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« Je vous ai parlé du Tibétain qui sortait d’un trou, au milieu de la route ? lui demanda Newt, en se détendant un peu.

— Oh, je les connais, dit-elle en brassant les papiers sur la table. Ils ont tous les deux émergé au milieu de ma pelouse, hier. Les malheureux avaient l’air complètement perdus. Je leur ai fait une tasse de thé, et puis ils m’ont emprunté une pelle et ils ont replongé. Je ne crois pas qu’ils sachent vraiment ce qu’ils sont censés faire. »

Newt se sentit légèrement ulcéré. « Comment saviez-vous que c’étaient des Tibétains ?

— Et vous ? Comment le savez-vous ? Il a fiait Ommmmm quand vous l’avez heurté ?

— Ben, ilc il avait une tête de Tibétain. Robe safran, crâne raséc vous savez, quoic tibétain.

— L’un des miens parlait très bien anglais. À ce qu’il m’a dit, il était en train de réparer des radios à Lhassa, et le voilà qui se retrouve tout à coup dans un tunnel. Il ne sait absolument pas comment il va rentrer chez lui.

— Si vous lui aviez dit d’aller jusqu’à la route, la soucoupe volante aurait pu faire un crochet pour le déposer, répondit Newt sur un ton morose.

— Trois extraterrestres ? Dont un petit robot métallique ?

— Parce qu’ils ont atterri sur votre pelouse, eux aussi ?

— S’il faut en croire la radio, c’est sans doute le seul endroit où ils n’ont pas encore atterri. Ils n’arrêtent pas de se poser partout dans le monde en apportant un petit message banal de paix cosmique, et quand les gens leur disent : « Oui, et après ? », ils les regardent sans comprendre et redécollent. Des signes et des présages, comme l’annonçait Agnès.

— Je suppose que vous allez me dire qu’elle avait prévu tout ça ? »

Agnès fouilla un classeur à fiches usagé en face d’elle.

« Je voulais tout mettre sur ordinateur, dit-elle. Procéder à des analyses statistiques du texte et tout ça, vous voyez ? Ce serait beaucoup plus pratique. Les prophéties sont rangées dans n’importe quel ordre, mais il y a des indices : l’écriture, etc.

— Elle a tout rédigé dans un classeur à fiches ?

— Non. Dans un livre. Mais jec euh, je l’ai égaré. Nous en avons toujours gardé des copies, bien entendu.

— Tiens ? Égaré ? fit Newt, tentant d’injecter un zeste d’humour dans la situation. Je parie que ça, elle ne l’avait pas prévu ! »

Anathème lui jeta un coup d’œil noir. Si un regard avait pu tuer, Newt aurait été étendu sur une table d’autopsie.

Puis elle poursuivit : « Mais nous avons établi une concordance impressionnante, au fil des ans, et mon grand-père a mis au point un système de références très utilec ah. Nous y voilà. »

Elle poussa une feuille de papier devant Newt.

3988. Quand hommes crocus viendront de terre et hommes verts des cieux, et point ne sçauront pourquoi, quand les barres de Pluton quitteront les ca ftels de la foudre, que parai ftront les continents engloutis, que Leviathan sera libre, que Bra fil verdiroit, que Troys s’assembleront et que Quatre se lèveront sur cavales de fer, je vous le dicz : la fin sera proche.

... Crocus = safran

(cf. 2003)c des extra-terrestresc ??c

parachutistes ?c

centrales nucléaires

(voir coupures de presse N‹ 798-806)c l’Atlantide, coupures 812-819c

Léviathan = baleine (cf. 1981) ?c L’Amérique du Sud est verte ?? 3 = 4 ? Trains (chemin de fer) (cf. 2675)

« Pour celui-ci, je n’avais pas tout compris à l’avance, reconnut Anathème. J’ai complété en écoutant les bulletins d’informations.

— Vous devez être redoutables pour les mots croisés, dans la famille.

