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Il quitta l‘estrade d‘un pas précipité.

Sexton poussa un grognement perplexe. Il devait reconnaître que tout cela était étrange. Pourquoi Chris Harper avait-il l‘air si satisfait en délivrant de mauvaises nouvelles et si mal à l‘aise quand il s‘agissait d‘en donner de bonnes ? Ç‘aurait dû être l‘inverse. Sexton n‘avait pas vu cette conférence de presse lors de sa diffusion, mais il avait lu des articles sur ce rafistolage. Le problème, à l‘époque, se limitait apparemment à une réparation mineure – un incident typique de la NASA. Le public était resté très neutre. PODS n‘était qu‘un projet de l‘Agence qui avait connu un dysfonctionnement, un de plus, et qui avait été remis sur pied avec une solution relevant du bricolage.

Le vieil homme éteignit la télévision.

— La NASA a prétendu que Harper ne se sentait pas très bien ce soir-là.

Il ménagea un silence avant de reprendre :

— En ce qui me concerne, je pense que Harper mentait.

Mentait ? Sexton le dévisagea, trop étonné pour rassembler ses pensées et trouver une raison logique qui aurait poussé Harper à mentir au sujet de ce logiciel. Le sénateur avait pourtant entendu suffisamment de contre-vérités dans sa vie pour reconnaître un mauvais menteur. Et, en effet, Harper paraissait très suspect.

— Vous ne mesurez sans doute pas les conséquences de tout cela ? demanda le vieillard. Cette déclaration que vous venez d‘entendre de la bouche de Chris Harper est en fait la conférence de presse la plus importante de l‘histoire de la NASA.

Il s‘interrompit à nouveau.

— La réparation du logiciel, qu‘il vient de décrire, est précisément celle qui a permis à PODS de trouver la météorite.

Sexton était sidéré.

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— Mais si Harper mentait et que le logiciel PODS ne fonctionne pas, comment diable la NASA a-t-elle pu découvrir cette météorite ?

Le vieil homme eut un sourire de connivence.

— C‘est exactement la question que je me pose.

77.

Une partie de la flotte militaire se compose d‘avions saisis par les douanes, une dizaine de jets privés de luxe pour la plupart confisqués à des trafiquants de drogue. Parmi eux, trois Gulf Stream G4 réaménagés servent au transport de hauts responsables de l‘armée. Une demi-heure plus tôt, l‘un de ces G4 avait quitté le tarmac de Thulé, luttant contre les violentes rafales de vent qui balayaient le Groenland ; il se dirigeait maintenant vers Washington, survolant le Canada plongé dans la nuit. À bord, Rachel Sexton, Michael Tolland et Corky Marlinson disposaient pour eux seuls d‘une cabine de huit places. Avec leurs casquettes USS Charlotte et leurs combinaisons bleues, on aurait dit des sportifs un peu débraillés.

Malgré le vrombissement des moteurs Grumman, Marlinson dormait à l‘arrière de l‘appareil. Tolland assis à l‘avant, épuisé, contemplait la mer par un hublot. Rachel, assise derrière lui, savait qu‘elle ne pourrait pas trouver le sommeil bien qu‘on lui ait administré un sédatif. L‘énigme de la météorite la tracassait, ainsi que la récente conversation avec Pickering depuis la chambre sourde.

Avant de raccrocher, ce dernier avait donné à Rachel deux informations inquiétantes.

D‘abord, Marjorie Tench prétendait posséder une vidéo sur laquelle était enregistrée la déclaration de Rachel devant l‘équipe de la Maison Blanche. Tench menaçait de faire usage de

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cette vidéo comme preuve, au cas où la jeune femme essaierait de revenir sur son témoignage. Une nouvelle particulièrement déplaisante, parce que Rachel avait explicitement demandé à Zach Herney que ces commentaires restent confidentiels.

Apparemment, le Président avait décidé de ne pas en tenir compte.

Deuxième nouvelle tout aussi alarmante : son père avait participé l‘après-midi même à un débat sur CNN.

Apparemment, Marjorie Tench lui avait donné la réplique, fait rarissime, et elle avait piégé le sénateur en le forçant à exprimer catégoriquement son opposition à la NASA. Plus précisément, Tench l‘avait amené à proclamer son scepticisme sur la possibilité de découvrir un jour une preuve quelconque de l‘existence d‘extraterrestres.

« Manger son chapeau ? » C‘était, selon Pickering, ce que son père avait promis si la NASA trouvait une preuve de vie extraterrestre. Rachel se demandait comment Tench était parvenue à lui faire prononcer cette phrase maintenant si fâcheuse pour lui. De toute évidence, la Maison Blanche a vait soigneusement préparé et mis en scène ce moment, disposant intelligemment ses pions pour précipiter la débâcle du sénateur.

Le Président et Marjorie Tench, sorte de duo de catcheurs politiques parfaitement au point, avaient manœuvré de concert en vue de la défaite finale. Pendant que le Président conservait sa dignité et se tenait, en apparence, à distance, Marjorie Tench s‘était jetée dans l‘arène et avait manœuvré, précipitant habilement sa proie dans le piège.

Rachel savait de la bouche même du Président qu‘il avait demandé à la NASA de retarder l‘annonce de la découverte, afin de donner aux scientifiques le temps de confirmer l‘exactitude de leurs informations. Rachel comprenait maintenant qu‘il avait tiré d‘autres profits de ce délai. Il avait pu préparer le nœud coulant qui allait étrangler son adversaire.

Rachel n‘éprouvait aucune sympathie pour son père, et pourtant elle venait de réaliser que, derrière la façade chaleureuse et avenante du président Zach Herney, se cachait un impitoyable requin. On ne devient pas l‘homme le plus puissant du monde sans développer un instinct de tueur. Il

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fallait savoir si ce requin était un spectateur candide ou s‘il tirait les ficelles.

Rachel se leva, étira ses jambes et fit quelques pas dans la travée centrale de l‘avion. Elle ne parvenait pas à disposer rationnellement les pièces du puzzle. Pickering, avec la clarté logique qui était sa marque de fabrique, avait conclu que la météorite devait être fausse. Corky et Tolland, catégoriques comme le sont toujours les experts, soutenaient mordicus qu‘elle était authentique. Rachel savait seulement qu‘elle avait vu une roche fossilisée et calcinée qu‘on avait extraite de la glace.

En passant à côté de Corky, elle jeta un coup d‘œil à l‘astrophysicien dont le visage était encore tuméfié mais il était moins gonflé et les points de suture avaient bon aspect. Il était endormi, ronflait, ses doigts boudinés refermés sur l‘échantillon de la météorite comme sur un doudou d‘enfant.

Rachel s‘approcha et prit doucement l‘échantillon des mains de Marlinson. Elle l‘examina une nouvelle fois. Chasser toutes les certitudes, se dit-elle en se forçant à remettre en ordre ses pensées. Rétablir un enchaînement logique solide. C‘était une vieille technique des agents du NRO. Réexaminer la solidité des preuves depuis le départ était une procédure qu‘ils appelaient « repartir de zéro », une méthode que tous les analystes de données pratiquaient quand les pièces d‘un puzzle ne s‘ajustaient pas les unes aux autres.

Elle se remit à faire les cent pas en réfléchissant : cette roche fournit-elle la preuve d‘une vie extraterrestre ?