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Quelque chose étincela sur sa gauche. Une boule de foudre jaillit de la paroi et crépita en touchant le sol. Une odeur de feu se répandit dans le selamlik.

« Le bouclier ! cria l’un des officiers sardaukar. Le bouclier extérieur est abattu ! Ils…»

Le reste de ses paroles fut noyé dans un rugissement métallique tandis que la coque du vaisseau, derrière l’Empereur, vacillait et frémissait.

« Ils ont détruit le nez du vaisseau ! » hurla une voix.

Un nuage de poussière s’engouffra dans la pièce. Alia s’élança vers la porte.

L’Empereur se retourna alors et fit signe à ses gens de gagner l’issue de secours qui s’était ouverte derrière son trône. Au travers de la poussière, il leva la main à l’adresse d’un officier sardaukar. « Nous résisterons ici ! » ordonna-t-il.

Une autre commotion secoua la tente de métal. Les doubles portes claquèrent violemment à l’extrémité de la pièce, livrant passage à un torrent de sable tandis que retentissaient des cris innombrables. Un instant, chacun put entrevoir une petite silhouette en robe noire dans la lumière. Alia se ruait au-dehors pour se procurer un couteau et, comme le voulait son éducation fremen, achever tous les blessés, Harkonnens et Sardaukar. Les Sardaukar de la suite impériale se déployèrent alors dans la brume jaunâtre, formant un arc de cercle pour protéger la retraite de l’Empereur.

« Au vaisseau ! cria un Sardaukar. Sauvez-vous, Sire ! »

Mais l’Empereur demeurait seul, la main tendue vers les portes. La paroi s’était abattue sur quarante mètres et les portes du selamlik s’ouvraient sur le sable en furie. Depuis des distances infinies et pastel, un nuage de poussière soufflait sur le monde. Il crépitait d’éclairs d’électricité statique qui s’ajoutaient aux étincelles des boucliers qui, l’un après l’autre, succombaient à la tempête. Sur toute la plaine, des silhouettes s’affrontaient, des Sardaukar et des hommes en robe qui semblaient surgir sans cesse du cœur de la tempête et qui sautaient et tourbillonnaient.

Tout cela, l’Empereur le désignait de sa main tendue.

De la brume ocre surgit alors une rangée de formes rondes et mouvantes, étincelantes, bardées de crocs cristallins, une rangée de vers de sable aux gueules béantes, une muraille vivante de monstres que chevauchaient des guerriers fremen. Ils arrivaient dans un crissement, un sifflement, dans le frisson noir des robes dans le vent. Ils s’avançaient, écartaient, écrasaient la mêlée furieuse répandue sur la plaine. Ils venaient droit sur la grande tente impériale et les Sardaukar les regardaient approcher, pétrifiés de peur pour la première fois de leur histoire, ne parvenant pas à croire à une telle attaque.

Mais les silhouettes qui dansaient sur le dos des monstres étaient celles de Fremen et les lames qu’ils brandissaient et qui jetaient des éclairs dans la menaçante clarté jaune de la tempête étaient familières aux Sardaukar. Ils se lancèrent à l’attaque. Et le combat s’engagea tandis qu’un Sardaukar poussait l’Empereur vers le vaisseau, scellait la porte et se préparait à mourir à ce poste.

A l’intérieur du vaisseau, c’était presque le silence. Le regard de l’Empereur se porta sur les visages blêmes des gens de sa suite. Sa fille aînée semblait épuisée et ses joues étaient empourprées. La vieille Diseuse de Vérité n’était plus qu’une ombre noire. L’Empereur découvrit alors les deux silhouettes qu’il cherchait, les deux hommes de la Guilde en uniforme gris, strict, qui ne se départissaient pas de leur calme.

Le plus grand des deux, pourtant, gardait une main sur son œil gauche. Tandis que l’Empereur l’observait, quelqu’un le bouscula, sa main glissa et l’œil apparut. L’homme de la Guilde avait perdu son verre de contact et l’Empereur vit l’œil tel qu’il était, totalement bleu, d’un bleu si sombre qu’il semblait noir.

