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Tout autour d’eux, il y eut comme un soupir : « L’eau tombe du ciel… elle court sur la terre. »

« Saviez-vous que, parmi nous, il en est qui ont perdu l’eau de leurs poches par accident et qui seront en péril avant que nous atteignions Tabr cette nuit ? »

« Comment aurais-je pu le savoir ? dit-elle. S’ils en ont besoin, donnez-leur l’eau que nous avons. »

« Est-ce là ce que vous entendiez faire avec cette richesse ? »

« J’entendais sauver la vie. »

« Alors, nous acceptons votre bénédiction, Sayyadina. »

« Vous ne nous achèterez pas avec votre eau, dit Jamis. Pas plus que tu ne détourneras ma fureur sur toi, Stilgar. Je comprends : Tu veux que je te défie avant même d’avoir prouvé mes dires. »

Stilgar lui fit face. « Es-tu décidé à proposer ce combat à un enfant, Jamis ? » Sa voix, soudain, s’était chargée de venin.

« Elle doit être défiée. »

« Même si elle a mon soutien ? »

« J’invoque la règle de l’amtal. C’est mon droit. »

Stilgar acquiesça. « En ce cas, si le garçon ne t’abat point, c’est mon couteau que tu rencontreras ensuite. Et, cette fois, je ne l’abaisserai point ainsi que je l’ai fait auparavant. »

« Vous ne pouvez faire cela, dit Jessica, Paul n’est que…»

« Vous ne pouvez intervenir, Sayyadina, dit Stilgar. Oh, je sais que vous pouvez me vaincre comme n’importe lequel d’entre nous, mais vous ne pouvez venir à bout de tous à la fois. Et il doit en être ainsi. C’est la règle de l’amtal. »

Elle demeura silencieuse, le regardant à la lueur verte des brilleurs, découvrant la raideur démoniaque qui avait tout à coup envahi ses traits. Puis ses yeux se portèrent sur Jamis, sur le froncement de ses sourcils et elle songea : J’aurais dû voir cela avant. Il est du genre silencieux, il rumine. Il travaille au plus profond de lui-même. J’aurais dû être prête.

« Si vous frappez mon fils, dit-elle, vous devrez m’affronter. Je vous défie dès maintenant. Je vous abattrai dans un…»

« Mère ! (Paul s’avança, posa la main sur son bras.) Si je m’expliquais avec Jamis…»

« S’expliquer ! » lança Jamis.

Paul se tut. Il se détourna et le regarda. Il ne ressentait pas la moindre peur. Jamis lui semblait maladroit dans le moindre de ses mouvements et, la nuit précédente, il était tombé si vite. Mais Paul percevait encore le bouillonnement du nexus de la caverne, il se souvenait encore de sa propre image, du couteau planté dans son corps. Les chemins de fuite, de part et d’autre de cette vision, avaient été si rares…

« Sayyadina, dit Stilgar, il faut que vous reculiez vers…»

« Cesse de l’appeler Sayyadina ! s’écria Jamis. Cela reste encore à prouver. Elle connaît la prière ? Et alors ? Parmi nous, n’importe quel enfant la connaît, non ? »

Il en a assez dit, songea Jessica. Je connais la clé. D’un mot, je pourrais l’immobiliser. Elle hésita. Mais je ne pourrais les immobiliser tous.

« Alors tu vas me répondre », dit-elle, et elle mit un gémissement dans sa voix et un appel au dernier mot. Jamis la regarda avec crainte.

« Je vais t’apprendre la souffrance, reprit-elle sur le même ton. Souviens-toi de cela quand tu combattras. Ta souffrance sera telle que le gom jabbar, en comparaison, sera comme une joie. Tu te débattras de tous tes…»

« Elle essaye de m’ensorceler ! s’écria Jamis. (Il porta le poing droit derrière son oreille.) J’invoque le silence sur elle ! »

« Qu’il en soit donc ainsi, dit Stilgar. (Il lança à Jessica un regard impératif.) Si vous parlez à nouveau, Sayyadina, nous saurons que votre sorcellerie agit et nous vous rejetterons. » Et, d’un signe de tête, il lui fit signe de se retirer.

