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bois, des cloportes ou des xylophages marins. Les autres fossiles révèlent clairement des...

— Les autres fossiles ?

Ming jeta un coup d‘œil à Corky et Tolland.

— Elle n‘est pas au courant ?

Tolland secoua la tête.

Le visage du paléontologue s‘illumina aussitôt.

— Mademoiselle Sexton, vous n‘avez pas encore entendu le meilleur...

— Il y a d‘autres fossiles, intervint Corky, essayant de voler l‘avantage à Ming. Beaucoup d‘autres...

Corky tendit la main vers une large enveloppe en papier kraft et en sortit une feuille pliée en quatre. Il la posa sur la table devant Rachel et la déplia.

— Après avoir extrait quelques échantillons de roches, nous avons envoyé au cœur de la météorite une caméra à rayons X.

Voici le cliché de la section en coupe que nous en avons rapporté.

Rachel regarda le document posé à plat sur la table et, stupéfaite, ne put que s‘asseoir. La section en coupe tridimensionnelle de la météorite pullulait littéralement de dizaines d‘insectes.

— Ces insectes fossiles se trouvent souvent captifs dans la roche en très grandes quantités, reprit Ming. Il arrive régulièrement que des glissements de terrain anéantissent des nids, des communautés entières, bref, une multitude d‘insectes.

Corky s‘éclaira d‘un large sourire.

— Nous pensons que la collection trouvée dans la météorite représente en fait un nid.

Il désigna du doigt l‘un des insectes sur le cliché.

— Et voici maman !

Rachel regarda le spécimen en question et resta bouche bée. « Maman » semblait mesurer près de soixante centimètres de long.

— Pour un pou, c‘est un gros pou, hein ? fit Corky.

Rachel acquiesça, sidérée, en essayant d‘imaginer des poux de la taille d‘un chat en train de se balader sur quelque planète lointaine.

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— Sur terre, reprit Ming, la taille des insectes reste relativement petite parce que la gravité les empêche de se développer. Leur développement est limité par le poids que peut supporter leur exosquelette. En revanche, sur une planète soumise à une gravité moindre, rien n‘empêcherait que les insectes atteignent des dimensions bien supérieures.

— Imaginez des moustiques de la taille d‘un condor. Pas évident à écraser, hein ? plaisanta Corky, reprenant l‘échantillon des mains de Rachel pour le glisser dans la poche de sa chemise.

— Je vous conseille de ne pas voler cet échantillon !

maugréa le paléontologue.

— Allons, Ming, répondit Corky, nous en avons huit tonnes supplémentaires qui nous attendent tout en bas.

L‘esprit analytique de Rachel tournait à plein régime pour décortiquer les données qu‘elle venait d‘assimiler.

— Mais comment la vie sur une planète lointaine peut-elle être si semblable à la vie sur terre ? Vous avez dit que cet insecte s‘intégrait parfaitement dans notre classification darwinienne ?

— Parfaitement, fit Corky, et, croyez-le ou non, beaucoup d‘astronomes ont prédit que la vie extraterrestre serait très semblable à la vie terrestre.

— Mais pourquoi ? Cette espèce ne vient-elle pas d‘un environnement entièrement différent ?

— C‘est la panspermie, répliqua Corky avec un large sourire.

— Je vous demande pardon ?

— La panspermie est la théorie selon laquelle la vie aurait été disséminée et implantée ici à partir d‘une autre planète.

Rachel se renversa sur son siège, perplexe.

— Je ne comprends plus rien à ce que vous me dites.

Corky se tourna vers Tolland.

— Mike, vas-y, c‘est toi l‘homme de la « mer originelle ».

Tolland eut l‘air ravi de prendre la suite.

— Autrefois, la terre était une planète sans vie, Rachel.

Puis, brusquement, du jour au lendemain, la vie a explosé.

Nombre de biologistes pensent que cette explosion a été le résultat magique d‘une combinaison idéale d‘éléments au cœur

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des océans. Mais nous n‘avons jamais été capables de reproduire ce phénomène en laboratoire, si bien que des sommités religieuses ont utilisé cet échec pour prétendre démontrer l‘existence de Dieu. Ils affirment que la vie ne peut avoir existé avant que Dieu, d‘un coup de baguette magique, l‘ait créée sur notre planète.

— Mais nous autres astronomes, intervint Corky, avons trouvé une meilleure explication pour cette brusque explosion de la vie sur terre.

— La panspermie ? fit Rachel, comprenant maintenant de quoi ils parlaient.

Elle avait déjà entendu parler de cette théorie, mais ne se rappelait plus son nom.

— Une théorie selon laquelle, poursuivit-elle, une météorite se serait écrasée dans l‘océan, semant les premiers germes de vie microbienne sur terre.

— Dans le mille ! lança Corky. C‘est là que les semences ont infusé et qu‘elles ont donné naissance aux premières espèces animales.

— Si cette théorie est vraie, reprit Rachel, alors l‘ancêtre de toutes les formes de vie terrestres et extraterrestres serait le même.

— Deux fois dans le mille !

La panspermie, songea la jeune femme, essayant laborieusement d‘entrevoir les implications de cette théorie.

— Donc, non seulement ce fossile confirme que la vie existe ailleurs, mais il confirme pratiquement la panspermie... c‘est-à-dire que la vie sur terre est issue d‘un ailleurs situé au loin dans l‘univers.

— Trois fois dans le mille ! Corky acquiesça, radieux.

— Techniquement, nous sommes peut-être tous des extraterrestres. Il plaça ses deux index derrière la tête comme deux antennes, loucha comme un collégien et se mit à agiter la langue comme quelque insecte burlesque.

Tolland regarda Rachel avec un sourire compatissant.

— Et dire que ce type est le summum de notre évolution !

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25.

Comme à travers les brumes d‘un rêve, Rachel parcourait le vaste espace central de la station au côté de Michael Tolland.

Corky et Ming les suivaient de près.

— Ça va ? demanda Tolland en scrutant le visage de la jeune femme.

— Oui, merci, répondit-elle avec un faible sourire. Il faut que j‘assimile tout cela...

Rachel se souvenait de la tristement célèbre ALH84001 –

une météorite martienne découverte par la NASA en 1996 et qui, selon l‘Agence spatiale, contenait des traces fossilisées de vie bactérienne. Quelques semaines après une conférence de presse triomphale, plusieurs scientifiques indépendants étaient venus apporter la preuve que les « signes de vie » relevés sur le fragment de roche n‘étaient que des traces de matière organique, dues à la contamination terrestre. La crédibilité de la NASA avait énormément souffert de cette erreur. Et le New York Times en avait profité pour réinterpréter le sigle de la NASA – la qualifiant de « NOTOIREMENT ARROGANTE ET

SCIENTIFIQUEMENT APPROXIMATIVE ». Dans le même journal, le paléontologue Stephen Jay Gould tranchait la question de l‘ALH84001 en soulignant que les preuves avancées par la NASA, de nature chimique et obtenues par déduction, ne constituaient pas des preuves matérielles, comme l‘auraient été sans ambiguïté des ossements ou des coquillages.

Cette fois-ci, se disait Rachel en avançant sur la glace, la NASA disposait de preuves irréfutables. Même le plus sceptique des scientifiques ne pourrait pas contester ces fossiles-là.