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Je m’abritai de la pluie pour dessiner un cercle à la craie sur le béton. Après y être entré, je me grattai les ongles pour faire tomber entre mes pieds le sang qui étincela dans l’humidité ambiante.

L’étape suivante me prit un peu plus de temps, mais je décidai d’utiliser un sort de localisation de ma connaissance, plutôt que d’en élaborer un plus raffiné. Je m’arrachai des poils du nez et les mélangeai avec la peau et le sang de Patte-Folle. Enfin, je touchai le bord de l’anneau pour le fermer.

Rassemblant ma colère, ma peur, ma migraine et mes douleurs à l’estomac, je les projetai dans mon sort.

— Segui votro testatum !

Un flux d’énergie se focalisa autour de mon nez et j’éternuai plusieurs fois. Puis l’odeur de l’eau de Cologne monta à mes narines. Je me relevai, ouvris le cercle avant de le quitter. Puis je tournai lentement en rond : la piste venait du sud-ouest, vers les beaux quartiers de Chicago.

Je ris de nouveau. Ce fumier était à moi ! Je pouvais le pister jusqu’à Marcone – ou son véritable chef –, mais il fallait le faire tout de suite. Le sort ne fonctionnerait pas longtemps avec aussi peu de sang.

— Hé, mec ! lança un chauffeur de taxi par la vitre de sa voiture.

— Quoi ? répondis-je.

— T’es aveugle ? T’as pas appelé le central ?

J’eus un sourire mauvais, tout excité à l’idée de botter le cul de mon agresseur et de l’invocateur.

— En effet.

— Encore un dingue ! Monte.

Le type me regarda embarquer d’un air soupçonneux.

— On va où ?

— Deux arrêts, dis-je en lui donnant mon adresse.

Je m’installai sur la banquette et ma tête se tourna automatiquement vers la piste de ceux qui voulaient ma mort.

— Ça en fait un. Et le deuxième ?

Je fermai à demi les yeux. Il me fallait un peu de matériel. Mes talismans, mon bâton de combat, ma crosse et un fétiche d’une importance capitale. Après, j’allais avoir une sérieuse conversation avec un des criminels les plus dangereux de la ville.

— Je vous le dirai quand on y sera.

Chapitre 17

Nous atterrîmes à La Cafétéria, un club appartenant à Marcone situé en proche banlieue. Très animé, l’endroit attirait la plupart des étudiants du coin. Même à une heure et demie du matin, il y avait encore foule. Unique établissement ouvert à cette heure avancée de la nuit, c’était une boîte plutôt isolée dans un centre commercial désert.

— C’est dingue, murmura le chauffeur en conduisant.

Je lui donnai raison, après un moment de réflexion… Je l’avais entraîné dans le dédale des rues en suivant Patte-Folle avec mon flair magique. Aussitôt lancé, le sort commençait déjà à se dissiper – je n’avais pas assez de matière première pour le faire durer –, mais il avait tenu assez longtemps pour nous conduire jusqu’à La Cafétéria et à la voiture de ma brute, garée dans le parking de la boîte.

Je m’approchai des fenêtres et repérai vite un box contenant Johnny Marcone, ce gros bœuf de Hendricks, Patte-Folle et Pic-à-Glace. Me baissant rapidement pour éviter de me faire remarquer.

Je retournai dans le parking afin de préparer ma stratégie.

Un bracelet à chaque poignet. Un anneau, mon bâton de combat. Ma crosse.

J’envisageai tous les moyens subtils et ingénieux qui feraient pencher la situation en ma faveur. Des illusions habiles, une chute de tension ou une baisse de pression, une invasion spontanée de rats ou de cafards. J’avais le choix. Peu de mes confrères disposent d’une magie aussi polyvalente, et ils sont encore moins nombreux à pouvoir y faire appel sans une certaine préparation.

Mes talismans étaient chargés à bloc. Mon anneau était au même niveau. J’invoquai la puissance de ma crosse et de mon bâton, la force tranquille du bois et la rage contenue du feu.

