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Il l’aurait fait s’il n’avait ressenti une légère culpabilité : il n’était pas certain que Jubal désirât qu’il se promène tandis que son corps était dans la piscine. Il opta pour un compromis : il partagerait leur inquiétude mais ne leur ferait connaître sa présence que si cela devenait nécessaire.

Smith considéra ensuite l’homme qui était descendu de l’aérocar. Il eut un mouvement de recul en sentant ses émotions mais se força à les analyser en détail.

Dans une sorte de poche pendue à sa ceinture, l’homme portait un pistolet.

Du moins Smith était-il presque certain que c’était un pistolet. Il l’examina en détail, le comparant aux pistolets qu’il avait vus et à la définition du Webster, Nouveau dictionnaire international de la langue anglaise, publié à Springfields, Massachusetts.

Oui, c’était un pistolet – non seulement par sa forme, mais par l’aura mauvaise qui l’entourait et le pénétrait.

Devait-il le virer pour qu’il aille ailleurs, emportant son mal avec lui ? Le faire avant qu’il n’ait approché de Jubal ? Smith sentit qu’il le devrait… mais Jubal lui avait dit un jour de ne pas faire cela à un pistolet avant qu’il ne le lui demandât.

Il sut qu’il se trouvait à un embranchement exigeant un choix, mais résolut de rester à la fourche de l’embranchement jusqu’à ce qu’il ait tout gnoqué. Il était en effet possible que Jubal, sachant qu’un embranchement était proche, l’eût envoyé au fond de la piscine pour l’empêcher de mal agir.

Il attendit donc… mais sans cesser de surveiller ce pistolet. N’étant pas limité par ses yeux, et pouvant voir tout autour de lui si nécessaire, il continua à surveiller l’homme et le pistolet tout en inspectant l’intérieur du véhicule.

Il n’aurait jamais cru qu’il pouvait exister tant de mal ! Il y avait d’autres hommes. Tous sauf un se précipitaient vers la porte. Leurs esprits sentaient comme une meute de Khauga poursuivant une nymphe imprudente… et tous tenaient à la main des objets lourds de mal.

Smith savait – il l’avait dit à Jubal – que la forme n’est pas déterminante ; pour gnoquer il fallait remonter jusqu’à l’essence. Son peuple passait par cinq formes principales : œuf, nymphe, petit, adulte – et les Anciens, qui n’avaient d’ailleurs pas de forme. Et pourtant, l’essence des Anciens préexistait déjà dans l’œuf.

Ces choses ressemblaient à des pistolets, mais Smith ne supposa pas pour autant que c’en étaient. Il en examina un très attentivement. Il était plus grand que les pistolets qu’il avait vus, sa forme était un peu différente, et ses détails très différents.

Oui, c’était un pistolet.

Il examina tous les autres objets avec le même soin. C’étaient des pistolets.

L’homme resté assis portait en bandoulière un petit pistolet.

Au véhicule même étaient fixés deux énormes pistolets – ainsi que d’autres objets que Smith ne put gnoquer mais dont il sentit l’essence mauvaise.

Il songea à donner un coup de pouce au véhicule et à tout ce qu’il contenait, à le culbuter… Mais, en plus de son inhibition contre le fait de gâcher de la nourriture, il savait qu’il ne gnoquait pas ce qui se passait. Il valait mieux ne pas se hâter, observer attentivement et partager l’embranchement avec Jubal en suivant ce qu’il ferait ou dirait… et si l’action juste consistait à demeurer passif, il retournerait à son corps lorsque l’embranchement serait passé et en discuterait plus tard avec Jubal.

Il ressortit du véhicule, regarda et écouta.

L’homme qui était sorti le premier s’approcha de Jubal et lui parla de choses que Smith dut se contenter de classer sans les avoir gnoquées. Les autres hommes sortirent et s’éloignèrent dans diverses directions. Smith élargit son attention afin de les englober tous. Puis le véhicule s’éleva, recula et se reposa plus loin, ce qui soulagea fortement les êtres sur lesquels il s’était posé ; Smith gnoqua de pair avec eux, essayant de les consoler.