— De toute façon, je crois qu’Agnès commence un peu à perdre pied. Ses histoires de Léviathan, d’Amérique du Sud, et ses trois et ses quatre pourraient s’appliquer à n’importe quoi. » Elle soupira. « Le problème, ce sont les journaux. On ne sait jamais si Agnès ne fait pas référence à un incident infime qu’on a pu manquer. Vous savez le temps que ça prend, de lire tous les quotidiens,chaque matin, jusqu'à la dernière ligne ?

— Trois heures dix minutes », répondit Newt, machinalement.

« Chuppose qu’on va avoir une médaille, déclara Adam avec optimisme. Tirer un homme d’une épave en flammes.

— Elle était pas en flammes, intervint Pepper. C’était même pas vraiment une épave quand on l’a remise à l’endroit.

— Oui, mais ça aurait pu, lui expliqua Adam. Je vois pas pourquoi on n’aurait pas de médaille, simplement parce qu’une bagnole est trop nulle pour prendre feu quand il faudrait. »

Ils étaient debout autour du trou, et regardaient à l’intérieur. Anathème avait appelé la police, qui l’avait attribué à un effondrement de terrain localisé, et ceinturé de cônes de signalisation ; c’était un trou très sombre et très profond.

« Ça pourrait être marrant d’aller au Tibet, fit Brian. On pourrait apprendre les arts martiaux, tout ça. J’ai vu un vieux film où y avait une vallée au Tibet, et tout le monde vivait des siècles et des siècles. Elle s’appelait Shangri-La.

— La maison de ma tante s’appelle pareil », signala Wensleydale.

Adam exprima sa dérision par un renâclement.

« C’est pas très malin de donner un nom de maison à une ville, dit-il. Pourquoi pas Sam Suffitouc ou Les lauriers-roses ?

— En tout cas, c’est mieux que Chamboula, répliqua Wensleydale.

— Shambala, corrigea Adam.

— Si ça se trouve, c’est le même endroit. Doit y avoir deux noms », dit Pepper, faisant preuve d’un sens de la diplomatie dont elle n’était guère coutumière. « Comme chez nous. Ça s’appelait Le Pavillon. Et puis on a changé le nom quand on a emménagé : on a mis Norton View .Mais on continue à recevoir du courrier adressé à Théo C. Cupier, Le Pavillon .Peut-être que c’est Shambala maintenant, mais que les gens l’appellent encore Les lauriers-roses. »

Adam jeta un caillou dans le trou. Il commençait à se lasser des Tibétains.

« Qu’est-ce qu’on fait, à présent ? demanda Pepper. Ils lavent les moutons, à la ferme de Norton Bottom. On pourrait aller les aider. »

Adam jeta un caillou plus gros dans le trou et attendit un bruit de chute. Il n’y en eut pas.

« Chais pas, dit-il avec un peu de hauteur. Je suppose qu’on devrait faire quelque chose pour les baleines, et les forêts, et tout.

— Quoi, par exemple ? » demanda Brian, qui avait un faible pour les activités ludiques accompagnant tout décrassage de moutons qui se respecte. Il entreprit de vider ses poches de tous ses paquets de chips et les jeta un par un dans le trou.

« On pourrait aller à Tadfield, cet après-midi et pas s’acheter un hamburger, suggéra Pepper. Si on est quatre à pas en acheter, ça fait des millions d’hectares de forêt tropicale qu’ils devront pas raser.

— Ils les raseront de toute façon, fit Wensleydale.

— C’est encore la matérialisme grasse, dit Adam. Pareil pour les baleines. C’est pas croyable, tout ce qui se passe. » Il regarda Toutou.

Il se sentait vraiment bizarre.

Le petit bâtard, remarquant qu’on s’intéressait à lui, se dressa sur ses pattes de derrière.

« C’est des gens comme toi qui bouffent toutes les baleines, le gronda Adam. Je parie que t’en as presque mangé une à toi tout seul. »

Toutou inclina la tête de côté et poussa un gémissement, tandis que l’ultime étincelle de sa nature satanique se méprisait pour une telle conduite.

« Ça va être un beau monde, quand on sera grand, dit Adam. Plus de baleines, plus d’air, et tout le monde en train de barboter parce que le niveau des mers aura monté.