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ç‘aurait été le moment ou jamais de dénoncer l‘immoralité du sénateur !

Gabrielle hocha vaguement la tête.

— Tu as été plus forte que la Tench, Gab. Elle a tenté de te faire mordre à l‘hameçon mais tu n‘as pas mordu. Évidemment, tu as perdu ton boulot, mais il y aura d‘autres campagnes électorales...

Gabrielle acquiesça vaguement, se demandant ce qu‘elle devait croire.

— Il faut avouer, reprit Yolanda, que la Maison Blanche a brillamment piégé Sexton en le poussant à attaquer la NASA et en focalisant toute sa campagne sur ce thème.

C‘est entièrement ma faute, songea Gabrielle.

— Et cette allocution de ce soir, elle tenait du génie !

L‘importance de la découverte mise à part, la communication était parfaite. Un direct avec liaison satellite de l‘Arctique ? Un documentaire signé Michael Tolland ? Mais bon Dieu, comment veux-tu rivaliser avec ça ? Zach Herney les a tous enfoncés. Ce n‘est pas un hasard si ce type est Président. Il faut que je retourne travailler, Gab. Toi, reste là aussi longtemps que tu veux. Essaie de retrouver tes esprits.

Yolanda se dirigea vers la porte.

— Détends-toi, ma chérie, je reviens dans un moment.

Gabrielle sirota son verre d‘eau, mais il avait un arrière-goût amer. Comme tout le reste. Tout est de ma faute, se dit-elle, tâchant d‘étouffer ses remords comme elle pouvait. Les conférences de presse catastrophiques de la NASA, l‘année précédente, les problèmes et les retards de la station spatiale, le lancement reporté de la fusée X-33, toutes les missions ratées sur Mars, les dépassements de budget continuels : les raisons d‘attaquer l‘Agence n‘avaient pas manqué...

Il n‘y avait rien d‘autre à faire, se disait la jeune femme, j‘ai fait exactement ce qu‘il fallait.

Mais le retour de manivelle était terrible.

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74.

L‘hélicoptère SeaHawk de la marine américaine était parti de la base groenlandaise de Thulé en mission secrète pour l‘Arctique. Il volait bas, trop bas pour que les radars le détectent. Il apparut soudain à environ une centaine de mètres au-dessus d‘une mer balayée par de violentes bourrasques. Puis, exécutant les étranges instructions qu‘ils avaient reçues, les pilotes amenèrent leur engin au-dessus d‘un point précis de l‘océan, dont on leur avait donné les coordonnées.

— Où est le rendez-vous ? hurla le copilote, interloqué.

On leur avait dit d‘emporter un treuil de sauvetage, ils s‘attendaient donc à une opération de recherche et de sauvetage.

— T‘es sûr des coordonnées ?

Il scruta la mer agitée avec son projecteur, mais il n‘y avait rien en dessous d‘eux – hormis pourtant...

— Nom de Dieu ! cria le pilote en tirant brusquement sur le manche.

L‘hélicoptère fit un bond de plusieurs mètres.

Une montagne d‘acier noir avait surgi juste devant eux, sans le moindre avertissement. Un immense sous-marin, sans marque de reconnaissance extérieure, rejetait son ballast et s‘élevait dans un tourbillonnement d‘écume.

Les pilotes échangèrent de petits rires crispés.

— Il faut croire que c‘est ça !

Comme on le leur avait ordonné, ils procédèrent à l‘embarquement dans un silence radio complet. La double porte du sas passerelle s‘ouvrit et un matelot leur envoya des signaux avec un projecteur. L‘engin se positionna au-dessus du sous-marin et laissa filer un triple harnais au bout d‘un câble rétractable. En moins d‘une minute, les trois inconnus étaient hissés dans l‘hélicoptère, lentement, sous le violent flux d‘air des rotors.

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Quand les deux hommes et la femme eurent pris pied dans l‘appareil, le pilote envoya un dernier signal au matelot. Tout était OK.

En quelques secondes, l‘énorme sous-marin disparut sans laisser la moindre trace de sa présence.

Une fois les passagers en sûreté à bord de l‘hélicoptère, le pilote prit la direction du sud. La tempête approchait rapidement et les trois étrangers devaient rejoindre la base aérienne de Thulé où un avion les attendrait. De leur destination finale, le pilote n‘avait pas la moindre idée. Tout ce qu‘il savait, c‘était que ces ordres venaient de haut et qu‘il transportait une précieuse cargaison.

75.

Quand la tempête s‘abattit sur le glacier Milne, encerclant la station arctique de la NASA, le dôme se mit à trembler comme s‘il allait être arraché de la banquise et projeté dans la mer. Les câbles d‘acier menaçaient de rompre leurs amarres, vibrant comme d‘énormes cordes de guitare avec un bourdonnement plaintif. Les générateurs, au-dehors, hésitaient, s‘interrompaient, faisant trembloter les lumières comme si la grande salle allait être bientôt plongée dans le noir.

Lawrence Ekstrom marchait à grands pas sous le dôme. Il aurait bien aimé ficher le camp, mais c‘était exclu. Il allait devoir rester un jour de plus, il donnerait ses dernières interviews à la presse dans la matinée et superviserait les préparatifs du transport de la météorite à Washington. Il aurait tant voulu se reposer, dormir un peu... Les multiples problèmes qui avaient émaillé la journée l‘avaient mis sur les genoux.

Les pensées d‘Ekstrom se tournaient vers Wailee Ming, Rachel Sexton, Norah Mangor, Michael Tolland et Corky

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Marlinson. Certains membres de l‘équipe de la NASA avaient commencé à remarquer l‘absence des experts civils.

Relaxe, se dit-il, je contrôle la situation.

Il inspira profondément, se rappelant que la terre entière était captivée par l‘annonce de la NASA et la magie de l‘espace.

Le dernier scoop sur la possibilité d‘une vie extraterrestre remontait à bien longtemps. Il s‘agissait du fameux accident de Roswell, en 1947. On avait prétendu qu‘un vaisseau spatial extraterrestre s‘était écrasé à Roswell (Nouveau-Mexique), un patelin devenu depuis un véritable lieu de pèlerinage pour des millions d‘adeptes des ovnis.

À l‘époque où Ekstrom travaillait au Pentagone, il avait appris que l‘épisode de Roswell n‘était qu‘un accident militaire survenu durant une opération intitulée projet Moghul – l‘essai en vol d‘un ballon-espion conçu pour écouter les expérimentations atomiques des Soviétiques. Lors d‘un test, un prototype avait échappé aux ingénieurs et était allé s‘écraser dans le désert du Nouveau-Mexique. Malheureusement, il avait fallu qu‘un civil découvre l‘épave du ballon avant les militaires.

William Brazel, un brave éleveur de bétail, était tombé sur des débris de néoprène de synthèse et de métaux légers, des matériaux qui ne ressemblaient à rien de ce qu‘il connaissait. Il avait aussitôt appelé le shérif. Des journaux avaient rapporté l‘histoire de cet étrange crash, et la curiosité du public avait grimpé en flèche. Alimentés par les dénégations des militaires, des reporters avaient enquêté et le secret du projet Moghul avait été sérieusement menacé. Mais, au moment où l‘on allait devoir révéler l‘existence d‘un ballon-espion, un événement miraculeux s‘était produit.