Le plus petit des deux s’avança vers l’Empereur et dit : « Nous ne pouvons prévoir l’issue. » Et son compagnon, ayant maintenant remis la main sur son œil bleu, ajouta d’un ton froid : « Mais ce Muad’Dib non plus. »

Ces mots produisirent un choc dans l’esprit de l’Empereur et il sortit de sa torpeur. Il se retint à grand-peine d’exprimer son mépris pour ce navigateur de la Guilde incapable de deviner le proche avenir qui se formait, là, au-dehors. Ces gens dépendaient-ils à ce point de leur faculté qu’ils avaient perdu tout à la fois la vue et la raison ?

« Révérende Mère, dit-il. Nous devons mettre un plan au point. »

Elle rejeta son capuchon en arrière et affronta son regard. Une totale compréhension s’établit entre eux, à cet instant. Ils savaient qu’il leur restait encore une arme : la traîtrise.

« Convoquez le comte Fenring », dit la Révérende Mère.

L’Empereur acquiesça et fit signe à l’un de ses lieutenants.

Il était guerrier et mystique, féroce et saint ; il était retors et innocent, chevaleresque, sans pitié, moins qu’un dieu, plus qu’un homme. On ne peut mesurer Muad’Dib selon les données ordinaires. Au moment de son triomphe, il devina que la mort le guettait et accepta pourtant la traîtrise. Peut-on dire qu’il le fit pour obéir à son sens de la justice ? Quelle justice, en ce cas ? Car, souvenez-vous bien : nous parlons du Muad’Dib qui revêtit ses tambours de la peau de ses ennemis, qui rejeta toutes les conventions de son passé ducal en déclarant simplement : « Je suis le Kwisatz Haderach. Cette raison me suffit. »

Extrait de L’Éveil d’Arrakis,
par la Princesse Irulan.

Au soir de la victoire, ce fut jusqu’à la résidence gouvernementale, l’ancienne demeure des Atréides, qu’ils escortèrent Paul-Muad’Dib. L’édifice était tel que Rabban l’avait restauré. Il n’avait souffert en rien des combats bien que la population de la cité l’eût pillé. Certains des meubles, dans le grand hall, avaient été renversés et brisés.

Paul franchit la porte principale, suivi de Gurney Halleck et de Stilgar. Leur escorte se dispersa dans le Grand Hall et ménagea un espace sûr pour Muad’Dib. Un groupe se mit en quête de pièges.

« Je me souviens du jour où nous sommes arrivés ici avec votre père, dit Gurney. (Il leva les yeux sur les larges poutres et les hautes fenêtres.) Cet endroit ne m’a pas plu alors, et il ne me plaît pas plus maintenant. Nos grottes sont plus sûres. »

« Voilà qui est parlé. Vous êtes un vrai Fremen, dit Stilgar (Il remarqua le sourire froid qui apparut sur les lèvres de Muad’Dib.) Muad’Dib, accepteras-tu de changer d’idée ? »

« Cet endroit est un symbole. Rabban vivait ici. En l’occupant, je scelle ma victoire aux yeux de tous. Que l’on envoie des hommes dans toute la place. Qu’ils ne touchent à rien. Qu’ils s’assurent simplement qu’il ne reste aucun Harkonnen ici. »

« Comme tu voudras », dit Stilgar, et il se détourna avec réticence.

L’équipe de radio surgit dans la salle et se mit à installer le matériel près de la grande cheminée. Les Fremen qui s’étaient joints aux Fedaykin prirent position autour de la salle. L’ennemi avait trop longtemps résidé en ce lieu pour qu’ils relâchent leur vigilance.

« Gurney, qu’une escorte aille chercher ma mère et Chani, dit Paul. Chani sait-elle, pour notre fils ? »

« Le message a été envoyé, Mon Seigneur. »

« Les faiseurs ont-ils été retirés du bassin ? »

« Oui, Mon Seigneur. La tempête est presque finie. »

« Quels sont les dégâts ? »

« Très importants sur le chemin direct, c’est-à-dire sur le terrain de débarquement et les parcs à épice de la plaine. Autant par la bataille que par la tempête, d’ailleurs. »