Выбрать главу

Mike

m‘accompagnera.

Tolland écarquilla les yeux.

— Comment ça ?

— Mike, je compte absolument sur vous ! Nous serons encordés. J‘aurai besoin d‘une solide paire de biceps à côté de moi si jamais la bourrasque se déchaîne.

— Mais...

— Elle a raison, dit l‘administrateur en se tournant vers Tolland. Si elle y va, elle ne peut pas le faire seule. J‘enverrais bien quelques-uns de mes hommes avec elle, mais franchement, je préférerais garder ce problème du plancton pour nous, jusqu‘à ce que nous ayons décidé s‘il s‘agit ou non d‘un vrai problème.

Tolland acquiesça de mauvais gré.

— J‘aimerais y aller aussi, lança Rachel.

– 180 –

Norah se détendit comme un cobra.

— Il n‘en est pas question !

— En fait, fit l‘administrateur, comme s‘il venait d‘être frappé par cette idée, je crois que je me sentirais beaucoup mieux si nous utilisions la configuration standard, le groupe de quatre. Si vous y allez à deux et que Mike glisse, vous serez absolument incapable de le retenir. Quatre personnes, c‘est beaucoup plus sûr que deux.

Il s‘arrêta et jeta un coup d‘œil à Corky.

— Cela signifierait que soit vous, soit le professeur Ming y alliez aussi.

Ekstrom jeta un coup d‘œil circulaire sur la station.

— Où est le professeur Ming, au fait ?

— Je ne l‘ai pas vu depuis un bon moment, remarqua Tolland. Il doit être en train de faire un petit somme.

Ekstrom se tourna vers Corky.

— Professeur Marlinson, je ne peux pas exiger que vous vous joigniez à eux, mais...

— Pourquoi pas ? Tout le monde a l‘air de si bien s‘entendre...

— Non ! s‘exclama Norah. Deux personnes de plus ralentiraient la mission. Mike et moi irons seuls !

— Vous n‘irez pas seule, Norah. Le ton de l‘administrateur était catégorique.

— Il y a une raison pour laquelle les encordements se font par quatre et nous allons procéder comme toujours, en suivant les règles de sécurité les plus strictes. La dernière chose dont j‘ai besoin ce soir, c‘est d‘un accident deux heures avant la plus grande conférence de presse de l‘histoire de la NASA.

– 181 –

43.

En s‘asseyant face à Marjorie Tench dans son petit bureau enfumé, Gabrielle Ashe se sentit soudain mal à l‘aise et vulnérable. Tench se renversa dans son fauteuil ; elle semblait jubiler devant l‘inconfort de Gabrielle.

— La fumée vous dérange ? s‘enquit Tench en sortant une cigarette de son paquet.

— Non, mentit Gabrielle.

Tench était de toute façon déjà en train de l‘allumer.

— Vous et votre candidat avez montré beaucoup d‘intérêt pour la NASA durant cette campagne...

— C‘est vrai, répliqua Gabrielle, sans faire d‘effort pour cacher sa colère. Je dois d‘ailleurs vous remercier pour vos encouragements. Puis-je avoir une explication ?

Tench fit une moue innocente.

— Vous voulez savoir pourquoi j‘apporte de l‘eau à votre moulin avec mes e-mails concernant la NASA ?

— Les informations que vous m‘avez transmises vont nuire à votre Président.

— À court terme, c‘est possible.

Le ton menaçant de Tench désarçonna Gabrielle.

— Qu‘entendez-vous par là ?

— Détendez-vous, Gabrielle, les e-mails n‘auront pas changé grand-chose de toute façon. Le sénateur Sexton était un ennemi de la NASA longtemps avant que je m‘y mette. Je l‘ai simplement aidé à consolider sa position.

— À consolider sa position ?

— Exactement.

Tench sourit, découvrant une denture jaunie.

— Je dois reconnaître qu‘il a été très éloquent, cet après-midi sur CNN.

