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envoyé sa conseillère la plus proche en première ligne ? Zach Herney faisait donner ses armes ultimes, et Sexton se félicita de ce signal.

Plus rude est l‘adversaire, plus dure sera sa chute, songea-t-il.

Le sénateur ne doutait pas que Tench serait un rude adversaire mais, en scrutant la femme, Sexton ne put s‘empêcher de penser que le Président avait fait une fameuse erreur de jugement. Marjorie Tench était la créature la plus laide qu‘il ait jamais vue. En ce moment, affalée dans son fauteuil, tirant nerveusement sur une cigarette, son bras droit remontant régulièrement à ses lèvres, elle avait tout d‘une mante religieuse géante.

Quel dommage ! pensa Sexton. Dire qu‘il y a des auditeurs qui ne verront pas ce visage...

Les rares fois où le sénateur Sexton avait aperçu dans un magazine la figure de momie de la conseillère en chef de la Maison Blanche, il n‘avait pu croire que c‘était l‘un des personnages les plus puissants de Washington qu‘il avait sous les yeux.

— Je n‘aime pas ça..., chuchota Gabrielle.

Sexton lui prêta une oreille distraite. Plus il réfléchissait à la question, plus il trouvait l‘occasion trop belle pour ne pas sauter dessus. La chance lui souriait décidément et, davantage que le visage si peu médiatique de Tench, c‘était la réputation de cette dernière qui allait lui porter bonheur : Marjorie Tench était l‘un des plus solides soutiens de la NASA. Pour beaucoup d‘observateurs, c‘était son rôle d‘éminence grise et ses pressions incessantes qui expliquaient l‘aide inconditionnelle de la Maison Blanche à une agence spatiale en pleine déconfiture.

Sexton se demanda si le Président ne punissait pas Tench pour tous ses mauvais conseils au sujet de la NASA. N‘est-il pas en train de jeter aux loups sa conseillère numéro un ?

Gabrielle Ashe observait Marjorie Tench à travers la vitre avec un malaise croissant. Le diable n‘était pas plus intelligent que la Tench et on ne l‘avait jamais vue participer à ce genre de débats. Deux éléments qui allumèrent un signal d‘alarme chez Gabrielle. Vu les positions de cette femme sur la recherche

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spatiale, on aurait pu croire à une erreur tactique de la part du Président. Mais Herney était tout sauf un idiot. Gabrielle en eut alors la quasi-certitude, la présence de cet insecte desséché n‘annonçait rien de bon.

Elle sentit que le sénateur savourait son succès par avance, ce qui n‘apaisa en rien son inquiétude. Sexton avait tendance à baisser la garde quand il avait trop confiance en lui. Les problèmes de la NASA avaient formidablement boosté ses indices de popularité dans les sondages, mais Sexton avait poussé son avantage un peu trop loin ces derniers temps.

Beaucoup de campagnes avaient été perdues par des candidats qui voulaient arracher le K.O. alors qu‘ils n‘avaient besoin que de finir le round.

Le producteur semblait attendre avec impatience que le sang coule sur le ring.

— Il est temps de vous préparer, sénateur.

Tandis que Sexton se dirigeait vers le studio, Gabrielle le tira par la manche.

— Je sais ce que vous pensez, murmura-t-elle. Mais prenez garde, n‘en faites pas trop...

— En faire trop ? Moi ? fit Sexton avec un large sourire.

Rappelez-vous que cette femme est une grande professionnelle.

Sexton eut une petite moue vaniteuse.

— Mais moi aussi, ma chère !

21.

N‘importe où sur terre, la salle principale de la station polaire de la NASA aurait constitué un spectacle étrange, mais, du fait qu‘elle se trouvait perdue sur une banquise, au beau milieu de l‘Arctique, Rachel Sexton avait encore plus de mal à en admettre l‘existence.

