« Il fait un temps bizarre, vous ne trouvez pas ? dit-il, avec un air niais.
— Vous trouvez ? Franchement, je n’avais rien remarqué. » Et il repartit en marche arrière dans son auto en feu.
« C’est sans doute parce que votre voiture est en train de brûler », lança sèchement R. R Tyler. Il tira brutalement sur la laisse de Shutzi pour le ramener au pied.
À l’attention du rédacteur en chef,
Monsieur,
J’aimerais déplorer dans ces colonnes la tendance de plus en plus marquée qu’ont certains jeunes gens, de nos jours, à négliger des conseils de sécurité routière parfaitement raisonnables quand ils sont au volant. Ce soir, je me suis vu demander la route par un monsieur dont la voiture étaitc
Non.
Qui conduisait une voiture qui.
Non.
Elle était en feuc
D'une humeur qui empirait à vue d’œil, R. R Tyler parcourut d’un pas rageur la distance qui le séparait du village.
« Holà ! s’exclama R. R Tyler. Young ! »
M r Young était dans le jardin, devant sa maison, assis sur sa chaise longue, en train de fumer sa pipe.
La situation tenait plus à la découverte récente par Deirdre des dangers de la tabagie passive et à la mise hors la loi de toute fumée dans la maison qu’il n’aurait tenu à l’admettre devant ses voisins. Son humeur s’en ressentait. Comme de s’entendre appeler Youngpar M r Tyler.
« Oui ?
— Votre fils, Adam. »
M r Young poussa un soupir. « Qu’a-t-il encore fait ?
— Vous savez où il est ? »
M r Young consulta sa montre. « Il se prépare à aller au lit, j’imagine. »
Tyler sourit, un sourire crispé, triomphant « J’en doute fort. Je l’ai vu, accompagné de ses petits démons et de cet abominable bâtard, il y a moins d’une demi-heure, qui se dirigeait vers la base aérienne. »
M r Young continua de tirer sur sa pipe.
« Vous n’ignorez pas qu’ils sont très stricts, là-bas », insista M r Tyler, au cas où M r Young n’aurait pas compris le message.
« Vous savez combien votre fils se plaît à tripoter les boutons et à faire des bêtises », ajouta-t-il.
M r Young retira la pipe de sa bouche et en examina pensivement le tuyau.
« Hmp », dit-il.
« Je vois », ajouta-t-il.
« Très bien », acheva-t-il.
Et il rentra chez lui.
Au même instant précisément, quatre motos s’arrêtaient avec un chuintement à quelques centaines de mètres du portail principal. Les motards coupèrent les gaz et remontèrent la visière de leur casque. Enfin, trois d’entre eux, en tout cas.
« J’espérais qu’on franchirait la barrière de force, remarqua Guerre avec regret.
— Ça ne servirait qu’à créer des problèmes, répondit Famine.
— Parfait.
— Non, des problèmes pour nous, je veux dire. Les lignes électriques et téléphoniques sont sans doute coupées, mais ils possèdent probablement des générateurs et ils doivent avoir la radio. Si la nouvelle que des terroristes ont envahi la base commence à se répandre, les gens vont se mettre à agir comme la logique l’exige, et tout le Grand Plan tombe à l’eau.
— Hm. »
On entre, on fait le travail, on ressort et on LAISSE AGIR LA NATURE HUMAINE, FIT LA MORT.
« Je n’avais pas imaginé les choses comme ça, les mecs, dit Guerre. Je n’ai pas attendu des milliers d’années pour faire mumuse avec quelques fils électriques. On peut difficilement qualifier ça de spectaculaire.Albrecht Dürer n’a pas perdu son temps à graver sur bois l’image des Quatre Pousse-Bouton de l’Apocalypse, là-dessus, vous pouvez me faire confiance.
— Je m’attendais à ce qu’il y ait des trompettes, renchérit Pollution.
— Il faut se dire que ce sont juste les travaux préliminaires, expliqua Famine. La chevauchée viendra ensuite. Une vraie chevauchée, sur les ailes de la tempête et tout le tremblement. Il faut savoir s’adapter.
— On n’était pas censés rencontrerc quelqu’un ? » s’enquit Guerre.