L’homme tendit des papiers à Jubal puis à Anne. Smith les lut avec elle. Il reconnut à la forme des mots qu’ils concernaient le rituel humain de guérison et d’équilibre – rituel qu’il ne connaissait que par la bibliothèque juridique de Jubal et qu’il ne gnoquait pas. Les papiers ne paraissaient d’ailleurs pas inquiéter Jubal – le mal était ailleurs. Il fut tout joyeux en reconnaissant son propre nom humain sur deux de ces papiers ; un curieux frisson le traversait chaque fois qu’il lisait son nom, un peu comme s’il se fût trouvé simultanément en deux lieux différents, ce qui n’était pourtant possible qu’à un Ancien.

Jubal et l’homme approchèrent de la piscine, suivis de près par Anne. Smith relâcha un peu son appréhension du temps pour les voir avancer plus vite, la maintenant juste assez tendue pour pouvoir continuer à surveiller tous les hommes à la fois. Deux hommes vinrent se joindre au petit groupe.

Le premier homme s’arrêta près des amis de Jubal, sur les bords de la piscine ; il les regarda, sortit une photo de sa poche, la regarda puis regarda Jill. Smith sentit la peur monter et devint très alerte. Jubal lui avait dit : « Protégez Jill. Ne vous inquiétez pas de gâcher de la nourriture ; ne vous inquiétez de rien du tout. Protégez Jill. »

Il l’aurait protégée en tout cas, même au risque de mal agir. Mais la demande expresse de Jubal lui permettait d’agir en toute liberté d’esprit.

Lorsque l’homme désigna Jill et que deux autres hommes avancèrent vers elle avec leurs pistolets sentant le mal, Smith agit par l’intermédiaire de son double et leur donna le petit coup de pouce qui fait basculer les gens et les choses.

Le premier homme ouvrit la bouche et regarda l’endroit où ils avaient disparu. Puis, il dégaina son pistolet – et disparut à son tour.

Les quatre hommes qui s’étaient éparpillés se mirent à courir vers la piscine. Smith aurait voulu éviter de les basculer. Il sentit que Jubal aurait préféré qu’il les arrêtât simplement. Mais il est déjà difficile d’arrêter un simple cendrier – et Smith n’avait pas son corps. Un Ancien aurait pu le faire, mais Smith fit ce qu’il pouvait – et ce qu’il fallait.

Quatre coups de pouce légers comme plume – et ils disparurent.

Il sentit un mal très fort venir du véhicule – et gnoqua une rapide décision. Le véhicule et son pilote disparurent.

Il faillit ne pas tenir compte du véhicule qui patrouillait pour couvrir les autres. Smith croyait déjà que c’était terminé lorsqu’il sentit le mal s’accroître. Il leva les yeux.

Le deuxième aérocar s’apprêtait à atterrir.

Smith étira le temps jusqu’à l’extrême limite et monta jusqu’au véhicule, l’inspecta soigneusement ; gnoqua qu’il était empli de choses mauvaises… et le bascula dans le jamais. Puis il rejoignit le groupe assemblé près de la piscine.

Ses amis semblaient très agités ; Dorcas sanglotait et Jill la soutenait et la consolait. Seule Anne semblait indemne des émotions que Smith sentait bouillonner autour de lui. Mais le mal était parti, entièrement, ainsi que les ennuis qui avaient interrompu ses méditations. Il savait que Jill guérirait Dorcas plus vite que quiconque : Jill gnoquait toujours pleinement et immédiatement la peine d’autrui. Troublé par toutes ces émotions, ne sachant pas s’il avait agi de façon entièrement juste à cet embranchement, ignorant ce que Jubal allait gnoquer à ce propos, Smith pensa qu’il était libre de partir. Il se glissa dans la piscine, trouva son corps, gnoqua qu’il était tel qu’il l’avait laissé – et le réintégra.