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Il nous reste peut-être trente minutes... quarante-cinq au maximum.

Sans la couche de gel protectrice de sa combinaison isolante, Tolland savait qu‘il serait déjà mort. Heureusement, leur tenue les avait gardés tous trois au sec, le plus important pour survivre par temps froid. Le gel thermique n‘avait pas seulement amorti leur chute, il les aidait en ce moment à retenir le peu de chaleur qui leur restait encore.

L‘hypothermie commençait tout de même à se faire sentir.

D‘abord allait venir l‘engourdissement des membres à mesure que le sang refluerait vers le centre du corps pour protéger les organes essentiels. Les hallucinations viendraient ensuite à mesure que le pouls et la respiration ralentiraient, privant le cerveau de son oxygène. Puis l‘organisme ferait un effort ultime pour conserver le peu de chaleur restant en suspendant toutes ses fonctions à l‘exception du pouls et de la respiration. Peu après, il sombrerait dans le coma. Et les centres cérébraux contrôlant les fonctions cardiaques et respiratoires finiraient par capituler.

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Tolland tourna son regard vers Rachel, désespéré de ne rien pouvoir faire pour la sauver.

L‘engourdissement qui gagnait la jeune femme était moins douloureux qu‘elle ne l‘aurait imaginé. Un peu comme une anesthésie pré-opératoire. Une morphine naturelle. Elle avait perdu ses lunettes quand elle s‘était évanouie, et il faisait si froid qu‘elle pouvait à peine ouvrir les yeux.

Elle aperçut Tolland et Corky sur la glace à côté d‘elle.

Tolland la fixait d‘un regard empli de compassion. Corky remuait, mais il paraissait beaucoup souffrir. Sa pommette droite présentait un hématome sanguinolent.

Rachel se mit à trembler de tous ses membres tandis que, dans un ultime effort, son cerveau cherchait des réponses aux questions : Qui ? Pourquoi ?

Ses pensées étaient ralenties par la léthargie qui la gagnait peu à peu. Elle ne parvenait pas à faire le point. Elle avait le sentiment que la vie en elle s‘éteignait insensiblement, écrasée par une force invisible qui l‘attirait vers le néant. Elle se reprit et lutta. La colère grandissait en elle comme une énergie vitale qu‘elle essayait d‘attiser de son mieux.

Ils ont essayé de nous tuer ! se répétait-elle. Elle jeta un coup d‘œil vers les hautes vagues menaçantes et comprit que leurs agresseurs avaient réussi. Nous sommes déjà morts. Bien consciente à présent qu‘elle ne vivrait sans doute pas assez pour connaître la vérité sur la mortelle partie d‘échecs qui venait de se jouer sur le glacier Milne, Rachel sentit ses soupçons converger vers le coupable le plus probable.

Ekstrom était celui qui avait tout à gagner avec leur disparition. C‘était lui qui leur avait assigné cette expédition fatale. Il était en contact avec le Pentagone et les services secrets. Mais qu‘avait-il à gagner à insérer une météorite sous la banquise ? D‘ailleurs, qui pouvait bien avoir quoi que ce soit à y gagner ? songea-t-elle.

Rachel pensa brusquement à Zach Herney, et se demanda si le Président était partie prenante dans ce complot, ou s‘il n‘était pas lui aussi un vulgaire pion. Le Président avait de toute évidence été dupé. Il ne restait plus qu‘une heure avant qu‘il annonce la découverte de la NASA. Une annonce qu‘il allait faire

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en s‘appuyant sur un documentaire vidéo validé par quatre scientifiques morts.

Rachel ne pouvait plus rien faire pour empêcher la tenue de cette conférence de presse, mais elle se jura que celui qui était responsable de cette imposture ne s‘en tirerait pas si facilement.

Rassemblant ses forces, elle tenta de s‘asseoir.

Ses membres étaient horriblement raides, et ses articulations lui firent un mal de chien quand elle plia ses jambes et ses bras. Elle parvint à se mettre à genoux et à se redresser sur la glace. Sa tête tournait. Tout autour d‘elle, l‘océan bouillonnait. Tolland, allongé un peu plus loin, la regardait d‘un air intrigué ; il devait penser qu‘elle s‘agenouillait pour prier. Ce n‘était pas le cas, même si la prière aurait eu à peu près autant de chances de les sauver que ce qu‘elle s‘apprêtait à tenter.

La main droite de Rachel chercha quelque chose autour de sa taille et finit par agripper la hachette encore accrochée à son harnais. Ses doigts raides se refermèrent autour de la poignée.

Elle empoigna la hache et la retourna vers le bas. Puis de toutes ses forces elle abattit ce T renversé vers la glace. Bong. Encore.

Bong. Elle avait l‘impression que son sang coulait moins vite dans ses veines, comme s‘il s‘était épaissi. Bong. Tolland la regarda, visiblement stupéfait. Rachel abattit à nouveau la glace vers le sol. Bong.

Tolland essaya de se soulever sur un coude.

— Ra...chel ?

Elle ne répondit pas. Elle avait besoin de toute son énergie. Bong. Bong.

— Je ne crois pas... qu‘à une telle latitude, le SAA pourrait capter..., fit Tolland.

Rachel se retourna, surprise. Elle avait oublié que Tolland était un océanographe et qu‘il pouvait comprendre ce qu‘elle essayait de faire.

— Bonne intuition... mais je n‘appelle pas le SAA, marmonna-t-elle.

Elle continua à frapper le sol en cadence.

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Le SAA est le réseau de surveillance acoustique sous-marine – une relique de la guerre froide –, utilisé par les océanographes du monde entier pour écouter les baleines.

Comme les sons, sous la mer, portent à des centaines de kilomètres, le réseau SAA, constitué de cinquante-neuf microphones sous-marins placés tout autour de la planète, peut écouter un pourcentage étonnamment élevé des mers du globe.

Malheureusement, ce secteur éloigné de l‘Arctique ne faisait pas partie des zones concernées. Toutefois, Rachel savait que d‘autres « oreilles » écoutaient les fonds océaniques, des oreilles dont peu de personnes connaissaient l‘existence. Elle continua à frapper la glace. Son message était simple et clair.

Bong. Bong. Bong.

Bong... Bong... Bong...

Bong. Bong. Bong.

Rachel nourrissait peu d‘illusions sur ses chances de survie.

Elle sentait déjà le froid de la mort raidir tout son corps. Elle doutait qu‘il lui restât plus d‘une demi-heure à vivre. Tout sauvetage était désormais impossible. Mais il ne s‘agissait pas de sauvetage.

Bong. Bong. Bong.

Bong... Bong... Bong...

Bong. Bong. Bong.

— Il ne nous reste... plus de temps..., articula Tolland.

Il ne s‘agit pas de nous, songea-t-elle. Mais de l‘information qui est dans ma poche. Rachel pensait au cliché GPR plié dans la poche Velcro de sa combinaison.

Il faut que je fasse parvenir le GPR au NRO, et vite, pensat-elle.

Même dans le semi-délire qui s‘était emparé d‘elle, Rachel était certaine que son message serait capté. Au milieu des années 1980, le NRO avait remplacé le SAA par un réseau de capteurs trente fois plus puissant, Classic Wizard. La planète était désormais entièrement couverte de capteurs du NRO posés sur les fonds marins ; la mise en place de ce quadrillage avait coûté douze millions de dollars. Dans les heures qui venaient, les superordinateurs du poste d‘écoute du NRO situé à Menwith Hill en Angleterre allaient repérer une séquence anormale sur