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— C’était involontaire… et je ne vois pas ce que cela a d’amusant. Oh, Jill, je n’ai vraiment pas été bon pour toi. Tu riais. Je ne riais pas. Et je ne l’ai jamais appris, mais c’est toi qui as oublié ! Ce n’est pas moi qui deviens humain… mais toi qui deviens martienne.

— Et j’en suis heureuse. Tu n’as sans doute pas remarqué que je riais.

— Je t’entendrais rire de l’autre bout de la rue. Je n’ai plus peur du rire, mais je ne le gnoque pas. Si je le gnoquais, je crois que je gnoquerais les gens. Alors, je pourrais aider quelqu’un comme Pat… lui enseigner ce que je sais et apprendre ce qu’elle sait. Nous nous comprendrions.

— Tout ce que Patty désire, c’est nous voir de temps en temps. Pourquoi n’irions-nous pas, Mike chéri ? Elle est chez elle, car la foire est fermée pour la saison. Descendons au sud… j’ai toujours voulu connaître la Basse-Californie, et cela nous permettrait de quitter cet affreux brouillard. Nous irions chercher le soleil plus loin s’il le faut, et l’amènerions avec nous, ça serait merveilleux !

— D’accord. »

Elle se leva. « Je vais choisir une robe. Si tu veux garder ces livres, je peux les envoyer à Jubal. »

Il claqua des doigts et tous les livres disparurent, sauf la Nouvelle Révélation de Patricia. « Mais avant de partir, Jill, je voudrais aller au zoo.

— Comme tu voudras.

— Je voudrais renvoyer son crachat au chameau et lui demander pourquoi il fait cette tête. Peut-être les chameaux sont-ils les Anciens de cette planète, ce qui expliquerait bien des choses.

— Mike ! Deux plaisanteries le même jour !

— Je ne ris pas. Et toi non plus. Ni le chameau. Il gnoque peut-être pourquoi, lui. Cette robe te va ? Veux-tu des sous-vêtements ?

— Oh oui, s’il te plaît. Il fait frais.

— Doucement…» Il la fit léviter à une cinquantaine de centimètres au-dessus du tapis. « Slip, bas, jarretières, chaussures. » Il la redescendit. « Et maintenant lève les bras. Soutien-gorge ? Non, tu n’en as pas besoin. Et puis la robe, et te voilà décente. Et jolie, quoi que cela veuille dire. Si je ne suis bon à rien d’autre, je pourrais peut-être trouver une place de femme de chambre : bains, shampooings, massages, coiffure, maquillage, tenues pour toutes occasions. Ce sera tout Madame ? »

— Tu es une parfaite femme de chambre, chéri.

— Je le gnoque. Tu es si jolie que j’ai bien envie de tout ôter et de te faire un massage. Du type qui rapproche.

— Oh oui !

— Je croyais que tu avais appris à attendre ? D’abord, il faut que tu m’amènes au zoo et m’achètes des cacahuètes.

— Oui, Mike. »

Un vent glacial soufflait sur le Golden Gâte Park ; Mike ne s’en aperçut même pas et Jill avait appris comment ne pas avoir froid. Elle fut néanmoins heureuse de la chaleur qui régnait dans la ménagerie des singes. Elle n’aimait d’ailleurs pas ces derniers : ils étaient trop humains ; cela la déprimait. Elle en avait pourtant fini avec la pudibonderie, et avait appris à chérir avec une joie ascétique, presque martienne, tout ce qui était physique. Les évacuations et copulations publiques de ces simiens ne l’offusquaient pas ; les pauvres… enfermés comme ils l’étaient, comment se seraient-ils soustraits aux regards ? Non, ce qui la gênait, c’est qu’ils étaient « humains, trop humains ». Leurs actions, leurs expressions, même tel regard vaguement surpris lui rappelaient ce qu’elle appréciait le moins dans sa propre race.

