l’impact enflamme la poudre. En général la magie a du mal à lutter contre la physique.

Le flingue cracha ses six projectiles.

Les deux premiers se perdirent dans la nature. Les deux suivants s’enfoncèrent dans le cuir du démon avant de ricocher, comme je le craignais, nous menaçant bien plus que la créature. Le cinquième passa entre ses jambes torses.

Le sixième toucha le monstre entre les deux yeux, le projetant en arrière et lui arrachant un cri de colère.

Ahuri, je pris Susan par le poignet.

— Au sous-sol !

Elle lâcha le revolver et nous dévalâmes les marches sans prendre la peine de refermer la trappe. De toute manière, le démon pouvait défoncer le sol… En laissant la trappe ouverte, je saurais par où il passerait, ça lui éviterait de bousiller le plancher et de me tomber sur la tête.

D’une pensée, j’illuminai la pièce.

Les orbites de Bob s’embrasèrent et il pivota vers moi.

— Harry ? C’est quoi ce foutoir, bon sang ? Ha, là là ! Quelle pin-up !

— Qu’est-ce que c’est que ça ? demanda Susan.

— Ignore-le, dis-je.

Suivant mon propre conseil, je filai dans le fond de la pièce pour déblayer l’immonde tas de boîtes, de chiffons et de cahiers.

— Vite ! Aide-moi à dégager cet endroit !

Susan obéit, et je maudis mon manque d’organisation qui avait transformé cette zone du laboratoire en dépotoir. Difficile d’accéder au cercle de cuivre incrusté dans le sol, cet anneau qui pouvait contenir un démon, ou l’empêcher d’approcher ?

— Harry ! glapit Bob. Il y a un… heu… putain de Crapaud de l’Enfer qui descend !

— Je sais, Bob, je sais.

Je poussai rageusement une pile de cartons tandis que Susan écartait des piles de papiers pour dégager la couronne métallique d’un diamètre de quatre-vingt-dix centimètres. Je pris sa main et l’attirai dans la surface protectrice.

— Que se passe-t-il ? gémit-elle, terrifiée.

— Reste près de moi, soufflai-je.

Elle se colla à moi.

— Il te voit, Harry, continua Bob. Il va te cracha un truc dessus !

Je n’avais pas le temps de vérifier les pronostics du crâne. Je m’accroupis et passai ma crosse sur le cercle en lui insufflant assez de pouvoir pour nous protéger de la créature. L’anneau s’activa, puis un bouclier invisible s’éleva autour de nous.

Quelque chose s’écrasa à quelques centimètres de mon visage. L’acide gras fumait en dégoulinant le long de la barrière éthérée. À une seconde près, je n’aurais plus eu de tête. Quelle joie !

Je tentai de reprendre ma respiration en me relevant, très attentif à ne rien laisser dépasser, ce qui aurait eu pour effet de rompre le circuit et d’annuler la protection. Mes bras tremblaient et j’avais les jambes en guimauve. Susan n’avait pas l’air d’aller mieux.

Le démon entra dans la lumière du bâton – une initiative que je regrettai amèrement. Il était laid, difforme, immonde et couvert de muscles. Faute d’une meilleure description, disons qu’il ressemblait vraiment à un crapaud gluant. Il nous étudia avant de lancer contre le bouclier son poing qui rebondit dans une pluie de flammèches. L’abomination émit un ululement à vous glacer le sang.

Dehors l’orage continuait, son fracas assourdi par les murs épais de la cave.

Susan, toujours collée à moi, était au bord des larmes.

— Pourquoi ne pas nous achever ? Il attend quoi ?

— Il ne peut pas, répondis-je. Il lui est impossible de nous atteindre ou d’entrer dans l’anneau. Tant qu’on ne rompt pas le cercle, on est en sécurité.

— Mon Dieu ! Et ça va durer combien de temps ?

— Jusqu’à l’aube. Quand le soleil se lèvera, il devra partir.

— Mais le soleil ne pénètre pas dans ce sous-sol !

— Ça ne marche pas comme ça… Il est relié à son invocateur par une espèce de chaîne énergétique. Dès que le soleil se lève, la chaîne est rompue et il disparaît comme une bulle de savon sèche.

— C’est quand, l’aube ?

— Dans une dizaine d’heures.

— Oh ! soupira Susan en posant la tête contre mon torse nu.

Le Crapaud de l’Enfer tournait autour du cercle en cherchant une faille. Il n’en trouverait aucune. Je fermai les yeux en essayant de réfléchir.

— Heu, Harry ? commença Bob.

— Pas maintenant !

— Mais, Harry…

— Bon sang, Bob ! J’essaie de me concentrer ! Si tu veux m’aider, explique-moi pourquoi la potion d’évasion n’a pas marché !

— Harry ! râla le crâne. C’est de ça que je veux te parler !

— Il fait chaud ici ou c’est moi ? demanda Susan d’une voix étrangement rauque.

Je fus pris d’un soupçon atroce, je regardai Susan, et un poids me tomba sur les épaules. Impossible. Non. Ce n’était pas vrai !

— On va mourir, n’est-ce pas, Harry ? Tu n’as jamais pensé à faire l’amour juste avant la fin ?

Elle m’embrassa la poitrine.

C’était bon. Vraiment très agréable. Je tentai d’oublier ce dos nu offert à ma main.

— J’y ai souvent pensé, moi…

— Bob ! meuglai-je.

— J’ai essayé de te prévenir ! Elle a pris la mauvaise potion et l’a avalée d’un trait ! Cela dit, tu ne peux pas nier son efficacité.

Le crâne se tourna vers moi et ses orbites s’illuminèrent davantage.

Susan léchait mon torse, se frottant à moi d’une manière totalement obscène et assez plaisante.

— Bob ! Je te jure que je vais t’enfermer dans un coffre-fort pendant les deux cents prochaines années !

— Ce n’est pas ma faute !

Les yeux proéminents du démon suivaient le spectacle. Il déblaya un coin de la pièce et s’assit sur ses énormes fesses. Il nous fixait, comme un chat qui attend qu’une souris sorte de son trou.

La journaliste me jeta un regard libidineux et chercha à m’allonger sur le sol.

Hors du cercle de protection.

Bob continuait de clamer son innocence.

Qui a dit que je ne sais pas distraire les dames ?

Chapitre 14

Susan s’accrocha à mon cou et attira ma tête vers elle pour m’embrasser. Comme tous les baisers, c’était plutôt, heu, intéressant. Très passionné, sincère, sans une trace de réflexion ou d’hésitation. En tout cas, pas de sa part. Quand je remontai à la surface pour prendre de l’air, après une minute, j’avais les lèvres en feu, et elle me regardait avec un regard lubrique.

— Prends-moi, Harry ! J’ai besoin de toi !

— Heu, Susan, je ne sais pas si c’est vraiment le moment.

Elle était sous l’emprise de la potion à présent. Pas étonnant qu’elle se soit reprise aussi vite, avant de remonter pour tirer sur le démon. La décoction avait dû la désinhiber au point de faire disparaître sa peur.

— Ta bouche dit non, minauda-t-elle en faisant voyager ses doigts vers mon intimité. Mais ça, ça dit oui !

Je me hissai sur la pointe des pieds, tentant de repousser ses mains tout en gardant mon équilibre.

— Ce truc ne raconte que des conneries !

Elle ne m’écoutait plus. La potion avait chargé sa libido comme l’esprit d’un kamikaze qui monte dans son avion.

— Bob ! Aide-moi !

— Je suis coincé dans ce crâne, Harry. Si tu ne me laisses pas sortir, je ne peux pas faire grand-chose…