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Elle se fraya un passage à travers les employés de la NASA en liesse. Bières, exclamations ; l‘ambiance lui rappela ses soirées d‘étudiante.

Où était Michael Tolland ?

— Vous cherchez Mike ? demanda Corky Marlinson en apparaissant soudain près d‘elle.

Elle sursauta.

— Euh... non... enfin... oui.

Il secoua la tête, écœuré.

— Je le savais, pas une ne lui résiste. Il vient de partir. Je crois qu‘il avait l‘intention d‘aller piquer un petit somme.

Il se retourna pour jeter un coup d‘œil vers la partie de la station plongée dans l‘obscurité.

— Mais vous avez encore le temps de le rattraper, se reprit-il en tendant le doigt vers le centre de la bulle. Il suffit d‘une flaque d‘eau pour le captiver.

Le regard de Rachel suivit la direction indiquée. La silhouette de Michael se dressait au bord du puits d‘extraction.

– 161 –

— Qu‘est-ce qu‘il fait là-bas ? C‘est dangereux !

— Il doit être en train de pisser. On va le pousser ?

Ils allèrent le rejoindre.

— Hé, Mike, tu as oublié ton scaphandre et ton tuba ?

clama Corky en approchant.

Tolland se retourna. Rachel remarqua son expression inhabituellement grave. Son visage était bizarrement éclairé, par en dessous.

— Tout va bien, Mike ? demanda-t-elle.

— Pas vraiment, répondit Michael en désignant la surface de l‘eau.

Corky enjamba les cônes de signalisation. Sa bonne humeur retomba brusquement. Rachel les rejoignit et regarda la glace fondue. De petits éclats de lumière turquoise luisaient à la surface, comme des particules radioactives. C‘était magnifique.

Tolland ramassa un petit morceau de glace à ses pieds et le jeta dans l‘eau, projetant des éclaboussures phosphorescentes tout autour du point d‘impact.

— S‘il te plaît, Mike, murmura Corky d‘une voix inquiète, dis-moi que tu sais ce que c‘est.

Tolland fronça les sourcils.

— Je sais ce que c‘est, mais la question que je me pose, c‘est qu‘est-ce que cela peut bien faire là ?

39.

— Ce sont des flagellés, déclara Tolland, les yeux fixés sur la surface luminescente.

— Des flageolets ? s‘écria Corky.

Rachel sentait que Tolland n‘était pas d‘humeur à plaisanter.

– 162 –

— Je ne vois pas comment cela a pu se produire, reprit-il, mais, pour une raison que j‘ignore, cette eau contient des dinoflagellés bioluminescents.

— Des dino... quoi ? s‘enquit Rachel.

— Un plancton monocellulaire ayant la propriété d‘oxyder un catalyseur luminescent appelé luciférine.

Qu‘est-ce que c‘est que ce charabia ? se demanda-t-elle.

Tolland soupira et se tourna vers son confrère.

— Dis-moi, Corky, la météorite qu‘on vient de sortir de ce trou pouvait-elle contenir des organismes vivants ?

Corky éclata de rire.

— Mike, sois sérieux !

— Je suis sérieux.

— Il n‘y a aucune chance, Mike ! Crois-moi, si la NASA avait un tant soit peu soupçonné la présence d‘organismes vivants sur cette roche, je peux t‘affirmer qu‘elle n‘aurait jamais pris le risque de la sortir à l‘air libre.

Tolland n‘était que partiellement soulagé. Il semblait préoccupé par une question beaucoup plus importante.

— Sans microscope, je ne peux rien affirmer, mais cela ressemble à un phytoplancton bioluminescent appartenant à l‘ordre des pyrophytes – un nom qui signifie « plante de feu ».

L‘océan Arctique en est rempli.

— Alors pourquoi me demandes-tu si ces trucs-là peuvent venir de l‘espace ?