Il n’y avait aucun bruit en dehors des petits claquements métalliques produits par les moteurs en train de refroidir.
Puis Pollution déclara, lentement : « Vous savez, je ne peux pas dire que j’imaginais l’endroit comme ça, moi non plus. J’aurais plutôt vu, je ne sais pas, moic une grande ville. Ou un grand pays. New York, par exemple. Ou Moscou. Ou même Armaguedon. »
Il y eut un nouveau silence.
Puis Guerre se décida : « Mais Armaguedon, c’est où, exactement ?
— C’est marrant que tu demandes ça, dit Famine. Je m’étais toujours dit que j’allais me renseigner.
— Il existe un Armaguedon en Pennsylvanie, dit Pollution. Ou peut-être dans le Massachusetts, quelque part par là. Tout un tas de types avec de longues barbes et des chapeaux noirs, bien sérieux.
— Naaan, repartit Famine. C’est quelque part en Israël, je crois.
Le Mont Carmel.
« Je croyais qu’on cultivait les avocats, là-bas. »
Et la fin du Monde.
« Vraiment ? Ça représente un sacré avocat à faire pousser, ça.
— Il me semble que j’y suis déjà passé, fit remarquer Pollution. L’antique cité de Megiddo. Juste avant qu’elle s’écroule. Un endroit très agréable. La porte royale était très intéressante. »
Guerre considéra la verdure qui les entourait.
« Eh ben, on a sûrement dû se tromper de route quelque part. »
LES CONSIDÉRATIONS GÉOGRAPHIQUES N’ONT AUCUNE IMPORTANCE.
« Vous dites, monseigneur ? »
Si Armaguédon est quelque part, elle est partout.
« C’est bien vrai, approuva Famine. Ce n’est plus une question de quelques hectares de broussailles et de chèvres. »
Il y eut encore un silence.
Allons-y.
Guerre toussota discrètement. « Maisc je pensais quec qu’ilnous accompagneraitc ? »
La Mort rajusta ses gants.
C’EST UN TRAVAIL POUR LES PROFESSIONNELS, affirma-t-il d’un ton catégorique.
☠
Après coup, le sergent Thomas A. Deisenburger se souvint que les événements s’étaient déroulés ainsi :
Une grosse voiture de l’état-major était arrivée au portail. Elle était élancée et avait une allure officielle, bien que, après coup, cependant, il ne soit plus complètement sûr de savoir pourquoi il avait eu cette impression, pas plus que celle, brièvement, quelle était mue par des moteurs de moto.
Quatre généraux en descendirent. Là encore, le sergent hésitait pour dire ce qui lui avait fait penser ça. Leurs papiers étaient en ordre. De quel genre de papiers il s’agissait, il l’admit, il ne s’en souvenait pas précisément. Mais ils étaient en ordre. Il salua.
Et l’un d’eux déclara : « Inspection surprise, soldat. »
Ce à quoi le sergent Thomas A. Deisenburger répondit : « Mon général, on ne m’a pas informé de la tenue d’une inspection surprise à cette date, mon général.
— Bien sûr que non, répondit un des généraux. Puisque c’est une surprise. »
Le sergent salua à nouveau.
« Mon général, permission de confirmer cette information auprès du commandant de la base, mon général », demanda-t-il, mal à l’aise.
Le plus grand et le plus maigre des généraux s’écarta légèrement du groupe, tourna le dos et croisa les bras.
L’un des autres passa amicalement le bras autour des épaules du sergent et se pencha en avant, comme un conspirateur.
« Allons, voyonsc » Il plissa les yeux pour mieux lire le badge du sergent « c Deisenburger, je vais peut-être vous faire une fleur. C’est une inspection surprise, vous saisissez ? Surprise. Ça signifie qu’il est interdit de bondir sur la sirène dès qu’on aura franchi la grille, c’est bien entendu ? On ne quitte pas son poste, non plus. Un militaire de carrière comme vous, je suppose que vous comprendrez, n’est-ce pas ? » ajouta-t-il avec un clin d’œil. « Sinon, vous allez vous retrouver cassé à un grade si inférieur que vous devrez saluer les démons mineurs. »