Jill préférait les lions, les grands mâles arrogants malgré la captivité, le caractère placide et maternel des femelles… Et aussi l’altière beauté des tigres du Bengale aux yeux encore emplis de jungle, les petits léopards rapides et implacables, la forte odeur de musc qui régnait dans cette partie de la ménagerie. Mike partageait ses goûts ; ils passaient des heures avec les grands fauves, ou dans la volière, ou encore à regarder les reptiles ou les phoques… il lui avait dit une fois que naître otarie était ce que l’on pouvait faire de mieux sur cette planète.

La première visite que Mike rendit à un zoo l’avait fortement déprimé. Jill dut lui ordonner d’attendre et de gnoquer, car il était sur le point de libérer tous les animaux. Puis il admit que la plupart ne pourraient pas vivre ici, et que le zoo était, dans un sens, un nid. Après quelques heures de méditation, il décida de ne jamais faire disparaître barreaux, grillages ou cloisons de verre. Il expliqua à Jill que les barreaux servaient davantage à maintenir les gens au-dehors qu’à empêcher les animaux de sortir, ce qu’il n’avait pas gnoqué au début. Après cela, il ne manquait jamais de visiter les zoos des villes où ils passaient.

Mais aujourd’hui, même la misanthropie des chameaux fut impuissante à chasser la mélancolie de Mike, et les singes ne le déridèrent pas. Ils étaient devant une cage contenant une famille de capucins et les regardaient manger, dormir, se faire la cour et se livrer à leur mille et une occupations.

Jill jeta une cacahuète à un jeune mâle, mais avant qu’il ne pût la manger, un vieux mâle la lui vola, et lui donna en plus une rossée. Le jeune capucin ne fit nullement mine de poursuivre son bourreau ; il tapait des poings sur le sol de la cage et bavait de rage impuissante. Mike le regardait avec une gravité solennelle.

Soudain, le singe maltraité traversa la cage en courant et se précipita sur un singe encore plus petit que lui, pour lui administrer une volée pire que celle qu’il avait reçue. Le troisième singe s’enfuit en gémissant. Les autres capucins ne prêtèrent aucune attention à ce qui se passait.

Alors, Mike rejeta la tête en arrière et rit. Il continua de rire, incontrôlablement. Suffocant à moitié, tremblant de tout son corps, il s’affaissa lentement, sans cesser de rire.

« Mike, arrête ! »

Il se redressa mais ne cessa pas de hoqueter de rire. Un gardien arriva en courant. « Vous avez besoin d’aide, madame ?

— Pouvez-vous nous appeler un taxi ? N’importe quoi, terrestre ou aérien. Il faut que je le sorte d’ici ! » Elle ajouta : « Il est souffrant.

— Ou une ambulance ? On dirait qu’il a une attaque.

— N’importe quoi ! » Quelques minutes plus tard, elle aida Mike à monter dans un aérotaxi piloté. Elle donna leur adresse, puis exhorta Mike : « Écoute-moi, chéri ! Calme-toi. »

Il se calma un peu, mais continuait à rire à mi-voix, puis pouffait soudain d’un rire tonitruant, cela continua ainsi tout le trajet durant, pendant qu’elle lui essuyait les yeux avec un mouchoir. Arrivés chez eux, elle le déshabilla et le fit s’allonger. « Voilà, mon chéri. Retire-toi si tu en as besoin.

— Je vais très bien. Enfin, je vais bien !

— Je l’espère… Tu m’as fait peur, Mike.

— Excuse-moi, Petit Frère. Moi aussi, j’ai eu peur la première fois que j’ai entendu rire.

— Que s’est-il passé, Mike ?

— Jill… je gnoque les gens ! »

(!!! –???)

(Je parle vrai, Petit Frère. Je gnoque.) « Oui, Jill, je gnoque les gens maintenant. Jill… Petit Frère… trésor adoré… petit lutin aux jambes espiègles et à l’adorable, impudique, lascive, lubrique et licencieuse libido… aux beaux seins et au postérieur effronté… à la douce voix et aux douces mains. Ma mignonne adorée.

— Michaël ! » Jill n’en croyait pas ses oreilles.

« Oh, je connaissais les mots… mais je ne savais pas quand et comment les utiliser… ni si tu le désirais. Je t’aime, mon doux amour ! Je gnoque « aimer » aussi…