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— Oui, Jubal. Le mot est « Dieu ». » Il ajouta : « Vous gnoquez.

— Je dois admettre que je ne gnoque pas.

— Vous gnoquez, répéta Smith fermement. J’explique. Je n’avais pas le mot. Vous gnoquez. Anne gnoque. Je gnoque. L’herbe sous mes pieds gnoque dans sa joyeuse beauté. Mais il me fallait le mot. Le mot est Dieu.

— Continuez. »

Mike désigna Jubal d’un geste triomphal. « Tu es Dieu ! »

Jubal se frappa le front. « Doux Jésus, qu’ai-je fait ? Écoutez-moi, Mike ! Vous ne m’avez pas compris. Je suis désolé. Je suis très désolé. Oubliez tout ce que j’ai dit ; nous recommencerons une autre fois. Mais…

— Tu es Dieu, répéta Mike avec sérénité. Ce qui gnoque. Anne est Dieu. Je suis Dieu. L’herbe joyeuse est Dieu. Jill gnoque en beauté toujours. Jill est Dieu. Tous, faisant et formant et créant ensemble…» Il croassa quelque chose en martien et sourit.

« D’accord, Mike. Mais cela peut attendre. Anne ! Vous avez pris cela ?

— Et comment, patron !

— Enregistrez-le. Il faudra que je travaille dessus. Je ne peux pas laisser ça comme ça. Il faudrait…» Jubal leva les yeux. « Ciel ! Tout le monde à son poste ! Anne ! Le bouton d’alarme, vite ! Mais n’appuyez pas encore ; ils ne viennent peut-être pas ici. » Il regarda de nouveau vers le sud, où deux aérocars approchaient. « Je crains que si. Mike ! Cachez-vous dans la piscine. Et souvenez-vous : tout au fond, et ne bougez pas tant que Jill ne viendra pas vous chercher.

— Oui, Jubal. »

— Tout de suite. Dépêchez-vous !

— Oui, Jubal. » Mike courut les quelques mètres qui les séparaient de la piscine, fendit l’eau et disparut avec style.

« Jill ! Plongez à sa suite puis ressortez. Vous aussi, Larry. S’ils regardaient, je veux qu’ils ne sachent plus combien de personnes étaient dans l’eau. Dorcas ! Sortez de l’eau, replongez, ressortez ! Anne ! Non, vous avez le bouton d’alarme.

— Je vais rester au bord. Qu’est-ce que je fais avec le bouton ?

— S’ils atterrissent, mettez votre robe de Témoin puis attendez. Lorsque je crierai votre nom, appuyez…» Il se protégea les yeux du soleil. « L’un d’eux va atterrir… on dirait un vrai panier à salade. Zut ! j’espérais qu’ils viendraient négocier. »

Le premier engin plana puis atterrit dans le jardin entourant la piscine ; le second se mit à décrire des cercles à basse altitude. C’étaient des véhicules de patrouille, et ils portaient le globe stylisé, insigne de la Fédération.

Anne posa le relais-radio et endossa prestement l’habit de sa profession, puis reprit la petite boîte et garda le doigt sur le bouton. La porte du premier véhicule s’ouvrit et Jubal chargea avec la belligérance d’un pékinois. « Otez ce fichu machin de mes rosiers !

— Jubal Harshaw ? demanda l’homme qui venait de descendre.

— Dites à cet âne de bouger son engin de là et de se poser sur l’herbe !

— Jubal Harshaw, j’ai un mandat d’amener contre…

— Peu m’importe que vous ayez un mandat contre le roi d’Angleterre. Otez cette ferraille de mes fleurs ! Je vais vous attaquer pour…» Jubal regarda l’homme comme s’il le voyait pour la première fois. « Ah, c’est vous, dit-il avec un mépris cinglant. Êtes-vous né idiot, Heinrich, ou avez-vous dû apprendre à le devenir ? Où cette bourrique en uniforme a-t-elle appris à voler ?

