Corky fourragea dans sa poche et en sortit un disque de pierre de la taille d‘un CD. Il le tint devant l‘objectif de la caméra.
— Nous avons daté chimiquement des échantillons comme celui-ci avec toutes sortes de méthodes. La datation au rubidium-strontium n‘est pas falsifiable !
Pickering eut l‘air surpris.
— Vous avez gardé un échantillon ?
Corky haussa les épaules.
— La NASA en a des dizaines comme ça à droite et à gauche.
— Vous êtes en train de me dire, fit Pickering, en regardant maintenant Rachel, que la NASA a découvert une météorite dont elle pense qu‘elle contient des fossiles, et qu‘elle laisse ses employés subtiliser des échantillons ?
— Ce qui compte, répondit Corky, c‘est que ce caillou, dans ma main, vient des confins de la galaxie.
Il approcha l‘échantillon de la caméra.
— Vous pourriez confier ceci à n‘importe quel pétrologue, géologue ou astronome, ils effectueraient des tests et vous diraient deux choses : primo, cet échantillon est vieux de cent quatre-vingt-dix millions d‘années ; et secundo, il est chimiquement différent de toutes les espèces de roches connues sur terre.
– 299 –
Pickering se pencha et étudia le fossile incrusté dans la roche. Il resta captivé quelques instants. Finalement, il soupira :
— Je ne suis pas un expert. Tout ce que je peux dire, c‘est que si cette météorite est authentique, ce qui semble être le cas, j‘aimerais savoir pourquoi la NASA ne l‘a pas présentée au monde pour ce qu‘elle était ? Pourquoi quelqu‘un a-t-il choisi de l‘enchâsser soigneusement sous une couche de banquise, comme pour nous persuader de son authenticité ?
Au même moment, un officier de sécurité de la Maison Blanche appelait Marjorie Tench.
La conseillère présidentielle décrocha dès la première sonnerie.
— Oui ?
— Madame Tench, fit l‘officier, j‘ai l‘information que vous avez demandée tout à l‘heure. L‘appel radio passé par Rachel Sexton un peu plus tôt dans la soirée... Nous avons retrouvé sa trace.
— Alors ?
— Le service secret dit que le signal original provient du sous-marin nucléaire américain Charlotte.
— Quoi ?
— Nous n‘avons pas les coordonnées, madame, mais ils sont certains du code du navire.
— Nom de Dieu ! Tench raccrocha brutalement sans un mot de plus.
72.
L‘acoustique feutrée de la chambre sourde du Charlotte commençait à donner une légère nausée à Rachel. Sur l‘écran, le visage inquiet de William Pickering se tourna vers Michael Tolland.
— Vous restez silencieux, monsieur Tolland...
– 300 –
Tolland le regarda comme un étudiant subitement interrogé par un professeur.
— Monsieur ?
— Je viens juste de voir à la télévision un remarquable documentaire que vous avez réalisé, fit Pickering. Quel est votre avis sur cette météorite, maintenant ?
— Eh bien, monsieur, répondit Tolland, visiblement mal à l‘aise, je me range à l‘avis du professeur Marlinson. Je crois que les fossiles et la météorite sont authentiques. Je connais bien les différentes techniques de datation ; or l‘âge de cette roche a été confirmé par de multiples tests. Sa teneur en nickel également.
Ces données ne peuvent pas être falsifiées. Il ne peut y avoir aucun doute sur la roche et son âge, environ cent quatre-vingt-dix millions d‘années. Sa teneur en nickel ne se rencontre jamais sur des roches terrestres et elle contient des dizaines de fossiles parfaitement identifiés, dont la formation remonte aussi à cent quatre-vingt-dix millions d‘années. Je ne vois aucune autre explication possible, sinon que la roche de la NASA est une authentique météorite.
Pickering, silencieux, semblait aux prises avec un dilemme, Rachel ne l‘avait jamais vu aussi perplexe.
— Que devons-nous faire, monsieur ? demanda Rachel. De toute évidence, il faut prévenir le Président qu‘il y a un problème sur ce dossier.
Pickering fronça les sourcils.
— Espérons que le Président n‘est pas déjà au courant...
Rachel sentit un nœud se former au fond de sa gorge. Le sous-entendu de Pickering était clair. Le président Herney pouvait être impliqué dans cette affaire.
Rachel en doutait, mais la Maison Blanche et la NASA avaient beaucoup à y gagner.
— Malheureusement, reprit Pickering, à l‘exception du cliché GPR révélant un puits d‘insertion, toutes les données scientifiques convergent pour crédibiliser la découverte de la NASA.
Il s‘arrêta, la mine grave.
Et en ce qui concerne votre agression...
Il regarda Rachel dans les yeux.
– 301 –
— ... vous avez mentionné des commandos des forces spéciales...
— Oui, monsieur.
Elle lui reparla des munitions improvisées et de leurs tactiques.
Pickering avait l‘air de plus en plus désemparé. Rachel comprit que son patron passait en revue les possibles commanditaires. Il y avait évidemment le Président.
Probablement Marjorie Tench, en tant que conseillère numéro un. Lawrence Ekstrom, l‘administrateur de la NASA, vu ses liens avec le Pentagone, avait aussi cette possibilité. À mesure que Rachel examinait toutes les éventualités, elle réalisait que n‘importe quel haut responsable politique doté des relations nécessaires avait pu manigancer cette attaque.
— Je pourrais téléphoner au Président tout de suite, fit Pickering, mais je ne pense pas que ce serait sage, au moins jusqu‘à ce que nous sachions qui est derrière tout ça. Ma capacité de vous protéger sera très limitée une fois que nous aurons mis la Maison Blanche dans le coup. En outre, je ne sais pas ce que je pourrais bien lui dire. Si la météorite est authentique, ce que vous affirmez tous les trois, alors votre récit concernant le puits d‘insertion et l‘agression par des commandos semble invraisemblable. Le Président ne se privera pas de souligner la fragilité du scénario que je lui présenterai.
Il s‘interrompit, comme s‘il examinait les différentes possibilités.
— Et, de toute façon... quelle que soit la vérité, quels que soient les protagonistes de cette histoire, certains sont des gens très puissants qui vont prendre des coups si cette information est rendue publique. Je préfère vous mettre en sécurité tout de suite, avant de commencer les grandes manœuvres.
— Nous mettre en sécurité ?
Ce commentaire surprit Rachel.
— Je crois que nous sommes tout à fait à l‘abri sur un sous-marin nucléaire, monsieur.
Pickering eut l‘air sceptique.
— Votre présence sur ce sous-marin ne restera pas longtemps secrète. Je vais vous faire exfiltrer sur-le-champ.
– 302 –
Franchement, je me sentirai mieux quand vous serez tous les trois assis en face de moi, dans mon bureau.
73.
Le sénateur Sexton était affalé sur son canapé, anéanti. Son appartement de Westbrooke Place, empli une heure plus tôt de grands patrons et d‘amis, était maintenant jonché de ballons de cognac à moitié vides et de cartes de visite. Ses invités s‘étaient littéralement enfuis à l‘annonce de la catastrophe.