— Parce que cette météorite était enfouie dans de l‘eau douce gelée provenant de la fonte des neiges. Depuis plusieurs siècles. Comment des organismes venant de l‘océan ont-ils pu y pénétrer ?

Un long silence s‘ensuivit.

Les yeux fixés sur la surface de l‘eau, Rachel tentait d‘assimiler l‘information. Ce puits d‘extraction contient du plancton marin luminescent. Qu‘est-ce que cela signifie ? se demanda-t-elle.

— Il doit y avoir une crevasse dans le fond quelque part, reprit Tolland, c‘est la seule explication possible. Le plancton a dû pénétrer la banquise, avec l‘eau de mer qui s‘est infiltrée par une fissure.

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Rachel ne comprenait pas. Elle se souvenait de sa longue course sur le glacier.

— L‘infiltration ? Mais par où ? Nous sommes au moins à trois kilomètres de l‘océan...

Ses deux compagnons la toisèrent d‘un regard gêné.

— En réalité, expliqua Corky, il est juste au-dessous. Nous sommes sur une plate-forme de glace flottante.

Elle les dévisagea, totalement désorientée.

— Mais... je croyais que c‘était un glacier !

— En effet, mais celui-ci vogue sur l‘océan. Il arrive que les plaques de glace se détachent du continent et se déploient en éventail à la surface de l‘océan, où elles flottent, comme un gigantesque radeau. C‘est la définition d‘une plate-forme glaciaire... la partie flottante d‘un glacier. À vrai dire, nous sommes en ce moment à plus d‘un kilomètre au large de la côte.

Rachel passa de la stupéfaction à la méfiance. Elle rectifia l‘image qu‘elle s‘était faite de son environnement, et l‘idée de dériver sur l‘océan Arctique lui fit soudain peur.

Tolland

parut

s‘en

rendre

compte.

Il

frappa

vigoureusement la glace du pied.

— Pas d‘inquiétude. Cette banquise a cent mètres d‘épaisseur, dont les deux tiers sont immergés, comme un glaçon qui flotte dans un verre d‘eau – ce qui lui assure une grande stabilité. On pourrait construire un gratte-ciel là-dessus...

Rachel n‘était pas totalement convaincue. Elle ébaucha un pâle sourire. Malgré ses inquiétudes, elle comprenait maintenant la théorie de Tolland sur l‘origine du plancton. Il pense que la banquise est fissurée sur toute sa hauteur, et que c‘est par là que l‘eau de mer s‘est infiltrée jusqu‘à la surface, se dit-elle. C‘était plausible, mais Norah Mangor avait affirmé catégoriquement que le glacier était intact, ses multiples sondages avaient confirmé l‘homogénéité parfaite de l‘énorme bloc.

Rachel se tourna vers Tolland.

— Je croyais que c‘était justement la perfection de la banquise qui avait permis de dater la météorite avec certitude.

– 164 –

Le professeur Mangor m‘a soutenu que le glacier ne présentait aucune fissure...

Corky se renfrogna.

— On dirait que la reine des Eskimos s‘est plantée ! lança-t-il en vérifiant machinalement que Norah ne se trouvait pas dans le secteur.

Tolland contemplait les flagellés phosphorescents en se frottant le menton.

— Je ne vois pas d‘autre explication possible. Il doit y avoir une fissure. Et c‘est le poids de la banquise sur l‘océan qui aura fait remonter le plancton marin dans l‘excavation.

Il faudrait que ce soit une grosse crevasse, pensait Rachel.

Si la plate-forme glaciaire mesurait cent mètres d‘épaisseur et la fosse d‘extraction soixante mètres de profondeur, cette prétendue fissure aurait dû fendre trente mètres de glace compacte. Et les tests de Norah Mangor n‘ont rien décelé.

— Sois gentil, demanda Tolland à Corky. Va chercher Norah. Espérons qu‘elle nous a caché quelque chose. Et tâche aussi de trouver Ming. Peut-être pourra-t-il identifier ces bestioles lumineuses.