— Si vous voulez bien examiner ce mandat d’amener, dit Heinrich avec une patience étudiée. Et ensuite…

— Enlevez votre carriole de mes plates-bandes ou cela va vous coûter votre pension. »

Heinrich hésita. « Anne ! hurla Jubal. Et dites aussi à ces rustres qui descendent de faire attention où ils mettent leurs pieds ! Ce crétin aux dents proéminentes est en plein sur une Élisabeth M. Hewitt dix fois primée ! »

Heinrich tourna la tête vers ses hommes. « Doucement avec les fleurs. Paskin, vous en écrasez une. Compris ? Allez poser l’aérocar sur la pelouse ! » Il se retourna vers Harshaw. « Cela vous satisfait ?

— Lorsqu’ils auront obéi. Mais il y aura quand même des dommages à payer. Vos papiers, s’il vous plaît. Montrez-les au Juste Témoin et dites-nous à voix haute et claire vos noms, grade, organisation et numéro matricule.

— Vous savez qui je suis. J’ai un mandat d’amener au nom…

— Et j’ai un mandat pour vous tirer dessus à moins que vous ne fassiez les choses selon l’ordre et la loi ! Je ne sais pas qui vous êtes. Vous ressemblez à un fonctionnaire que j’ai vu au téléphone, mais cela ne me suffit pas pour vous identifier. Vous devez vous identifier dans les formes légales. Code mondial article 1602 paragraphe II. Et cela vaut aussi pour ces autres singes et pour le Néandertal qui pilote votre engin.

— Ce sont des officiers de police placés sous mes ordres.

— Je n’en sais rien. Ils ont pu louer ces uniformes mal taillés chez un costumier. J’exige la lettre de la loi ! Vous débarquez sans prévenir sur mes terres, vous dites être un officier de police et prétendez avoir un mandat autorisant cette intrusion. Moi, je dis que vous avez violé une propriété privée, à moins que vous ne puissiez prouver le contraire : et cela me donne le droit de vous expulser par la force… ce que je vais faire sans tarder.

— Je ne vous le conseillerais pas.

— De quel droit me conseilleriez-vous quoi que ce soit ? Si je suis blessé en essayant de faire respecter mes droits, votre action devient une attaque à main armée – si je ne m’abuse ces ânes ont des revolvers. Cela fait un procès civil plus un procès criminel. Mon ami, je vais pouvoir me faire un paillasson de votre peau ! » Jubal leva un bras maigre et serra le poing : « Hors de chez moi !

— Calmez-vous, docteur. Il en sera comme vous le demandez. » Heinrich était devenu très rouge, mais contrôlait parfaitement sa voix. Il montra son identification à Jubal, qui la regarda à peine et la lui rendit pour qu’il puisse la montrer à Anne. Puis, Heinrich déclama ses noms, prénoms, date de naissance, déclara qu’il était capitaine dans la police, bureau fédéral des Services spéciaux, et récita son long numéro matricule. Ensuite, un à un, les autres troupiers et le pilote, sur les ordres secs de Heinrich, se soumirent à la même farce.

Lorsque ce fut terminé, Jubal lui demanda avec amabilité : « Et maintenant, en quoi puis-je vous être utile, capitaine ?

— J’ai un mandat d’amener au nom de Gilbert Berquist, établi pour cette propriété et les terres l’entourant.

— Montrez-le-moi, puis montrez-le au Témoin.

— Certainement. J’ai un autre mandat au nom de Gillian Boardman.

— Qui ?

— Gillian Boardman. Elle est accusée de kidnapping.

— Seigneur Dieu !

— Et un autre au nom de Hector C. Johnson… un autre au nom de Valentin Michaël Smith… et un à votre nom, Jubal Harshaw.

— Moi ? Encore les impôts ?

— Non. Complicité de diverses choses… et en tant que témoin essentiel de divers autres faits. Je vous aurais embarqué de toute façon pour obstruction à la justice si ce mandat ne le rendait pas inutile.

— Voyons, capitaine ! J’ai collaboré sans réticence depuis que vous vous êtes identifié et avez commencé à agir de façon légale. Certes, je me réserve de vous attaquer – ainsi que vos supérieurs immédiats et le gouvernement – pour les actes illégaux commis auparavant… sans préjuger de ce que vous pourrez faire par la suite. Hum… une jolie liste de victimes. Je vois que vous avez amené un deuxième wagon. Mais une chose me paraît curieuse ; je vois que cette… Mrs. Barkmann ?… est accusée d’avoir kidnappé ce Smith… mais d’après cet autre mandat il semblerait qu’il soit accusé de s’être évadé de détention préventive. Je ne comprends pas.