Des mains la prirent, la poussèrent sans douceur. Elle vit Paul séparé des autres et Chani au visage d’elfe qui chuchotait à son oreille tout en montrant Jamis de la tête.

Le cercle se forma. De nouveaux brilleurs furent amenés qui, tous, irradiaient une clarté jaune.

Jamis s’avança à l’intérieur du cercle. Il ôta sa robe et la tendit à un homme, dans l’assistance. Il n’était plus vêtu que de son distille, taché par endroits. Il pencha la tête vers son épaule, but au tube puis se redressa et entreprit de défaire également son distille. Il le tendit avec précaution à la foule. Puis il attendit. Il n’avait plus que ses sous-vêtements. Ses pieds étaient étroitement enveloppés de tissu. Il tenait son krys dans la main droite.

Jessica observait Chani, la femme-enfant, qui aidait Paul et lui tendait un krys. Il prit l’arme, en apprécia le poids, l’équilibre. Jessica songea qu’il avait été éduqué dans le prana et le bindu, le nerf et la fibre. Que le combat lui avait été enseigné à une école mortelle, par des hommes tels que Duncan Idaho et Gurney Halleck, des hommes qui étaient devenus des légendes de leur vivant. Il connaissait les ruses Bene Gesserit et semblait confiant, assuré.

Mais il n’a que quinze ans, se dit-elle. Et il n’a pas de bouclier. Il faut que j’arrête ça. Il doit y avoir un moyen… Elle leva les yeux et rencontra le regard de Stilgar.

« Vous ne pouvez rien arrêter, dit-il. Vous ne pouvez pas parler. »

Elle posa la main sur sa bouche et songea : J’ai instillé la peur dans l’esprit de Jamis. Peut-être cela va-t-il le ralentir… Si seulement je pouvais prier… prier vraiment…

Maintenant, Paul était seul à l’intérieur du cercle. Il portait la tenue de combat qu’il avait gardée sous son distille et tenait le krys dans sa main droite. Ses pieds étaient nus sur le sol sableux. Idaho lui avait répété tant et tant de fois : « Quand tu doutes du sol, reste pieds nus. » Et il entendait encore les paroles de Chani : « Après une parade, Jamis se porte sur sa droite. C’est une habitude que nous avons tous remarquée. Et il visera tes yeux pour te désorienter avant de frapper. Il se bat des deux mains. Prends garde lorsqu’il passe son couteau de l’une à l’autre. »

Mais si intense avait été son entraînement, jour après jour, heure après heure, qu’il lui semblait sentir par tout son corps le mécanisme de réaction instinctive que l’on avait imprimé en lui.

Et il se souvenait des recommandations de Gurney Halleck : « Le bon combattant au couteau doit penser simultanément à la pointe, à la lame et à sa garde. La pointe peut trancher ; la lame peut percer et la garde peut aussi bien prendre au piège la lame de l’adversaire. »

Il regarda le krys. Pas de garde. Rien que l’anneau du manche pour protéger la main. Et il prit conscience, soudain, qu’il ignorait la résistance de la lame. Il ne savait même pas s’il était possible de la briser.

Jamis s’avança sur la droite, suivant le cercle.

Paul s’accroupit. Il pensait qu’il n’avait pas de bouclier. Alors que tout son entraînement au combat reposait sur la présence de cet invisible champ autour de lui qui exigeait la plus grande rapidité en défense et une lenteur subtilement calculée pour l’attaque. En dépit des avertissements constants de ceux qui l’avaient éduqué, il se rendait compte à présent que le bouclier faisait intimement partie de ses réactions.

Jamis lança le défi rituel : « Puisse le couteau trancher et briser ! »

Alors, la lame doit se casser, pensa Paul.