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— Passez-la-moi, intima Pickering. J‘aimerais parler moi-même à Mlle Sexton.

— C‘est impossible, répliqua Tench, elle ne se trouve pas à la Maison Blanche en ce moment.

— Où est-elle donc ?

— Le Président l‘a envoyée sur le glacier Milne ce matin pour examiner le dossier, et elle n‘est pas encore rentrée.

Pickering répondit d‘une voix blanche :

— Mais je n‘en ai jamais été informé...

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— L‘heure n‘est pas aux récriminations, directeur. Je vous ai appelé par simple courtoisie. Je voulais vous prévenir de la réaction tout à fait inattendue et alarmante de Rachel Sexton.

Elle va chercher des alliés et des soutiens. Si elle vous contacte, je tiens à ce que vous sachiez que la Maison Blanche est en possession d‘une vidéo enregistrée cet après-midi dans laquelle Mlle Sexton assume intégralement les conclusions de l‘équipe scientifique face au Président, à son cabinet et à toute son équipe. Si, à présent, pour je ne sais quelle raison, Rachel Sexton tente de salir la réputation de Zach Herney ou de la NASA, alors, je vous le jure, la réaction de la Maison Blanche sera implacable.

Marjorie Tench s‘arrêta un moment pour être sûre que Pickering avait bien compris ce qu‘elle voulait dire. Puis elle poursuivit :

— J‘attends de vous que vous ayez la courtoisie de m‘informer immédiatement si Rachel Sexton vous contacte. Elle a décidé d‘attaquer le Président, et la Maison Blanche a l‘intention de la placer en détention pour l‘interroger avant qu‘elle puisse causer de graves dégâts. J‘attendrai votre appel, directeur Pickering. C‘est tout. Bonsoir.

Marjorie Tench raccrocha, certaine que William Pickering n‘avait jamais entendu personne lui parler sur ce ton. Au moins, à présent, il comprenait qu‘elle ne plaisantait pas.

Au dernier étage du NRO, William Pickering, debout devant sa fenêtre, regardait au loin le paysage de la Virginie.

L‘appel de Marjorie Tench l‘avait profondément perturbé. Il mâchonnait sa lèvre en essayant de rassembler dans son esprit les pièces du puzzle.

— Monsieur le directeur ? appela sa secrétaire en entrouvrant la porte. Vous avez un autre appel.

— Pas maintenant, fit Pickering d‘un air absent.

— C‘est Rachel Sexton.

Pickering pivota sur lui-même.

Marjorie Tench était apparemment extralucide.

— Très bien. Passez-moi la communication dans mon bureau.

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— En fait, monsieur, il s‘agit d‘un appel crypté. Voulez-vous le prendre dans la salle de conférences ?

Un appel crypté ?

— D‘où appelle-t-elle ? s‘inquiéta-t-il.

La secrétaire lui donna l‘information.

Pickering écarquilla les yeux. Sidéré, il remonta rapidement le couloir vers la salle de conférences. Décidément, c‘était la journée de toutes les surprises.

70.

La chambre insonorisée, ou chambre sourde, du Charlotte avait été conçue d‘après une structure similaire des laboratoires Bell. Acoustiquement « propre », cette petite pièce ne contenait ni surfaces parallèles ni surfaces réfléchissantes, et elle absorbait le son avec une efficacité de 99,4 %. À cause de la conductivité acoustique du métal et de l‘eau, les conversations à bord des sous-marins peuvent souvent être interceptées par des systèmes d‘écoutes ou des micros de succion parasites attachés à la coque externe. La chambre sourde était en fait une minuscule pièce du sous-marin d‘où ne pouvait sortir absolument aucun son. Toutes les conversations se déroulant à l‘intérieur de cette boîte isolée étaient entièrement sécurisées.

On aurait dit un grand placard dont les parois et le sol avaient été tapissés de spirales de mousse qui se hérissaient dans tous les sens. Rachel ne put s‘empêcher de songer à une grotte sous-marine dans laquelle les stalagmites seraient devenues folles et se seraient mises à pousser avec une luxuriance débridée.

Le plus étonnant, cependant, était l‘apparente absence de sol.

Celui-ci, constitué d‘un filet à mailles losangiques tendu horizontalement en travers de la pièce, donnait aux occupants la

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sensation d‘être suspendus à mi-hauteur. Grillage recouvert de caoutchouc, il ne se déformait pas quand on marchait dessus.

Rachel regarda à travers ce sol ajouré et eut l‘impression de traverser une passerelle de corde tendue au-dessus d‘une sorte de fantastique paysage fractal. Sous elle, se dressait une menaçante forêt de stalagmites de mousse.

En entrant dans la pièce, Rachel avait perçu une inertie totale dans l‘air qui l‘avait désorientée. Un peu comme si chaque parcelle d‘énergie avait été absorbée par les murs. Elle eut l‘impression qu‘on lui avait bourré les oreilles de coton : elle n‘entendait que l‘écho interne de sa respiration. Elle poussa une exclamation et eut la sensation d‘avoir parlé dans un oreiller.

Les murs supprimaient toutes les vibrations autres que celles qui se produisaient à l‘intérieur de sa tête.

Le commandant sortit en refermant derrière lui la porte capitonnée. Rachel, Corky et Tolland étaient assis au milieu de la petite pièce, autour d‘une minitable en U dont les longs pieds métalliques traversaient le filet et reposaient sur le sol, en dessous. Sur la table étaient fixés plusieurs micros, casques à écouteurs, une console vidéo avec des micros flexibles, et une caméra « fish-eye ». Presque un symposium des Nations unies en miniature.

En tant que membre des services secrets américains, le plus grand fabricant au monde de microphones laser dernier cri, de capteurs d‘écoute sous-marins paraboliques et autres gadgets électroniques hypersensibles, Rachel savait bien que très rares étaient les endroits où l‘on pouvait tenir une conversation parfaitement sécurisée. Dans cette chambre sourde, on pouvait tout dire sans crainte d‘être entendu. Les micros et les écouteurs sur la table permettaient une téléconférence en face à face. Les voix étaient prises en charge par un système de cryptage complexe qui intervenait juste après le micro, avant d‘être retransmises sous forme de signaux numériques jusqu‘à leur lointaine destination.

— Contrôle de niveau.

La voix se matérialisa brusquement à l‘intérieur de leurs écouteurs, faisant sursauter Rachel, Tolland et Corky.

— M‘entendez-vous, mademoiselle Sexton ?

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Rachel se pencha vers le micro.

— Oui, merci.

— J‘ai le directeur Pickering en ligne pour vous. Il accepte la communication cryptée audio-vidéo. Je vais vous laisser avec lui. Vous aurez votre communication d‘un instant à l‘autre.

Il y eut un silence à l‘autre bout de la ligne. Un crachotis de parasites, puis une rapide série de bips et de clics dans les écouteurs. Sur l‘écran vidéo, une image se forma avec une surprenante clarté, et Rachel découvrit son patron dans la salle de conférences du NRO. Il était seul. Sa tête se redressa brusquement et il regarda Rachel dans les yeux.

Elle se sentit étrangement soulagée de le voir.

— Mademoiselle

Sexton,

dit-il,

l‘air

passablement

contrarié, au nom du ciel, que se passe-t-il ?