Gabrielle se rappela la réaction du sénateur à la question piège de Tench : « Oui, dans un tel cas de figure, je m‘emploierai à démanteler la NASA. »

– 182 –

Sexton s‘était fait serrer dans les cordes mais il avait répliqué avec vigueur. Comme il fallait. À moins que... ? La mine satisfaite qui lui faisait face laissait supposer qu‘une information essentielle manquait à Gabrielle.

Tench se leva brusquement, dominant l‘espace confiné du haut de sa silhouette longue et décharnée. Sa cigarette coincée au bord des lèvres, elle se dirigea vers un coffre encastré dans le mur. Elle en sortit une épaisse enveloppe en papier kraft, revint s‘asseoir et la posa devant Gabrielle, qui ne put s‘empêcher d‘y jeter un regard inquiet.

Tench sourit, retardant le moment d‘abattre ses cartes, tel un joueur de poker sûr de son jeu. Ses doigts jaunis caressaient l‘enveloppe avec un mouvement répétitif et agaçant qui révélait sa jubilation à venir. Gabrielle savait qu‘il ne s‘agissait que d‘une crainte irraisonnée, d‘un vieux remords, mais sa première peur fut que l‘enveloppe ne contienne des preuves de sa liaison avec le sénateur. Ridicule, se dit-elle. Leurs ébats s‘étaient déroulés dans le bureau fermé de Sexton, le soir, alors qu‘ils étaient seuls à l‘étage.

De plus, si la Maison Blanche avait eu des preuves de cette liaison, elle n‘aurait pas hésité à les rendre publiques plus tôt.

Ils ont peut-être des soupçons, songea Gabrielle, mais ils n‘ont pas la moindre preuve.

Tench écrasa le bout incandescent de sa cigarette.

— Mademoiselle Ashe, que vous le sachiez ou non, vous êtes partie prenante dans une bataille qui fait rage en coulisse à Washington depuis 1996.

Cette apostrophe, qui démentait les craintes de Gabrielle, la prit de court.

— Pardon ?

Tench alluma une autre cigarette. Ses lèvres minces se refermèrent et Gabrielle vit le bout de la cigarette rougir.

— Que savez-vous de la loi sur la commercialisation de l‘espace ?

Gabrielle n‘en avait jamais entendu parler ; elle haussa les épaules, désarçonnée.

— Vraiment ? fit Tench. Cela me surprend, étant donné le programme de votre candidat. Cette loi a été présentée en 1996

– 183 –

par le sénateur Walker. Elle rappelait les échecs répétés de la NASA dans presque toutes ses entreprises, depuis l‘envoi d‘un homme sur la Lune, il y a plus de trente ans. Elle proposait une privatisation de l‘agence, par une vente immédiate des avoirs de la NASA à des compagnies aérospatiales privées, et suggérait que l‘on autorisât lesdites compagnies à explorer l‘espace, arguant qu‘elles seraient plus efficaces et soulageraient les contribuables du fardeau que la NASA représentait pour eux.

Gabrielle savait que certains ennemis de la NASA préconisaient sa privatisation, comme la solution définitive aux problèmes qu‘elle rencontrait, mais elle ignorait que cette idée avait pris la forme d‘un projet de loi.

— Cette loi de commercialisation, reprit Tench, a été présentée au Congrès à quatre reprises. Elle est semblable en tous points à une série de lois qui a permis la privatisation réussie d‘industries gouvernementales, comme, par exemple, celle de la loi sur la privatisation de l‘uranium. Le Congrès a voté cette loi de commercialisation de l‘espace chaque fois qu‘elle a été présentée. Dieu merci, la Maison Blanche a toujours opposé son veto. Zachary Herney l‘a lui-même bloquée à deux reprises.

— Où voulez-vous en venir ? intervint Gabrielle.

— Cette loi, si le sénateur Sexton est élu Président, je suis convaincue qu‘il la soutiendra. J‘ai des raisons de penser que Sexton n‘aura aucun scrupule à vendre les avoirs de la NASA à des acquéreurs privés, dès qu‘il en aura la possibilité. En bref, votre candidat sera le champion de cette privatisation et les citoyens américains cesseront de subventionner l‘exploration spatiale.