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En regardant au-dessus d‘elle le dôme futuriste composé de triangles imbriqués de plastique blanc, Rachel eut l‘impression qu‘elle venait d‘entrer dans un gigantesque sanatorium. Les parois s‘ancraient dans un sol de glace très dur où une armée de lampes halogènes composaient autant de sentinelles autour du périmètre de la salle, projetant une lumière étrange et évanescente. Sur le sol, de minces bandes de moquette en épais caoutchouc noir dessinaient un labyrinthe qui serpentait entre une multitude de postes de travail mobiles. Au milieu de cette forêt d‘ordinateurs et d‘écrans, une quarantaine d‘employés de la NASA en tenue blanche semblaient très absorbés dans leurs tâches, ponctuant leurs discussions fébriles d‘exclamations joyeuses.

Rachel identifia immédiatement le climat électrique qui régnait dans la pièce.

C‘était celui qui accompagne toujours les grandes découvertes.

Alors que Rachel et l‘administrateur faisaient le tour de la salle, elle remarqua l‘air désagréablement surpris de ceux qui la reconnurent. Leurs murmures se répercutèrent assez distinctement dans l‘espace.

— N‘est-ce pas la fille du sénateur Sexton ?

— Mais qu‘est-ce qu‘elle peut bien faire ici ?

— Je n‘arrive pas à croire que l‘administrateur accepte de lui adresser la parole !

Rachel n‘aurait pas été étonnée de voir çà et là des poupées vaudou à l‘image de son père, hérissées d‘épingles. Outre cette animosité ambiante, Rachel percevait aussi très bien un sentiment général de satisfaction, comme si la NASA savait à présent qui rirait le dernier.

Ekstrom conduisit Rachel vers une série de tables regroupées où un homme seul était assis face à une console informatique. Il était vêtu d‘un col roulé noir, d‘un large pantalon en velours côtelé et de grosses chaussures de bateau, qu‘il avait préférés à l‘uniforme de travail des autres employés.

Il leur tournait le dos.

L‘administrateur pria Rachel d‘attendre pendant qu‘il s‘approchait de l‘étranger pour lui parler. Quelques instants

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plus tard, l‘homme en col roulé acquiesça avec courtoisie et commença à éteindre son ordinateur. L‘administrateur se tourna vers Rachel.

— M. Tolland va prendre la suite, dit-il. Comme il est lui aussi une recrue du Président, vous devriez bien vous entendre.

Je vous retrouverai un peu plus tard.

— Merci.

— Je suppose que vous avez entendu parler de Michael Tolland ?

Rachel haussa les épaules machinalement, encore sous l‘effet de cette vision surréaliste.

— Son nom ne me dit rien.

L‘homme au col roulé noir se présenta, un large sourire aux lèvres. Sa voix était chaleureuse et sonore.

— Mon nom ne vous dit rien ? Eh bien, c‘est la meilleure nouvelle de la journée. Je croyais que je n‘aurais jamais plus l‘occasion de faire une première impression à qui que ce soit...

En détaillant le nouveau venu, la jeune femme se figea sur place. Elle reconnut le séduisant visage de l‘homme en une seconde. Tous les Américains le connaissaient.

— Oh, fit-elle en rougissant tandis que son interlocuteur lui serrait la main. Vous êtes ce Michael Tolland.

Quand le Président avait appris à Rachel qu‘il avait recruté des scientifiques civils de très haut niveau pour authentifier la découverte de la NASA, Rachel avait imaginé un groupe d‘experts chaussés de lunettes et armés de calculatrices portant leurs initiales. Michael Tolland était tout l‘opposé. Figure réputée de la science dans l‘Amérique d‘aujourd‘hui, Tolland animait une émission hebdomadaire intitulée « Le Monde merveilleux de la mer », durant laquelle il présentait aux téléspectateurs des phénomènes océaniques surprenants, des volcans sous-marins, des vers marins de trois mètres de long, ou encore des raz de marée terrifiants. Les médias tenaient Tolland pour une sorte de commandant Cousteau mâtiné de Carl Sagan. Ils se plaisaient à souligner l‘étendue de son savoir, son enthousiasme sans prétention et son goût de l‘aventure –