Puis je me postai devant la porte de La Cafétéria.

Et la fis sauter hors de ses gonds.

Je l’arrachai, et des éclats ricochèrent contre mon bouclier d’air avant de retomber dans le parking derrière moi. Je n’avais aucune envie de blesser des innocents à l’intérieur.

On n’a qu’une seule chance de faire une bonne première impression.

La porte envolée, je pointai mon bâton de combat et prononçai un mot de pouvoir. Le juke-box s’écrasa contre le mur comme si un boulet de canon l’avait percuté, avant de se transformer en une mare de plastique fondu. Les baffles grésillèrent et la musique s’arrêta. Je relâchai l’énergie de l’anneau, en couvrant toute la salle. Toutes les ampoules explosèrent dans des nuages de fragments de verre et d’acier. Les clients réagirent comme la plupart des gens confrontés à une situation pareille : ils hurlèrent, se levèrent ou se cachèrent sous les tables. Quelques-uns s’enfuirent par l’issue de secours.

Le silence tomba brutalement.

Tous les regards étaient rivés sur l’entrée.

Sur moi.

À la table du fond, Johnny Marcone contemplait la scène de ses yeux impassibles couleur de dollar. À côté, M. Hendricks me scrutait, un sourcil assez froncé pour l’aveugler à moitié. Pic-à-Glace, lui, était blanc comme un linge. Patte-Folle me dévisageait, terrifié. Aucun ne fit le moindre geste, ni ne pipa mot. Voilà ce qui arrive quand on est témoin de la colère d’un magicien.

— Petit cochon, petit cochon, laissez-moi entrer, lâchai-je en plantant mon bâton dans le sol et en fixant Marcone. Il faudrait que nous discutions, John.

Le boss me regarda un moment, puis ses lèvres esquissèrent un sourire.

— Vous savez vous montrer persuasif, monsieur Dresden, répondit-il.

Johnny Gentleman Marcone se leva, sans jamais me quitter des yeux. Il devait être furieux, mais il affichait un calme glacial.

— Mesdames et messieurs, il semble que La Cafétéria fermera plus tôt ce soir. Je vous prie de sortir calmement par les issues les plus proches. Ne vous occupez pas de l’addition. Monsieur Dresden, pourriez-vous libérer la porte pour laisser partir ma clientèle ?

Je m’écartai. Tout le monde s’enfuit, personnel compris. Je restai seul avec Marcone, Hendricks, Pic-à-Glace et Patte-Folle. Personne ne bougea avant la disparition du dernier client – du dernier témoin. Mon agresseur suait comme un cochon. Hendricks n’avait pas cillé. Ce colosse avait la patience d’un prédateur prêt à fondre sur un cerf imprudent…

— Rendez-moi mes cheveux, lançai-je dès que la porte se fut refermée.

— Je vous demande pardon ? répondit Marcone.

Il inclina la tête d’un côté, l’air sincèrement pris au dépourvu.

Je désignai Patte-Folle avec mon bâton de combat.

— Vous avez très bien entendu. Ce petit fumier ma sauté dessus près de la station-service pour me voler des cheveux. Rendez-les moi ! Je ne finirai pas comme Tommy Tomm !

Furieux, Marcone tourna lentement la tête vers son employé.

Le gros visage de Patte-Folle prit une teinte crayeuse. Une goutte de sueur perla le long de sa tempe.

— Je ne sais pas de quoi il parle, patron.

— Je suppose que M. Dresden est venu avec des preuves, dit-il sans quitter le truand des yeux. !

— Examinez son poignet gauche. Il porte des traces de griffures.

Marcone hocha la tête, son regard de tigre rivé dans celui de Patte-Folle.

— Alors ? demanda-t-il presque gentiment.

— Il ment, boss ! répondit le porte-flingue en se léchant les lèvres. C’est ma copine qui ma fait ces marques. Il le sait. C’est vous qui l’avez dit, c’est un vrai mage, il voit des trucs…